Armen Lubin

Publié le par la freniere

Armen Lubin est né à Istambul le 3 Août 1903. D'origine arménienne, il apprend le français au cours de ses études. Il fuit la Turquie pour échapper aux persécutions et s'installe à Paris où il devient retoucheur photographique. Il publie des romans en arménien sous le nom de Chahnour Kerestedjian. Vers 1936, il est atteint d'une tuberculose osseuse qui le conduira d'hôpital en hôpital. Il vivra dans la souffrance de cette maladie jusqu'à sa mort le 20 Août1974.

 

Bibliographie

Sainte patience, Gallimard, 1951
Le passage clandestin, Gallimard, 1946
Les hautes terrasses, Gallimard, 1957
Les logis provisoires, Rougerie, 1983

 















Le passager clandestin


L'hôpital accueille les éclopés de la foire,
Ceux qui avaient misé dans les jeux à miroir.

Il les accueille comme on abat à bout portant,
Le mal physique a soumis même les dissidents.

Même l'enfance oubliée qui soudain se montre,
Même l'enfance qui soupèse le pour et le contre

Afin de savoir si les ténèbres seront comblées
Vus d'en bas, ils semblent immenses nos démêlés.

Immense le plafond, immense la noire veilleuse
Drossée, engloutie par la marée houleuse,

Mais en bon matelot sachant lover une corde
La douleur touche son homme pour qu'il se torde.

Elle le met en boule, les genoux dans le menton,
Elle le met en boule, en boule sur le ponton,

Jusqu'à ce qui soit lové selon l'art du capitaine
Avec trou dans le milieu pour un passager clandestin


*

L'étoile se montre

Rien que cette terre, rien que cette sévérité première
Qui s'oppose à toute concession
Pour pouvoir rester barrière ;
Mais que le ciel nocturne s'arrondisse
Qu'il s'ouvre aux résonances,
Mais que le ciel nocturne résonne
Et que son battant de cloche s'appelle Espérance,
C'est en de telles aventures que l'étoile se montre sans défense.


*


Sans rien autour


N'ayant plus de maison ni logis,

Plus de chambre où me mettre,

Je me suis fabriqué une fenêtre

Sans rien autour.


Fenêtre encadrant la matière

Par le tracé tendre de son contour,

Elle s'ouvre comme la paupière

Se ferme sans rien autour.


Se sont dépouillées les vieilles amours,

Mais la fenêtre dépourvue de glace

Gagne les hauteurs, elle se déplace,

Avec son cadre étonnant,


Qui n'est ni chair ni bois blanc,

Mais qui conserve la forme exacte

D'un oeil parcourant sans ciller

L'espace soumis, le temps rayé.


*


Pourquoi serpent ?


A Henri Thomas


Pourquoi serpent et serpent qui mord ?

Pourquoi cette Plaie pire que la mort ?

Tous les jours je guette un homme important,

Avec des yeux perçants qui sont dans ma tête;

Parfois je lui donne un nom, une silhouette,

Seul le mal n'arrive pas, il est déjà présent.

Ainsi le vent soumet, la main sur le collet,

L'arbre qui se débat tout au fond de l'allée.

L'arbre qui a un coeur gravé dans son écorce,

Rien de cela n'existe la nuit et pour cause

Inexistant l'arbre, inexistant le vent,

Mais le coeur saigne dessus l'inexistant,

Et la pendule qui égrène jamais ne s'endort,

Toujours serpent et serpent qui mord.


Armen Lubin

 


 

Publié dans Les marcheurs de rêve

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