Je marche à l'envers

Publié le par la freniere

Elle a beau se nourrir de l'innocence des enfants,
de femmes traquées et d'hommes détraqués,
la guerre a toujours l'estomac vide.
L'appétit du profit est un ver solitaire.
Le capital s'est vendu à son propre néant.

Les hommes rentrent du bureau en se crevant les yeux.
Un bandeau d'apparences leur sert de lunettes,
un mensonge de foi, un mirage d'espérance.
L'oasis n'est pas dans le désert des chiffres.

Si je marche à l'envers,
c'est pour me rencontrer.
Il faudra bien un jour qu'on retourne les mots
pour voir à l'intérieur.

Ont-ils touché mes larmes ceux pour qui j'ai pleuré ?
Ont-ils vu la lumière qui traverse leur ombre ?

Pourquoi le poing tendu, le bras d'honneur,
la crosse des fusils et celle des évêques ?
Il a fallu des millénaires pour apprendre la caresse.
Il suffit d'une seconde pour tuer un oiseau.

Suant de la tête aux pieds,
mes mots attelés comme des chiens
tirent le traîneau de la phrase.
Leurs yeux s'abritent sous la laine frileuse des images.
J'arrache les portes pour faire du feu,
le bois des croix pour me chauffer.
La vérité des arbres me protège du factice.

Il faut redonner l'eau aux fleuves morts de soif,
rendre la parole aux sages qu'on musèle,
effacer de la terre sa date de péremption.

Il ne faut plus marcher vers l'est ou vers l'ouest
mais s'avancer vers l'autre avec les mains tendues,
accorder nos oreilles à la rumeur des étoiles,
que la sève renaisse dans le tombeau des feuilles.

 

Publié dans Poésie

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jml 30/11/2008 07:34

Merci. Je n'ai pas d'objection. Ce sont les liens qui font le net.

françoise 29/11/2008 23:36

J'aime bien vos poésies. Elles contiennent beaucoup de vérité. Je viens vous demander la permission d'en mettre quelques unes dans mon blog, notamment "je marche à l'envers". Je mettrai aussi vos coordonnées. Par avance, merci.