Folle avoine

Publié le par la freniere

L’histoire est un pré

On a bien tout fauché

On a bien tout tassé

Au grenier de la mémoire

Les granges se noient dans les blés

 

Je ne veux rien oublier

 

Les bras des ouvreurs de chemin

La vaillance des chevaux

Les maisons blanchies à la chaux

La rivière Famine

Le visage du semeur

La vie frappée au fer

 

Les baïonnettes mystérieuses

Les nuits incendiées

La race au gibet

Les clochers de l’échafaud

L’oubli de l’offense

Le sang trop vite essuyé

 

La misère à carreaux

Les bretelles sans fusil

Les fronts silencieux

La soumission héréditaire

Les chapeaux de feutre

Sur la tête des hommes

 

Je ne veux rien oublier

 

L’égoïne chantante

Les montagnes coupées

Le bois à vendre debout

L’oiseau derrière la vitre

Les couvertures à pointes folles

Et toutes ces choses qui s’envolent

 

Les faucons tournant au-dessus du fleuve

Les cierges contre l’orage

La poule donnée au diable

Le ciel de la chasse-galerie

La mélancolie de l’accordéon

 

L’hiver qui tombe du ciel

Les glissades sur la pelle

Les miettes sur la neige

Le temps échappé

Le manque de jour

Le manque tout court

 

Je ne veux rien oublier

 

J’habite une légende

Dont je ne connais plus la langue

L’alouette renonce à sa colère

Mais je regarde toujours le feu

Je ne veux rien oublier

Du soleil rose et jaune

Qui se lève à l’est

À tous les étages du gâteau de la noce

 

 

Christiane Loubier

Publié dans Poésie du monde

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Christiane Loubier 09/03/2013 20:40


Merci JML de m'héberger le temps d'un poème.


Ce texte plus long que d'habitude, c'est ma manière de crocheter la mémoire avec des images pour ne pas oublier (légende, histoire, patrimoine et tout ce qui s'envole).


Salutations,


Christiane