À vivre sous zéro

Publié le par la freniere

 

Le rêve a les doigts si fragiles. À vivre sous zéro, je les réchauffe avec des mots. Je rapièce du cœur la laine des voyelles, les consonnes en loden, les pouces de mitaine qui agitent la voix. Je ne sais pas écrire mais j’écris. On n’apprend pas à vivre. On essaie de faire mieux à chaque nouveau pas. Je fais des métaphores comme on sort du coma. J’accompagne la pluie, la neige, l’ouragan. Le vent ne marche pas au pas. La terre n’appartient à personne. Ce que m’offre un désert, j’en dessine la source. «Il va pleuvoir» disent les feuilles. Seule la pierre les croit. Je sors avec mon parapluie, mon parapluie de mots, celui qui s’ouvre d’un coup de crayon, se ferme sous la gomme et s’ébroue sur la page. Ça court dans les rues. Des piétons cherchent leurs pieds comme je cherche mes mots. Les autos roulent en sens inverse. Les images s’embrouillent. Les bagages font la grève dans la gare de triage. Des métaphores s’égouttent au milieu de la route. Je cherche la forêt au-delà des immeubles, une parole pure entre les dents cariées. Je mets le ciel dans un panier, entre la poire et le fromage, un peu de lac dans mes yeux, quelques brins d’herbe dans ma voix. Je porte sur ma langue le sel du pays, la saveur d’un accent, la neige dans mes yeux. L’herbe s’avance vers la pluie comme une femme en chaleur. Dans l’œil qui aboie, toute une meute d’images réveille le matin. J’entrevois un verger dans le noyau d’un fruit, la vérité du ciel quand un éclair s’éteint, l’odeur de racines dans la paille d’un nid, des bulles de lumière sur la poussière des meubles, la prière des insectes dans le crottin de cheval, l’infini dans un mot. J’ajuste l’horizon à mes yeux de presbyte. Je hisse mon poème jusqu’à l’inespéré. Les mots se changent en herbe, en proverbe, en provende.


Publié dans Prose

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jjdorio 24/11/2010 14:37



non "dur l'aile"


mais sur l'aile


 


" le rêve a les doigts si fragiles "



jjdorio 24/11/2010 14:23



 


À vivre sous zéro


On n'a pas oublié le désespoir Il joue des baguettes de cristal sur la peau ruinée d'un baiser


 


À vivre dans l'arène des jeunes filles dentelées des amours jaunes


On n'a pas oublié les yeux pour boire l'horloge penchée sur minuit l'arrêt du cœur en catastrophe dur l'aile d'un
papillon


 


Et l'anodine goutte de rêve de l'enfant des glaciers