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222 articles avec ile eniger

Soir d'hiver

Publié le par la freniere

C'est un soir d'hiver qui compte ses tremblures. Les uns fredonnent Noël d'autres serrent les dents. Pendant qu'aguicheuses les vitrines outrancières clignotent, le ciel tombe par terre entre la main du pauvre et la gamelle du chien. Les doigts gèlent au cœur des SDF. Les caisses enregistreuses cliquètent des menus d'orpailleurs. Des cadeaux indécents rutilent au pied de l'arbre. Le champagne déborde, et se dore la dinde. C'est un soir d'hiver qui compte ses gerçures. Des gens rongent leurs désespoirs. Des corps explosent sous le crachat des bombes. La faim, la soif déchirent des enfants de poussière. Pendant que des nantis bâfrent l'exploitation de l'homme, s'habillent de la douleur des bêtes, concoctent la mort dans les assiettes, cultivent des laideurs sans scrupules, les laissés-pour-compte creusent les poubelles de la désolation. Dans le silence étourdissant des consciences, c'est un soir d'hiver où Noël meurt, déjà cloué sur une croix.

 

Ile Eniger

 

Publié dans Ile Eniger

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Des cages

Publié le par la freniere

Le ciel pleure à froides larmes. Il met la barre bien trop haut pour mes fragments d'ailes. Je parcours la terre basse, sa sueur, sa fourbure, ses heures denses. Le fracas du monde étouffe le silence, l'universelle place. La vie fouille les poubelles. Une rumeur de basse-fosse emplit le cœur des hommes. Je ne vais plus au bois, les arbres sont coupés. Alice et le Lapin Blanc tremblent dans un trou de bombe. Le Prince trompe Cendrillon, le Petit Poucet n'échappe plus à l'ogre. Dans des cages de béton chacun ignore son voisin. D'exactions en indifférences, ne restera bientôt que l'amer du verbe aimer. Les manches retroussées dans ces désaffections, je pellette la vie pour la générosité d'un chemin.

 

 Ile Eniger 

 

Publié dans Ile Eniger

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Saturation

Publié le par la freniere

J'ai écouté, hier soir une émission littéraire, qu'en principe pourtant j'apprécie ! Un cénacle de femmes auteurs n’y échappait pas à l’humeur littéraire ambiante faite de snobisme et de ronds de langage. On était loin des grandes figures féminines de l’écrit ! Les écritures présentées surfaient tellement sur l'intellectualisme que ça en devenait pathétique.

 

Écrire et en parler s’inscrit maintenant, comme l’avancée technologique, dans une fumisterie dangereuse, ostentatoire et vide, qui se racine dans l’esbroufe, l’apprentissage sorcier, la représentation, et un mentalisme froid et élitiste. Sans doute, ailleurs, doit-il rester de vrais écrivants, mais où ? Certainement pas dans la sphère de l’intelligentsia actuelle.

 

On rêve d’entendre la simplicité superbe d'une Maria Borrely, l'humaniste juste d'une Nancy Huston ou d'une Tony Morrison, l'intelligence d'une Emily Dickinson, bref des gens qui sont autre chose que des clones de la pensée des mouvements actuels.

 

Il y a quelque chose de concentrationnaire dans l’expression de ces voix qui se moulent sur un paraître politiquement correct qui veut nous porter à croire que l’institution de la pensée ou de la langue dans l’air du temps doit éliminer la foi profonde du charbonnier et le travail d'humilité de l'écrivain.

 

A dire vrai, je ne supporte même plus les maisons d’éditions qui, pour la plupart et surtout celles dites 'grandes', ont un fonctionnement qui ne se fonde plus sur l'art mais sur le commerce et les copinages dont peu importent les formes. Si on y ajoute l’immense fumisterie des réseaux sociaux, on en arrive à une forme de vie et d'expression minables, corrompues, étroites et invivables, la pensée unique n'est pas loin !

 

Faudra-t-il que ceux qui veulent résister aux régimes délétères ambiants aillent vivre dans les montagnes loin et haut pour échapper à la folie des paraître et des manipulations ? Peut-être !

 

Ile Eniger

 

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Le feu

Publié le par la freniere

Au centre le feu, autour les cendres. Parcours d'ondes secrètes, des papillons rutilent, montent, s'essoufflent, s'affaissent, brasillent encore un peu. Une lumière cuivrée émaille le bois dans sa dernière ouvrage. Les bleu-vert d'impalpables écailles entourent la vibration. Au centre le feu, autour les cendres. Un cœur chaleureux, bienveillant, flamboie la proximité généreuse de sa clémence secourable. Même le froid n'ose sonner la charge. Même la nuit de pierre s'éclaire et réchauffe. Les mots écoutent. Du dernier bois, s'élève une bonté ultime, étincelante.

 

Ile Eniger

 

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Ile Eniger à Mouans-Sartoux

Publié le par la freniere

Avec Ile Eniger

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À Lily

Publié le par la freniere

Il y avait des kilomètres et un océan entre nos mots. Et des lignes de poètes portant la certitude d'une estime tissée de fils lointains courant sur l'horizon. Il y avait cette évidente compréhension, la bonté à écouter, à rayonner. Il y avait l'intelligence du cœur cherchant à tout prix la lumière. Il y avait ce ciel d'avance pour guider nos paroles, nos réflexions, nos volontés à chercher la justesse la plus juste. Il y avait ta présence une fois entrevue, et nos lettres depuis des années. Et puis, il y eut le silence qui ne répondait plus. Aujourd'hui est triste, j'ai appris ton départ, ton billet pour le pays des étoiles. J'ai reçu la réponse du silence. Alors te dire merci, te dire la bienveillance et l'amitié toujours. Encens de foin d'odeurs et thé aux fleurs de cerisiers à partager, sur ta nouvelle route.

 

Ile Eniger 

 

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Fêlures

Publié le par la freniere

Une voix claqua comme coup de fusil. Des rires sonnèrent comme fêlures. Dans les restes de la fête, on eut beau chercher l'ange, on ne trouva, sur le plancher, qu'une plume, piétinée.

 

Ile Eniger

 

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Tu te dis

Publié le par la freniere

Une pluie d'hiver tombe sur un jour de chien seul. Tu vois l'éclair de faux luisante sur les épaules des blés. Tu entends la chamade dans les battements du sang. Tu regardes le gris des villes découpant la beauté. Tu sais qu'un pas d'itinérant porte le poids du monde. Des clameurs embrasent le ciel de tous les pays. Les jardins sont en fleurs et les arbres en abeilles. Un chat et un chien jouent dans la poussière. Un clocher sonne quelque part. Toi, l'enfant de rentrée des classes, assis sur ton cartable à une encablure de l'école, un pain au chocolat dans ta poche, tu te dis qu'avec tout ça il faudra bien faire quelque chose d'heureux.
 
Ile Eniger
 

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Celles

Publié le par la freniere

Je suis celles lasses devant un fourneau de cuisine, celles qui pleurent doucement pour ne pas réveiller les enfants, celles qui ne mangeront pas de part de tarte, celles qui n'ont plus d'espoir ni même de désespoir, celles qui ne chantent plus mais se souviennent de la voix de leur mère, celles qui entendent sonner les heures sans dormir, celles qui comptent leurs sous et qui ont peur, celles maltraitées qui s'inventent d'impossibles départs, celles ignorées, bafouées, torturées, affamées, celles que personne ne voit, celles qui triment dur, celles qui hurlent sans déranger le monde, celles découragées, celles qui tombent et meurent seules. Je suis celle qui ne les oublie pas.

 

Ile Eniger

 

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Québec

Publié le par la freniere

Je suis de ce pays plus sûrement qu’une mémoire. De sa langue qui chante, de ses cordes de bois appuyées sur l’hiver, de sa voix résistante, de ses lumières d’herbes, de ses vieux mocassins, de ses rangs visitant la campagne, de ses galeries en planches, et d’une maison qui me nommait si fort. Ah Québec, je me souviens ! Tes étés frileux, tes foins d’odeurs et sauges en volutes, tes feux du soir peuplés d’ancêtres, tes rubans galopant de longues routes longues, tes pluies éternuant sur le dos des bisons, tes pommes au hasard des chemins, tes mottes de labours charnus. Et moi, chavirée, pieds nus dans l’eau de tes lacs, éclaboussée du chant de tes cascades. Je me souviens Québec, tes berçantes grinçant d’anciennes résonances, la voix du loup dans la cour d’en arrière, l’ours à portée d’imaginaire, tes nuits profondes sans questions, tes gens et leurs violons harmonicas accordéons, tes mains bûcheronnes sûres de gestes élémentaires, ton air de rien qui disait tout. Et moi, enlevée, embarquée, conquise. Pour te parler, je cherche des mots de souches séculaires, de racines premières, de pierres angulaires. L’accent de ma terre rejoint le tien et ses montagnes basses fardées de pastels gras. Mes mots de mer disent ton St Laurent et tes rivières douces. Je parle d’un bonheur là-bas. Ah Québec, ta trace rouge, indélébile sur mon âme.

 

Ile Eniger

 

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