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247 articles avec ile eniger

Le matin tousse

Publié le par la freniere

Les mots tombent dans le grand blanc et noir. Les abîmes grandissent quand les ailes doutent. La souffrance de la solution est parfois plus grande que la douleur du problème. Mes phrases se tiennent par la main comme des pas frileux sur un chemin aléatoire. Il faut sans cesse détecter l'étincelle, inventer la couleur. Il faut peut-être toute une vie pour que le tournoiement du poème prenne sens. À deux pas de la solitude et des interrogations, quatre marrons au fond des poches pour trésors, des enfants jettent leurs cris d'hirondelles sur les chemins d'automne. Les platanes quittent leurs corsets d'écorces, époussètent leurs feuilles jaunies fatiguées d'avoir joué les éventails à la saison brûlante. Des feux de jardins délivrent des messages qu'ignore l'application du jardinier. Les maisons ont fermé leurs fenêtres, la buée nostalgique. Le chat remet de la fourrure sous l'œil du soleil pâle. La terre se repose des outrances d'été. Encore quelques oiseaux s'égosillent au portant d'une lumière rousse. Tout est bien. Et si le matin tousse, c'est que les cheminées s'essaient aux premières flambées, rien de bien grave. Accrochée à une herbe ballottée par les vents, ma main convoque l'écriture, truite vive depuis tant d'années.

 

Ile Eniger

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Pauvre

Publié le par la freniere

C'est un taureau aux pattes avant cassées. Ils lui ont cassé ses pattes pour satisfaire leurs jeux du cirque. Ils s'acharnent. Quatre matadors bariolés, ignobles, grotesques, psychopathes. Ils frappent, piquent, insultent, ils le veulent debout. La bête essaie de se mettre debout. Ses pattes avant sont cassées. Ils les lui ont cassées. Les quatre monstres s'obstinent sous les encouragements hystériques de la foule en liesse. Dans l'arène, le taureau s'écroule, il se couche sans se plaindre. Les fous exultent leur haine. Cette scène, je l'ai vue sur un de ces réseaux sociaux qui relaient tant d'informations. Bien sûr, j'ai signé la pétition contre la corrida. Bien sûr. J'ai pleuré aussi d'appartenir à cette race humaine qui jouit de torturer ses frères, toutes espèces confondues. Puis j'ai écrit ce texte, comme une caresse longue, douce, pour le taureau, et pour tout ce qui souffre sous tous les jougs. Un texte pour dire ma douleur que des hommes choisissent de briser la vie. C'est un texte pauvre, sans ampleur autre que de dire ce qu'il dit. Un texte juste pour aimer.

 

Ile Eniger

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Nouveaux ouvrages d'Ile Eniger

Publié le par la freniere

Nouveaux ouvrages d'Ile Eniger
Nouveaux ouvrages d'Ile Eniger

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Été

Publié le par la freniere

On entend le ciel armer ses fusils et les cuivres du soleil martèlent les heures jusqu'au blanc des façades. C'est encore le temps des cerises dans les rires de mémoire quand déjà, gorge dure tendue, la terre craquelle sous la charge d'été. Un plomb incandescent dessèche ses crevasses. Chaque orage sec la plisse davantage. Haletantes, des bouches de soif vident les fontaines. Les portes des granges sont ouvertes, les bêtes en alpages, les mouches abandonnées dans l'air poussiéreux. Aux talus arides s'affaissent le jaune étique des herbes. Les cigales psalmodient au brasier de midi et dans le mûr des blés quelques coquelicots exaltent la récolte. Ici, ailleurs, nulle part, partout, , la vie respire à petits coups, pendue au clou brûlant de la forge estivale.

 

Ile Eniger

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La limite

Publié le par la freniere

Les mots sont foule contenue. De celle qui écrit, ils disent plus qu’elle ne sait. La limite humaine, son option à corrompre les sens d’exister, affecte plus sûrement le bonheur que l’orage les fleurs du jardin. Reste l’exercice de vigilance, rincer, nettoyer les laideurs rencontrées. Au plus près du feu, l’étincelle se fortifie. Appliquée sur la page, écolière qui ânonne des mots maladroits tendus vers la nitescence, celle qui écrit espère ne jamais renoncer. Le miroir implacable du texte renvoie une image multiple. Dans la lumière à joindre, a-t-elle déjà tellement marché, tellement vu de jours ? Si occupée qu’elle était, a-t-elle négligé la ride lente au front du voyage ?

 

Ile Eniger

 

 

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Vivre

Publié le par la freniere

La société merdique finit toujours par installer son office délétère qui pousse à choisir la surface, celle des virtualités grégaires et autres lavages de cerveaux, au détriment de la profondeur à créer et partager. Infinie tristesse de constater que la laideur gagne presque toujours sur les possibilités d'élévation.

S'emprunte petit à petit des chemins moins contraignants. Les hommes ont ainsi besoin d’agitations futiles, de prairies toujours plus vertes ailleurs, de petits égoïsmes rassurants. La sacralité ordinaire leur fait peur, leur demande cet effort vivant qui les fatigue. C’est pourquoi le monde est tel qu’il est, médiocre, triste, méchant. De petits arrangements en petites complaisances, se réduit l’absolu, l'essentiel. S'il est douloureux d’apprendre à en grandir, ce triste constat met aussi en place une possible vigilance : savoir ce que l'on veut, et surtout ce que l'on ne veut pas. Ainsi, nous devenons libres.

Vivre et aimer, à quelque niveau que ce soit, ne se satisferont jamais de mensonges et autres servilités. Aimer en conscience requiert l’entièreté, l’absolue présence, le don total à parfaire chaque jour.

Malgré la difficulté que cela implique, je préfèrerai toujours la solitude haute à la tiédeur ambiante.

Ile Eniger

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Le sens

Publié le par la freniere

L'indifférence, la méchanceté, la débâcle, l'agitation, les petitesses, sont affaires d'hommes. Leurs ego bétonnent, leurs monnaies enterrent, leurs croyances mentent, leurs pouvoirs détruisent. Loin de ces jeux morbides, un seul lilas contre un mur éboulé, le trait roux d'un renard dans un champ, un éclair de moineau sous la pluie, un ru dans la poussière, des pépites de rires à la sortie des classes, proposent inlassablement le sens du bonheur.

Ile Eniger

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Elle marche

Publié le par la freniere

Elle marche, contre les vents, plus seule que la solitude. Elle arrache au panier du temps l'osier de l'espérance pour le replanter. Sous les cadences rapides des gongs désâmés, elle ralentit le pas, regarde, sourit, écoute, porte au nid d'herbe un moineau blessé. Elle bat la campagne pour des choses qu'elle dit belles, bonnes, essentielles, sacrées. Elle tambourine contre l'absolu pour qu'il s'ouvre. Elle fait des efforts pour s'élever plus haut, plus loin, plus juste. Tout cela a peut-être un sens. Elle dit aussi qu'écrire c'est aller des yeux à la main sans passer par l'esprit. En somme, selon elle, vivre et écrire serait simplement cueillir ce qui est plus grand, plus aimant, plus important que l'entendement. Ile Eniger

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Fête des Pères

Publié le par la freniere

Père, tu ne disais rien ces temps où tu étais seul et malheureux. Je faisais comme si je n'entendais pas que tu ne disais rien. Nous étions nourris de ciel muet. Et que pouvait le ciel sur cette terre aride où l'épilet sauvage piquait et séchait au talus poussiéreux ? Que pouvait le ciel quand le mufle des vents malmenait des feuilles amoncelées depuis si longtemps ? Que pouvait le ciel quand le caillou blessait dans chaque soulier ? Que pouvait le ciel quand l'inane pendule tranchait les jours en secondes erratiques emportant les mots avant qu'ils ne se posent. Père, la dure réalité est un espace lisse sur lequel mon écriture bute et dérape. Je sens l'urgence des mots mais ils s'éloignent, fatigués. Je voudrais le chant du monde, je n'ai qu'un filet de voix. Comme toi jadis, j'apprends la solitude. Comme toi, je ne suis pas de celles qui tournent le dos à la route. Père, je te sais de loin, mais je te sais. Comment te dire ce que tu n'as pas su dire ? L'été se profile, implacable, comme il sait l'être dans le sud.

Ile Eniger

 

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Pourtant

Publié le par la freniere

Ici se décourage, ou quelque chose comme ça. L'inconséquence de l'espèce, ses papiers gras, ses souillures, ses mensonges, ses illusions, ses cacophonies, ses hue et à dia, épuisent. Dans les arbres souffreteux, des oiseaux claquent du bec, ils survivent. Sur les branches noires du peu, la saison triste est un mouroir. Une mauvaiseté infléchit les endurances, martèle à petits coups d’ongles jusqu’à la plaie. Pourtant, la prévalence du moindre cède toujours devant le rire d'un enfant soufflant sur les akènes des fleurs de pissenlits.

Ile Eniger

 

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