René Derouin

Publié le par la freniere

Deux-mini.jpgLa Traversée du territoire traite de notre appartenance au lieu, de notre dépendance aux forces de la nature et des difficultés que rencontrent les populations en migration.










Depuis sa maison de Val-David, qu'il a construite de ses mains, René Derouin rayonne sur les Amériques. La longue marche intérieure, qui l'a conduit de l'enfant délicat à l'homme dont la puissante énergie s'inscrit dans des oeuvres de plus en plus bouleversantes, l'a mené à étendre ses racines du nord au sud, de la terre-mère aux profondeurs marines. Maintenant sans cesse l'équilibre fragile entre la permanence et l'éphémère, toujours ancré dans la réalité du monde dans lequel il évolue, René Derouin est parvenu à créer un corpus artistique dont la portée universelle et la pérennité sont désormais assurées.

René Derouin, parti à la recherche de lui-même en 1955, pose son regard sur le monde, sur les autres, sur l'autre, il veut traduire ce qu'il voit. Cependant, son regard plonge vers l'intérieur. C'est ainsi qu'il parvient à faire affleurer à la surface de la toile, du papier, du bois, du bronze, bref de toute matière qu'il touche, l'essence de la tragédie humaine. Homme du XXe siècle, cherchant son identité propre en traversant l'Amérique, de Montréal à Mexico, revenant vers sa terre première, poussant jusqu'à l'Orient, René Derouin intègre toutes les mutations, toutes les migrations, qui font partie du destin de l'être humain moderne. De sa recherche d'identité, de son aventure personnelle, il sait faire une oeuvre unique ouverte sur le monde.

Né en 1936, à Longue-Pointe dans l'est de Montréal, au sein d'une famille modeste et nombreuse (les Derouin auront sept enfants), René Derouin sera très tôt placé devant l'omniprésence de la mort. En effet, le médecin ne laisse pas beaucoup d'espoir : René est asthmatique, malingre et " il mourra avant ses 12 ans ". Marqué au sceau d'une mort annoncée et précoce, l'enfant s'accroche; il est actif, entreprenant, organisateur. Chaque journée devient pour lui une victoire sur la fragilité.

Par un lumineux matin de Pâques, en 1950, la famille Derouin profite du printemps tout neuf pour faire une promenade le long du Saint-Laurent. Un dégel rapide, le fleuve qui secrètement ronge les rives, sous les roues de la bicyclette de Robert Derouin, le sol se dérobe. L'enfant est emporté. René Derouin vient de perdre son frère. Il a 14 ans. Il est vivant. La mort ne l'a pas choisi. Trois ans plus tard, c'est Conrad, le père, qui est pris par le fleuve. La famille, au bout du chagrin, quitte Longue-Pointe pour s'installer à Montréal.

René Derouin s'inscrit au studio Salette. Il sera dessinateur publicitaire et graphiste. Dès lors, il ne cessera d'apprendre et de travailler. Parce qu'il est insatisfait, en révolte contre son milieu, il décide de prendre la route avec son ami. Il traverse les États-Unis, va de découverte en découverte, reçoit de plein fouet les différences culturelles. Il arrive au Mexique. C'est la révélation. Si la société est pauvre du point de vue matériel, elle est formidablement riche en culture en en idées; l'art fait partie de la vie quotidienne; les peintres et les artistes sont présents et engagés. René Derouin sent qu'il approche de ce qu'il cherche.

De 1955 à 1970, René Derouin travaille, voyage, expérimente : Mexique, Canada, États-Unis, Japon. Il fréquente de prestigieux ateliers, rencontre des maîtres qui marqueront son évolution, Pablo O'Higgins et Rufuno Tamayo au Mexique, les maîtres graveurs japonais Toshi Yoshida ainsi que Munakata, de qui il apprend le contrôle de l'énergie physique et mentale. Il étudie l'espagnol, la peinture de murales, la gravure. Il travaille pour la télévision de Radio-Canada, pour Radio-Québec, pour l'Office national du film. Il expose : plus de 300 expositions solos jalonnent son parcours jusqu'à maintenant, sans compter les expositions de groupe.

En 1962, il est boursier du Conseil des arts du Canada. Sept ans plus tard, il s'intéresse aux nouvelles technologies. René Derouin veut toujours apprendre. Ses préoccupations sont de plus en plus claires. Tous les éléments clés qui seront la base de l'élaboration de son oeuvre sont désormais présents : identité, migration, métissage.

En 1970, l'entrepreneur prend le pas sur le créateur. Soucieux de rendre l'art plus accessible et de donner une meilleure visibilité aux artistes en arts visuels, René Derouin fonde les Éditions Formart, consacrées à la production et à la diffusion de catalogues, diapositives et vidéos en arts visuels. Il consacre presque cinq ans à la gestion et à la production, allant jusqu'à s'inscrire à l'École des hautes études commerciales. Il est également membre fondateur et directeur du Conseil québécois de l'estampe.

En 1975, René Derouin entreprend une des oeuvres importantes de sa vie : la construction de sa maison pour y installer famille et atelier, pour " marquer son enracinement dans un lieu, dans une culture ". Et il reprend la production de gravures et de sérigraphie.

En 1995, il établit la Fondation Derouin qui, chaque été, invite des artistes de trois Amériques à réfléchir et à créer sur le sens du lieu. Afin de mieux expliquer sa démarche, il publiera également trois livres aux Éditions de l'Hexagone, dont le premier sera réalisé avec la collaboration de Michel-Pierre Sarrazin.

Parallèlement, René Derouin a produit depuis le début des années 80 quelques-unes de ses oeuvres majeures dont Suite nordique, Between, Empreintes et reliefs. Il est à Mexico lors du terrible tremblement de terre de 1985. Ce choc le replonge au cœur de son histoire personnelle. Il crée ensuite Mémoire et cri génétique, Équinoxe et, de 1989 à 1992, il prépare l'installation Migrations, un projet qu'il réalise au Québec et au Mexique, pour lequel il crée 20 000 figurines. L'événement important des dernières années sera le largage dans le fleuve de 19 000 de ces figurines en céramique dont 16 000 entre Baie-Saint-Paul et l'île aux Coudres. " Un geste délinquant mais réfléchi, un geste d'artiste avec tout ce que ça a de transcendant. Un geste gratuit, de l'ordre du sacré, dans une société qui a évacué tout sacré. " Voilà comment Derouin explique le largage. Il ajoute : " Le largage, c'est un geste qui m'a donné naissance, me permettant de me larguer moi-même. C'est aussi un geste d'enracinement à l'intérieur du Québec. C'est l'œuvre la plus publique, la plus permanente, désormais rien ni personne ne peut la contrôler. "

Les oeuvres de René Derouin ont été exposées en Europe, en Amérique centrale, en Amérique du Sud, aux États-Unis et au Canada. Une rétrospective lui a été consacrée au Glenbow Museum, à Calgary, en 1998. Le Musée des beaux-arts de Montréal a présenté en 1999 une rétrospective intitulée " Frontiers, Frontières, Fronteras " et La traversée du territoire a été exposée au Jardin des Plantes à Paris à l'occasion du Printemps du Québec en 1999. L'œuvre Paraiso la dualité du baroque sera en exposition permanente dans le grand hall du Centre des congrès de Québec dès novembre 1999.

Dans son aventure humaine et artistique, René Derouin est accompagné de Jeanne Molleur, sa femme. " Ce couple, c'est une force formidable pour vivre et pour créer ", affirme l'artiste qui garde toujours le sentiment " de gagner la vie quotidiennement ".
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Publié dans Les marcheurs de rêve

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lam 04/11/2007 13:32

content de voir votre article sur rené Derouin, je vois aussi beaucoup de choses qui mintéresse , je vais planter ma tente le temps de faire une petite visite , approfondie , Lam