Pour contrer le silence

Publié le par la freniere

Aujourd'hui que l'oasis étouffe sous le sable, que la beauté du monde est livrée aux mirages, qu'on troque l'or du temps pour une monnaie de singe, que les années s'étiolent dans un temps de faussaires, que les hommes s'entêtent à se prendre pour Dieu, que les victimes s'amourachent des bourreaux, que les chasseurs de têtes prennent la proie pour l'ombre, que les enfants s'amusent parmi les détritus, les épluchures, les gravats, la tête d'une poupée leur servant de ballon, que le trésor se cache sous le manteau du crime, que toutes les clefs se perdent derrière une foule de portes, qu'on couvre de crachats la main des mendiants, que le train de nuit se perd sur les rails du jour, que l'amour traverse tout un cortège de railleurs, que l'hécatombe règne du typhus au typhon, que les tombes ont des roues et des rétroviseurs, que le cheval de l'aube refuse de trotter, que son avoine pourrit dans l'auge et les éteules, que les prières naissent à la bouche des athées, que la neige survit à même les étés puisqu'il n'y a plus rien entretenant la flamme, que de la bouche des prophètes sort une mauvaise haleine, que chaque chose pourrit au royaume du monde, que la parole manque pour contrer le silence, que la pitié vient à manquer, que la Pythie débarque avec sa montre molle, que l'appétit n'a plus de tripes, que la tendresse se pend, que la route se perd sur du béton armé,que l'amitié n'est plus qu'une braise déjà cendre, que l'écho du destin n'est plus qu'une chimère, que des marteaux piqueurs aux bras mécanisés dispersent le passé, qu'on étouffe sous la poussière, qu'on ne distingue plus les gardes des bagnards, les prêtres des bourreaux, les soldats des croyant, que les vrais saints grelottent dans le fond d'un cachot, il ne faut pas laisser l'espoir s'en aller en poussière.

Jean-Marc La Frenière

Publié dans Prose

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