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À cette catégorie

Publié le par la freniere

J'appartiens à cette catégorie de type qui n'a jamais su faire la différence entre une clémentine et une mandarine. J'appartiens à cette catégorie de type qui ralentit pour entendre la fin du morceau avant d'arriver au boulot. J'appartiens à cette catégorie de type qui pense que le vent se mouche dans le ciel pour faire les nuages. Qui pense que les abeilles jouent parfois de la trompette en traversant l'aurore. J'appartiens à cette catégorie de type qui préfère dire quelque chose en se taisant plutôt que de parler pour ne rien dire. Qui boîte un pas sur deux. Qui grogne un jour sur trois. J'appartiens à cette catégorie de type qui peut mieux faire. Éternellement. Qui aime. Qui essaie. Qui n'ose pas. J'appartiens à cette catégorie de type qui laisse faire mais ne se laisse pas faire. Qui ne sait pas. Qui pense tiens il a une drôle de silhouette ce canard là. Qui mange tous les cubes de fromage offerts dans les supermarchés. J'appartiens à cette catégorie de type qui tente de traduire les sifflements des narines et les crépitements du bois. Qui cache son visage dans la nuque et les cheveux des filles. Qui trouve que ce n'est pas sale d'avoir de la terre sur les mains. Qui préfère les odeurs aux fragrances. Qui déteste les caisses et aime les caissières. Qui chie sur les vainqueurs. J'appartiens à cette catégorie de type qui joue un morceau d'harmonica invisible et désaccordé. Qui chavire sans bouger. Qui tombe sans bouger. Qui se relève sans bouger. Qui danse mal mais qui titube avec une certaine élégance.

 

Thomas Vinau

 

Publié dans Poésie du monde

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Le ciel éclate

Publié le par la freniere

 

Les larmes saignent. Les armes tuent.

Les herbes penchent et je les suis

avec de l’encre et du papier.

Lorsque les maisons brûlent

je sens le froid qui me rattrape.

Le ciel éclate en mille morceaux

que je ramasse entre deux mots.

On ne meurt plus de vivre.

On meurt de dieux,

de commerce et de vide.

Publié dans Poésie

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Date limite

Publié le par la freniere

Certains poèmes ont dépassé la date de péremption et fleurent bon la naphtaline, parfumés naguère au prêt à penser et plus ou moins tirés par les nattes.

A vrai dire je m'en fous, mais faut l'dire vite, c'est juste pour un peu causer.

Ça fait vraiment un fameux bail. Il est temps de désherber, de farfouiller entre les mots, chercher ceux qui renversent, une poésie qui bouscule, fichée à fond dans nos entrailles pour arracher des images inouïes.

Je dois le dire quand même, mais faut l'dire vite, même si après tout je m'en fous.

Rejoins ton vrai chant ton vrai centre, la petite source vraie sous tes apparences tente de faire du bon neuf avec du mauvais vieux comme ce doué boxeur de mots qu'on dit poète.

Mais à dire vrai j'm'en fous un peu, je dis tout ça pour causer, mais le dire vite puisque j'ai osé...


Aglaé Vadet

 

Publié dans Poésie du monde

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Exhortation

Publié le par la freniere

Croyez m’en bien mon vieil ami
on a coupé mes ailes
on a brouillé mon ciel
on a miné la terre sous mes pas d’espérance
on a tué mon ange
on a brûlé mon âme
on a drogué mon coeur
on a sali mon rêve
on a déchiré mon beau costume
dans une bagarre d’ivrognes spirituels

Croyez m’en bien mon cher ami
je m’amène chez vous
dans un état lamentable

Voulez-vous bien me recueillir
pour une nuit
le temps de recharger
soigneusement
mes armes
celles de la colère de la révolte et de l’amour

 

Achille Chavée

 

Publié dans Poésie du monde

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À hurler

Publié le par la freniere

T'as aimé ça? J'étais dans le hall de l'Excentris, où je venais de voir Five Broken Cameras - cinq caméras brisées -, un documentaire qui raconte l'injustice et l'humiliation faites aux habitants d'un petit village de Cisjordanie par les Israéliens. Une heure et demie de lourde oppression. Non, je n'ai pas aimé ça. Personne ne peut voir des gens se faire écoeurer à ce point-là et aimer ça. Tu sors de là avec l'envie de hurler.

 

Mais je veux dire le film?

 

Arrête! J'ai envie de hurler, j'te dis, pas de jouer au critique de cinéma. Ces derniers jours, quand tu regardais ce qui se passait à Gaza, t'aimais ça ou, comme moi, tu rentrais ta rage en entendant les Israéliens dire que ce n'était pas eux qui avaient commencé?

 

Five Broken Cameras est 100 fois plus enrageant. Parce que ce n'est pas la guerre. C'est la paix, enfin si on peut appeler la paix des claques sur la gueule, des soldats qui t'enfument, te réveillent en pleine nuit à coups de crosse dans la porte, des colons qui foutent le feu à tes oliviers.

 

Le village s'appelle Bil'in. Le cinéaste? Y'a pas de cinéaste. Le documentariste? Y'a pas de documentariste. Qu'on se le tienne pour dit: il n'y a pas derrière ce documentaire un cinéaste pacifiste danois pro-palestinien, ni une altermondialiste québécoise tombée amoureuse d'un Palestinien, ni un journaliste français de Libération, ni aucun autre Michael Moore. Il y a un paysan de 40 ans qui s'appelle Emad Burnat. Et si Emad s'est acheté une caméra, ce n'est pas pour filmer les méchants soldats israéliens. C'est pour filmer son quatrième fils, Gibreel, qui vient de naître.

 

Mais voilà qu'au même moment arrivent sur les terres du village des arpenteurs venus pour tracer la frontière où doit s'élever le fameux mur qui protège maintenant Israël des terroristes. Emad les filme. Quand les gens du village se mettent à manifester pacifiquement, très pacifiquement, Emad les filme aussi. Les villageois ne protestent pas à cause du mur, ils s'y sont résignés depuis longtemps, ils manifestent parce que le tracé empiète très largement sur leurs oliveraies, on est en train de les spolier au profit de la colonie juive voisine.

 

Quand l'armée débarque, Emad filme. Quand l'armée enfume le village, quand l'armée blesse un de ses frères, quand l'armée tue un villageois, Emad filme. Quand l'armée investit le village en pleine nuit, quand un soldat frappe à sa porte, Emad vient lui répondre la caméra à l'épaule, le soldat l'informe alors de cette chose inouïe: cette maison où est né Emad, où dorment à l'instant ses fils, cette maison se trouve désormais dans une zone interdite, et donc Emad y est interdit de séjour.

 

Quand un soldat tire sur Emad, Emad ne filme plus, parce que la balle s'est logée dans la lentille de la caméra. Il ne filme plus non plus quand un soldat donne un coup de crosse dans sa caméra. Il ne filme plus quand un colon lui arrache sa caméra. Il lui faudra cinq caméras pour aller au bout de son documentaire. Il lui faudra aussi l'aide d'un cinéaste israélien (Guy Davidi) pour le monter, le lancer, le montrer.

 

Five Broken Cameras a été primé cette année aux deux plus grands festivals du documentaire dans le monde, Sundance et Amsterdam. Et il vient d'avoir le prix du public aux récentes Rencontres du documentaire de Montréal.

 

T'as aimé ça, alors?

 

Je te l'ai dit: j'ai envie de hurler.

 

Le film m'a replongé dans une de mes plus anciennes indignations. Je suis de ceux - nombreux et d'opinion plus documentée que la mienne, je pense à des intellectuels comme Edgar Morin, Jean Daniel, Amos Oz - qui pensent qu'il n'y aurait bientôt plus de conflit israélo-palestinien s'il n'y avait plus de colonies.

 

Je ne comprends pas ces enclaves à l'intérieur du territoire palestinien. Je ne comprends pas que de nouvelles colonies continuent de s'implanter. Je ne comprends pas que les anciennes colonies s'étendent en empiétant sur le territoire palestinien comme on le voit dans le documentaire d'Emad. Je ne comprends pas que des autoroutes, interdites aux Palestiniens, les relient entre elles et à Israël.

 

Mais ce que je comprends le moins de cette ghettoïsation des Palestiniens, c'est qu'elle se fait au vu et au su du monde entier et qu'aucune des grandes démocraties du monde, la France, l'Angleterre, l'Allemagne, les États-Unis, le Canada, ne mette son poing sur la table. De temps en temps, un ou une secrétaire d'État américain déclare que les États-Unis ont demandé à l'État hébreu de mettre fin à l'implantation de nouvelles colonies. Notez bien: pas de procéder à l'évacuation des colonies implantées, non, non... S'il vous plaît, M. Nétanyahou, pas de nouvelles colonies. Il en rit comme Sharon avant lui et les plus libéraux aussi.

 

Ne comptez pas sur Obama pour lever le ton et conditionner la considérable aide américaine à l'évacuation des colonies. Rappelez-vous comment Nétanyahou a été accueilli en héros, ovationné par le Congrès, rappelez-vous qu'il a eu l'outrecuidance de planter Obama devant ce même Congrès...

Ce que nous montre Five Broken Cameras, ce sont des paysans palestiniens d'un petit village de Cisjordanie que les Israéliens bousculent, enfument, blessent, humilient, dépouillent de leurs terres. La vraie raison? Le territoire.

 

Tout le conflit israélo-palestinien est une question de territoire que se disputent deux nations. Une superpuissance dotée de l'arme nucléaire. Une autre qui lance des pierres.

 

Devinez derrière laquelle se rangent ceux qui mènent l'univers?

 

Pierre Foglia    La Presse

 

 

 

 

 

Publié dans Glanures

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La moindre fleur

Publié le par la freniere

Dans le village d’imbéciles où j’habite, j’ai souvent l’impression de parler un langage que personne ne comprend. Pour qu’on me voit et qu’on m’entende, je dois disparaître dans la même langue qu’eux, parler d’autos ou du prix des skidoos. Je vis entouré de fantômes, en tête à tête avec la solitude. Je ne sais même pas si je m’écoute moi-même. J’écris du cimetière, là où les morts s’alignent dans leurs espèces d’automobiles en panne. Plus loin, plus haut, les collines déplient leurs coussins de verdure que le taupin du vent écrase de sa tête. Il souffle comme il peut dans le sifflet de l’air. Les yeux de l’herbe brillent sous leurs lunettes de rosée. Qu’arrivent-ils à voir que je ne connais pas ? Certaines images prennent le large comme les cerfs-volants flottant à la pêche aux nuages. Je rajeunis en vieillissant. Je joue aux billes avec des mots, à la cachette avec la mort, à l’élastique avec la vie. Je saute des deux pieds entre les lignes d’un cahier. Les mots courent dans ma tête comme le vent dans les feuilles. Je cherche au fond des choses un passage secret.

 

À chacun son petit pas dans le grand brouhaha. Même si la vie n’a pas de sens, ce n’est pas une raison d’être cynique. J’ai plus appris du rêve que des coups sur les doigts. De toute façon, tout fait semblant d’être réel. Si vaste soit le monde, une petite pluie le rend encore plus vaste. La moindre fleur agrandit l’espérance que les gestes de l’homme ne cessent de détruire. Je me retranche du commerce des hommes. Je partage désormais le désarroi des bêtes, des forêts, des montagnes. Les mots sont ma dernière enveloppe. On verra bientôt l’amande ou le noyau, sans rien pour contenir la sève, ni autour ni dedans. Je ne sais plus ce qui retient ensemble mon amalgame de glandes, le corps ou la parole. Dans la lumière qui se dévore elle-même, je m’avance vers où sous la voilure du souffle ?

 

Publié dans Prose

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Mourir comme ça

Publié le par la freniere

Dans la première rangée où l’on assoit les gens avec des jeunes enfants, elle change la couche de bébé qui chigne.

Il repasse les notes de l’exposé qu’il doit présenter à Melbourne à la conférence de l’ONU sur le sida.

Elle dort sur l’épaule de son fiancé.

  Il prend sa pilule de Coumadin, un anticoagulant. Il est sujet aux phlébites après un long voyage, toujours la jambe droite, il est assis au bout de la rangée, de façon à pouvoir étendre sa jambe dans l’allée.

Il lit un article sur la cuisine moléculaire dans le magazine de Malaysia Airlines.

Elle revient des toilettes où elle s’est remis du rouge, sorry dit-elle en dérangeant toute la rangée.

Avec un cure-dents en plastique, il essaie de dégager un morceau de poulet coincé dans son partiel.

Elle mange une poire.

Il ne pense à rien.

Il dort.

Il fait les mots croisés d’une revue d’art hollandaise, Botticelli en était amoureux, ça commence par un V, huit lettres.

Il marche dans l’allée pour se dégourdir les jambes.

Elle lit un roman policier islandais.

Il écoute de la musique.

Elle porte un tailleur comme si personne ne lui avait dit que le vol Amsterdam-Kuala Lumpur allait durer 17 heures.

Ces deux-là, médecins, une Hollandaise et une Belge s’en vont aussi à la conférence de Melbourne. Mais elles ne parlent pas de ça. La Belge dit à l’autre sa fascination pour Games of Thrones.

Il regarde le ciel vide par le hublot.

*

- Tu sais comment ça marche, ce truc-là, Youri ?

- C’est facile, dit Youri.

Youri et Léonid s’ennuient ferme dans leur petit blindé qui porte quatre missiles sol-air sur son toit. La pluie tombe sur la campagne ukrainienne et y a pu de bière. Youri allume l’écran du radar, tu vois le petit point ? C’est un avion. J’ai juste à le faire glisser dans le carré où c’est écrit «cible», comme ça, tu vois, puis d’enfoncer ce bouton rouge, et c’est parti…

Léonid, fais pas le con ! À cette hauteur, c’est sûrement un avion de ligne, Léonid ! NON !

Mach 3 : 850 mètres à la seconde. 10 kilomètres : à peine 12 secondes.

*

Bébé s’est endormi. Pour la 124e fois depuis le départ d’Amsterdam, elle tire sur la jupe de son tailleur. Triomphant, il a sorti le petit bout de poulet de son partiel. Elle ne lit plus son roman islandais, elle écoute le pilote qui vient de dire qu’ils volaient à 10 000 mètres à la vitesse de 950 km/h et qu’ils allaient survoler bientôt la Russie. La Belge ne parle plus de Games of Thrones, elle parle du Soudan du Sud où elle a travaillé pour MSF. La Hollandaise vient de bâiller.

Il regarde toujours le ciel vide par le hublot.

*

Ils étaient 298 quand la fusée les a atteints. 298 morts pour rien. Nous penserons à eux souvent, promet le poète, nous penserons à eux souvent, nous qui demeurons dans la beauté des choses.

D’abord, c’est pas vrai, la semaine prochaine on les aura oubliés. Et de quelle beauté des choses parlez-vous, monsieur ?

 

Pierre Foglia     La Presse

 

Publié dans Glanures

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Chemins perdus

Publié le par la freniere

Pareils aux inquiets, aux longs velléitaires
Qui n’auront jamais su choisir un seul chemin,
Tous ceux que j’aperçois, lorsque je passe en train,
Filer à travers bois, dans l’épaisseur des terres,
Me paraissent chacun devenir, tour à tour,
Celui que j’aurais dû suivre sans aucun doute.
Je me dis : la voici, c’est elle, c’est la route
Certaine qu’il faudra revenir prendre un jour.
Mais aussitôt après, sous la viorne et la ronce,
Un sentier couleur d’os ou d’orange prononce
Sa courbe séduisante au détour d’un bosquet,
Et c’est encore un des chemins qui me manquaient.
Puis le bord d’un canal donne une autre réponse
À ce perpétuel élan vers le départ.
Mais je vous aime ainsi, chemins, déserts et libres.
Et tandis que les rails me tiennent à l’écart,
Vous venez vous confondre au réseau de mes fibres.

 

Jacques Réda

 

Publié dans Poésie du monde

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Dans le coeur

Publié le par la freniere

Quand ton sang s’est enfui

vers je ne sais quel vide

j’ai couru dans les bois

pour retrouver ton âme

éparse dans les feuilles

et le poil des bêtes.

 

J’ai regardé tes yeux

dans les yeux d’un chevreuil

et j’ai humé dans l’air

comme un souffle nouveau

dans les poumons du monde.

 

On ne meurt pas vraiment.

On survit dans le cœur

de ceux qui nous aimaient.

Publié dans Poésie

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Aphorisme du jour

Publié le par la freniere

 

Le froid qui nous déporte ailleurs nous rapproche du feu.

Publié dans Aphorisme du jour

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