Allongée sur ma langue

Publié le par la freniere

Entre les murs et au-delà, entre les rêves et le réel, entre l’intime et l’inconnu, entre le temps et l’infini, il n’y a que toi. Il n’y a que nous, notre secret si clair de ne pouvoir se dire. Je suis riche de toi, le plus riche des hommes. Tu es la préférée du verbe aimer, le sens du verbe être, le cœur du verbe vivre, les pas du verbe aller. Je te porte allongée sur ma langue. Je te respire à fleur de voix, à fleur de mot, à fleur de peau. Je m’élance avec toi quand l’oiseau prend son vol. Lorsque je monte au grenier pour écrire, c’est toi que je rejoins. Je nous vois à quatre mains tirer le fil du printemps pour libérer le soleil de la gangue du froid.

Ta lumière a la couleur du muscat, l’e caressant du cœur, le m du miracle. La nuit éclaire ton visage. Il n’y a pas de nuit où je n’appelle ton visage. Tu es partout, dans les livres, dans les champs, dans les blés, dans les flocons de neige ou les gouttes de pluie. Je porte sous la peau une grande faim d’aimer. Je prends ta vie entre mes bras. Je mets ton souffle dans mes mots. Nous chevauchons le même cheval du rêve, ton corps en amazone et ma parole à cru. Je sens ton souffle sur ma joue. Des étincelles éclatent sous les sabots lorsque ton cœur bat l’amble. Les pas soulèvent une poussière d’étoile.

Je t’écrirai tout au long de l’hiver, quelques mots, quelques lettres. Je t’enverrai des fleurs de papier plus vivantes que le feu, des corbeilles de pages remplies de mots d’amour. Je remplirai de toi le silence des choses, recoudrai les blessures avec le fil de l’encre. Tu m’offres l’horizon, l’azur, l’oasis, l’inavouable, l’infini, l’indicible. Je prends tout. Je pénètre ce don en écartant les phrases, les rivages, les heures. J’invente l’eau, la neige, la caresse. Je te fais de grands signes comme des missives de lumière écrites sur la nuit, des coquelicots plantés dans le tissu du jour. Je tiens entre mes mains le sourire du monde. Je te l’offre comme on donne son cœur.

Tu es plus loin que loin mais plus proche que proche. Ta voix, tout vibrante, évoque la cannelle, les cerises et l’été. J’y croque le bonheur. Ton regard se pose entre mes épaules et s’accroche comme une laine amoureuse. J’y trouve la chaleur. Les mots fous nous entraînent au plus intime de nous, dans l’impudeur de vivre et la pudeur d’aimer. Les mots fous nous entraînent loin de tout pour mieux nous rapprocher. Je te cherche dans ton corps. Tu es là où je te trouve. Dans le fouillis l’un de l’autre, nous nous trouvons l’un l’autre. Tes mains, là où elles me touchent, sèment la vie, parsèment l’infini.

Je ne convoite aucun monde. C’est toi que je convoite, ton corps de jardin avec des mains de fleurs, racine de racine, semence de semence, ciel du ciel. Je te porte avec moi où que le vent m’emporte. À force de t’aimer, je finirai par ressembler à la lumière, celle du ciel, celle du miel, celle d’ici, celle d’ailleurs. Je ne pense pas que la pensée puisse atteindre l’amour mais un geste le fait, un rire, la caresse d’un souffle, la chorégraphie des voyelles dans la danse des phrases, la finesse d’un mot qui éclaire le cœur.

Lorsque je dis je t’aime dans le noir de la chambre, les mots descendent entre nos bras. Le cœur retrouve ses corolles, la musique son nid. Ta fougère s’acclimate à ma soif. Nous échangeons nos bouches dans une immense phrase. Je t’ai trouvée. Je te garde. Le monde s’ouvre. Mon œil est trop petit pour boire ta lumière. Je te regarde ému, en cuillère, mon ventre sur ton dos. La vie s’arrache à l’ombre. Je t’ai trouvée. Ta voix me guide. À quoi me servirait d’écrire si tu n’es pas au centre de ma voix ? Je suis jaloux des hommes qui passent près de toi, de l’eau qui coule sur ta peau, de l’air que tu respires, du soleil qui brille quand je ne suis pas là.

L’amour est un bijou qu’on n’ose plus porter. Je porte à chaque doigt la même pierre que toi, un collier de baisers à chaque ride du cou, un bracelet de mots doux au poignet du silence, une broche d’images tatouée sur le cœur, tout un colifichet de rires enfantins, un grand foulard de laine aux mailles de rosée. Mes os fleurissent sous l’arrosoir des caresses. Je renais chaque jour dans un lit de lin vert. De mes cendres à tes bûches, il n’y a qu’un feu, de mes lèvres à ta bouche, la salive du rire. Si je ferme les yeux, je ne vois plus que toi. Quand j’ouvre les paupières, c’est toi le paysage.

Je marche avec tes pas.
Je t’embrasse avec les lèvres que tu donnes à mes mots.
Je te parle avec les mots que tu donnes à mes lèvres.
Je t’enlace avec les bras que tu donnes aux voyelles.
Je marche avec le corps que tu donnes à ma vie.
Je respire avec l’air que tu donnes à l’espoir.
Je nage avec les vagues que tu donnes à la mer.
Je vois avec les yeux que tu donnes à la nuit.
Je goûte sur ta peau la douceur des fruits mûrs.
J’écris pour mettre à l’eau notre barque commune.

Le soleil grandit sous nos maillots étroits. Je voudrais te donner toutes les couleurs du monde et rendre aux choses leur saveur. Sans tes oreilles pour entendre plus rien ne chanterait, ni les oiseaux ni les hommes ni les boites à musique. J’aurai peut-être froid lorsque tu auras chaud mais je serai heureux du soleil sur toi. J’aurai peut-être mal lorsque tu seras bien mais je serai heureux du rire sur tes lèvres. Si l’hiver est trop long, tu garderas ma main au chaud sous ton chandail. Tu garderas mes pas hors des sentiers battus, mon regard sur toi, mon cœur dans tes veines, ma parole hors d’haleine. Tu garderas mes rêves et mes grands coups de pioche dans la glaise du cœur. Lorsque la foule autour retourne au rêve étroit, je serre contre moi ta soif d’absolu.

Publié dans Prose

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Ile Eniger 12/12/2007 15:44

Magnifique ! somptueux, et le fond et la forme.

colette 12/12/2007 11:26

Chant d'amour au plus haut, au plus beauEblouissant

Myriam 12/12/2007 10:58

Merveilleux