Je suis le père (France)

Publié le par la freniere

Je suis le père oublié sur le mur. La voix de l’ogre dans le couloir. Je suis le père assis dans l’ombre du grand buffet avec mes doigts énormes, mordu de rouille et de tabac. Je suis le père qui a de la crasse sous les ongles et sa barbe du vendredi. Le père qui ne sait pas tenir un crayon de couleur, ni vous prendre sans vous broyer dans ses bras.

Je suis le père qui s’attarde au café parce qu’on y refait le monde. Je suis celui qui lit n’importe quoi et s’abrite au bout de la table derrière le grand journal déplié. Je suis le père qui ne croit plus à rien ni aux serpents ni aux petites dents qui tombent et encore moins à la souris qui les transformera en friandises. Je suis celui qui s’absente. Celui qui n’était pas au pied du lit quand vous vous êtes dépliés du sommeil. Le premier, le liquide, celui dans lequel on prépare toutes ses ailes.

Je suis le père que vous oublierez dans ses crachats et dans ses quintes. Le père au dos perclus, au dos percé. Le père qui marchera jusqu’à la fin au bout du couloir froid de l’hôpital, dans sa lourde chemise déchirée.

Joelle Brière

Publié dans Poésie du monde

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article

colette 30/11/2007 11:41

Terrible, terriblement beau !