Tu es toujours l'homme...

Publié le par la freniere

Tu es toujours l'homme qui pose des questions et qui écoute.
Tu n'as rien d'autre à raconter que ton attention.
Tu auditionnes le silence. Tu pilles le vide,
Sa monotonie, son métronome, sa mesure tutélaire
Que depuis vingt ans tu essayes d'imiter.

Était-ce la liberté, t'emprisonner ici?
Comme si l'on pouvait décider dans ses rêves!
Comme s'il y en avait, d'autres chambres, chemins, moyens
Dans le vin, le cynisme, les voyages. Non, ici était
La fuite courageuse, la lâche maison pleine de solitude résolue.

Ici, avec l'austère pathos de ton enfance,
Tu devins petit à petit un érudit sans spécialité,
Un amant fidèle sans bien-aimée, un prêtre
Sans Dieu, peut-être une semence qui parcourt le désert
Et le temps, le tien, celui-ci, une hâtive leçon de patience.

D'ici où tu lis le Tao avec tes yeux à l'envers
D'Occidental, et la Thora qui ne peut t'enfanter,
Où tu cherches une musique qui comme celle de Bach
Puisse expliquer le battement de tes fonctions cérébrales, d'ici
Tu ne peux partir, tu dois questionner le blanc, interroger
La page, commencer chaque jour par la fin de ton rêve.

Ici ta demeure et ton voyage, ici ton départ incessant.

Leonard Nolens

Publié dans Poésie du monde

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