Rita Mestokosho

Publié le par la freniere

 

Dans son discours pour le prix Nobel, JMG Le Clézio cite les noms des écrivains, des poètes, qui “font” la littérature et dont il se sent proche. Parmi eux, Rita Mestokosho. Elle est née en 1966  sur la côte Nord-est du Saint-Laurent dans la communauté des innus d’Ekuanitshit (Mingan) au Québec.

 

Elle doit son inspiration à la fois à la nature avec laquelle elle établit un contact fusionnel et à sa grand mère, mémoire de son peuple. Elle écrit en langue innue des poèmes qu’elle traduit elle-même en français.

 

L’homme est comme un saumon, le saumon remonte toujours la rivière où il est né, c’est cela le vrai mystère. Peu importe où l’homme va, il n’oublie jamais d’où il vient. Peu importe le nombre de kilomètres parcourus, le nombre de villes traversées, peu importe le temps qu’il met pour trouver une destination, il n’oublie jamais ses origines.

 

Rita Mestokosho est la première poète innu à avoir publié un recueil au Québec, Eshi uapataman Nukum. Comment je perçois la vie, Grand-Mère (1995). Elle est née dans la communauté d’Ekuanitshit (Mingan) en 1966, où elle réside encore aujourd’hui. Après ses études collégiales à Québec et à Montréal, elle entreprend des études en sciences politiques à l’Université du Québec à Chicoutimi. De retour dans son village d’origine, elle œuvre dans le domaine de l’éducation. Mère de deux enfants, elle considère le travail avec les jeunes comme la base de l’avenir. Elle participe depuis quelques années à la création d’une Innu mitshuap uteitun, une maison de la culture dans sa communauté. À la demande des femmes du village, elle est devenue conseillère au Conseil de bande d’Ekuanitshit et continue à développer avec passion les projets culturels et éducatifs. Écrivant depuis l’adolescence, Rita Mestokosho s’est vite demandée comment elle pouvait rester Innu en empruntant un chemin aussi différent de celui de ses parents et de ses grands-parents. L’écriture lui a permis de se retrouver. La parution de son premier recueil a suscité énormément d’intérêt chez les Innu, au Québec et dans toute la Francophonie. Elle publie des poèmes dans plusieurs revues internationales et elle participe régulièrement aux rencontres des écrivains de langue indigène, à des festivals internationaux de littérature et de poésie, à des salons du livre. En 2002, elle publie, dans sa communauté, son deuxième recueil La Mer navigue/La Terre marche/Le Ciel vole/et moi, je rampe pour humer la vie...

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Sous un feu de rocher

 

J’ai appris à lire entre les arbres
À compter les cailloux dans le ruisseau
À donner un nom à tous les métaux
Tel que le quartz ou le marbre.

 

J’ai appris à nager avec le saumon
À le suivre dans les grandes rivières
À monter le courant de peine et de misère
Sans me plaindre et sans sermon.

 

J’ai appris à prendre le visage de chaque saison
À goûter la douceur d’un printemps sur mes joues
À savourer la chaleur d’un été sur mon cou
À grandir dans l’attente d’un automne coloré et long.

 

Mais, c’est uniquement sous un feu de rocher
À l’abri d’un hiver froid et solitaire
Que j’ai entendu les battements de la terre
Et c’est là que j’ai appris à écouter.

 

Rita Mestokosho


Publié dans Les marcheurs de rêve

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