Une extrémiste de la générosité

Publié le par la freniere

Une extrémiste de la générosité

Johanne!

La première fois que je t’ai vue c’était dans un personnage de Réjean Ducharme. Dans la pièce AIMEZ-NOUS PRENEZ NOUS! Une création de l’Organisation O , un autre titre pour INESPÉRÉE ET INATTENDUE, mise en scène par Germain Beauchamp, dans les années 70, époque où nous rêvions tous de transformer le théâtre. J’étais un grand lecteur des romans de Ducharme mais c’était mon premier vrai contact avec son œuvre théâtrale. Quel choc! Tu faisais partie du choc avec toute ta gang d’ailleurs. De merveilleux comédiens et comédiennes aussi fous et idéalistes que toi...que moi aussi peut-être. Plusieurs de cette gang deviendront de grands amis. Et nous nous suivions de près au gré des projets. Et puis j’ai vu tous les autres spectacles de l’Organisation O avec toujours autant de plaisir. Après je t’ai toujours suivie. Croisée. Recroisée. Avec toujours un immense plaisir de te revoir. Nous avons même joué ensemble dans ADIADA une pièce de la tchèque Jelena Kohout mis en scène par Louise La Haye. On s’était fait solidement descendre par la critique. Mais on a eu du plaisir pendant ces trois semaines de représentations. Malgré les salles vides. Malgré ma pancréatite. Que de souvenir. Je me rappelle de cette joyeuse énergie que tu transmettais à tout le monde. Je te perds de vue et puis je te retrouve au Cégep Lionel-Groulx où tu enseignes. C’est toujours la même Johanne Fontaine que je revois et avec laquelle je reprends contact. Unique. Authentique. Dynamique. Radicale. Plus vraie que nature. Je te perds de vue et je te retrouve dans LA VIE CONTINUE d’Yvan Bienvenue. Un spectacle que j’avais adoré. Dont le jeu était particulièrement percutant et qui savait porter les mots incisifs d’Yvan Bienvenue au sommet de sa parole singulière. Je me souviens, on en avait « jasé une shot » après le spectacle. C’était encore merveilleux. Mais voilà, tu nous quittes. On s’y attendait. Je sais. Mais on ne s’y habitue pas. À entendre tous ces témoignages émouvants, qui expriment bien tout l’impact de ton départ, c’est bien évident que chacun d’entre nous a dans son cœur « sa » Johanne Fontaine. Moi aussi j’ai la mienne. Ma Johanne Fontaine...Bien à moi. Toi! Johanne! Femme de théâtre. Engagée comme pas une dans tous tes projets. Femme de coeur avec la quelle je sentais tant de complicité. Johanne Fontaine , femme de théâtre atypique. Imposante. Attachante. Qui a su transformer sa maladie et son cheminement vers l’inconnu en une expérience bouleversante et apporter une grande leçon de vie à tous ceux qui t’ont suivi de près. Magnifique Johanne. Tu auras été une extrémiste de la générosité. Jusqu’au bout. Je suis renversé par cette ultime démarche qui fut la tienne . Je te salue avec beaucoup de modestie face à ce destin que tu as su si bien mené là où tu voulais. Je pense à toi. Tu m’aides à mieux vivre. C’est beaucoup. Merci Johanne!

Louis-Dominique Lavigne

Publié dans Les marcheurs de rêve

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