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247 articles avec ile eniger

Un vendredi

Publié le par la freniere

Il fait nuit noire, brillante nuit. Nuit de seul au monde. Nuit sans heures. Un vendredi que certains disent Saint, où d'autres se battent, s'en fichent ou dorment. Elle est seule, assise dans le silence. Dans la parole même du silence. Elle ne pense pas, ne prie pas. Elle écoute le plein du vide et son contraire. Le lieu sans nom. Elle est immobile dans les éléments, dans le Souffle. Elle ne veut pas, n'espère pas, ne s'adresse à personne. Elle est avec. Elle veille avec quelque chose qui la dépasse. Le ciel et la terre sont la nuit noire. L'huile de la lampe ne sait pas si elle brûle, si elle luit.

 

Ile Eniger

Publié dans Ile Eniger

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Je m'interroge

Publié le par la freniere

Ce matin, je lisais dans un journal qu'une personne du Conseil Européen avait été dispensée de sa peine bien qu'impliquée dans une affaire d'escroquerie, alors qu'un homme qui mendiait dans le métro a eu une amende de 200 Euros à payer !

Le gouvernement allège les impôts des riches, organise des passe-droits, se nourrit grassement, commerce des armes, et ponctionne les pauvres !

Une personne aide une migrante à accoucher, d'autres donnent des couvertures et de la nourriture aux sdf par des températures négatives et, taxés d'illégalité, finissent en garde à vue !

Hier soir, aux informations télévisées j'apprenais avec stupeur qu'il suffisait de se servir d'un tutoriel trouvé sur le net pour apprendre à écrire et devenir un auteur reconnu, et cet auteur était le seul dont parlait le Journal pour représenter l'ensemble du Salon du Livre qui se tient actuellement à Paris !

Deux personnes sont mortes aux Urgences par manque de lits et de prise en charge sans que cela provoque une plus vive émotion que ça… Des écoles de campagne vont être fermées sans que la population ne s'en émeuve vraiment…  

Et, parlant de ces choses-là glanées au hasard de ce que la Presse veut bien relater, sans doute suis-je encore bien en deça d'une réalité abjecte dans laquelle nous baignons et que nous acceptons chaque jour argent comptant comme des oies bien gavées.

En sommes-nous donc arrivés à ce point de débilité mentale, d'absence d'humanité et de mort des consciences qui fait de l'humain un imbécile et un indifférent ? "Est-ce ainsi que les hommes vivent ?", disait déjà Aragon et chantait Léo.

Et, "Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront noir ou blanc" annonçait déjà Jean de La Fontaine…

Ile Eniger

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À mon ami Yves

Publié le par la freniere

C'était un code entre nous, tu signais Ton barbare quand, de ton pays lointain, tu m'écrivais ces longues lettres où tu me partageais tes plus grandes révoltes, tes plus belles utopies . D'un grand ciel ouvert, tu me confiais tes rêves d'athée et ceux de gavroche romantique. Tu t'étais trompé d'époque, tu le disais. Tu ne supportais pas ceux qui voulaient rabattre tes ailes. Sans justification,  nos parcours fraternels jumelaient une alliance Nous étions ceux qui se parlent vrai, qui se savent vrais. Mes rectitudes, mes quêtes, te faisaient sourire, le bad boy que tu croyais être, les bousculait. Tu disais : Il y a mille ans nous étions amis, dans mille ans nous le serons encore. Nous étions ces amis-là, d'une rare confiance. Une bienveillance.  Tu  brûlais entre la matière dense et ta clarté de bleu regard d'enfant. Je t'ai envoyé un livre, il m'est revenu. Et si tu n'habites plus l'adresse indiquée, c'est que tu es parti bien plus loin que la Terre, je l'ai appris hier.  Tu as pris la traverse sans aurevoir, ça te ressemble, l'amitié n'a besoin que d'être. 

 

Ile Eniger

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Légitime

Publié le par la freniere

Terre de septembre, ma Mère, comme toi je suis des derniers fruits et des guérets sanguins. Comme toi, je protège la parole donnée et la graine à venir.  Au soirs de lune orange sur le portant des vignes, au portail de l'ultime saison, je sais des mots de feu. Et les pas qui inventent la route. Des sols charnus jusques aux cimes, je bois tes éléments dans la coupe des mains. Des crinières des arbres aux obstinements d'herbes, je chevauche l'espace. Avec les plumes d'anges et les abeilles en miel, je ne cèderai rien aux dormances d'hiver. Et c'est debout et nue, en lumière montante, que je l'écris à l'encre rouge au mordant du soleil : je suis légitime d'aimance.

 

Ile Eniger

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Deux chevaux de trait

Publié le par la freniere

C'étaient deux chevaux de trait, Pompon et Matelot, un blanc, un bai. Les matins froids de mars voyaient l'un ou l'autre, parfois les deux, tirer la charrue, fendre la croûte dure jusqu'au gras noir des terres fumantes comme leurs naseaux. La piqûre du froid ricochait sur le cuir de leurs muscles tendus. Le pas tranquille et sûr, ils arpentaient un travail régulier. Parfois, l'homme derrière la houe s'arrêtait, les bêtes secouaient leur crinière dans un bref hennissement, approuvant ce temps de repos. Puis, sans parole, le paysan les flattait à l'encolure et le travail reprenait, paisible dans la solitude d'hiver. Parfois, j'allais les voir, à l'écurie quand ils se reposaient. Je leur racontais ma vie d'enfant. Ils écoutaient l'œil amical, l'oreille tendue, une brassée de foin au coin des lèvres qu'ils mastiquaient placidement. Ils s'appelaient Pompon et Matelot, de bons chevaux de trait qui  vieillissaient sans heurts. Un jour, ils sont partis, on ne m'a jamais dit où mais j'ai vu Grand-Père essuyer ses yeux devant les stalles vides.

 

Ile Eniger

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Celles

Publié le par la freniere

Je suis celles lasses devant un fourneau de cuisine. Celles qui pleurent doucement pour ne pas réveiller les enfants. Celles qui ne mangeront pas de part de tarte. Celles qui n'ont plus d'espoir ni même de désespoir. Celles qui ne chantent plus mais se souviennent de la voix de leur mère. Celles qui entendent sonner les heures sans dormir. Celles qui comptent leurs sous et qui ont peur. Celles maltraitées qui s'inventent d'impossibles départs. Celles ignorées, bafouées, torturées, affamées. Celles que personne ne voit. Celles que personne ne veut. Celles qui triment dur. Celles qui hurlent sans déranger le monde. Celles découragées. Celles qui tombent et meurent seules. Je suis celle qui ne les oublie pas.

Ile Eniger

tiré du recueil Hors Saison, Chemins de Plume, l'un des meilleurs livres publiés en France cette année.

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Même

Publié le par la freniere

Quelque chose qui ne fane pas, ne blesse pas, un amour d'altitude. Tout petits souffles, moindres rocailles, herbes maigres, creux de vents, traces d'insectes, je crois aux riens qui valident la vie. Seul l'amour sauve, ai-je un jour écrit désignant toutes formes, toutes choses. Accordée au vivant, malmenée par lui, la fragile condition cherche son sens dans son incomplétude. Je sais d’instinct que même l'ombre parle de lumière.

 

Ile Eniger

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Il suffirait

Publié le par la freniere

C'est la nuit. Les bruits ont fini par s'éteindre. Un froid d'étoiles tombe en grésil sur les épaules du soir. L'écharpe du ciel s'effiloche, les arbres frissonnent. Quelque cri d'animal, craquement, claquement, électrisent le silence. Une respiration saine remet en place l'âme et le corps. S'effacent les rumeurs sordides, virtualités maladives, piteux mensonges, autres agrégats mortels. Ici s'arrête la folie humaine, sa terrible bêtise, son immense saleté, son incommensurable mauvaiseté. Ici, commence l'être, sa puissance cardiaque, son intelligence primale. Dans les racines, les nervures, les terriers, les lits, les sèves rincent les pesticides, lavent les souillures, renouvellent les germes. Les éléments nettoient la bave sociétale. Il suffirait que chaque battement glisse en ce mouvement, choisisse la lumière, pour que les plaies guérissent, que vienne un homme et un jour neufs, que vive la vie.

 

Ile Eniger

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L'exil

Publié le par la freniere

Il a poussé son chevalet dans une coin de l'atelier. Ses mains ne voleront plus sur une toile. Il a perdu ses couleurs, les noms de ceux qu'il aime. La lumière ne sera plus peinte. Il est l'exil. Une pierre ferme l'horizon. La cisaille mord l'attache du fruit. S'affaisse l'inutile prière. Quelque chose se tait qui étouffe le cri. Comment nommer l'innomable douleur, l'impossible secours, l'inéluctable peine ? Il fait froid partout ce soir. Une pluie glaciale déménage l'automne, sillons roux sur la terre gercée. Je pense aux bêtes loin des terriers, aux gens seuls, aux pas trempés sur les pavés de rues indifférentes. Je pense à ce qui s'efface. Ce qui disparaît. Ce qui n'attend plus. Je pense à ce qui fuit entre les doigts. Il manque tellement ce temps d'insouciance verte à croquer en riant.

 

Ile Eniger - Solaire - (à paraître)

http://insula.over-blog.net/
 

 

Parfois, l'on reçoit certains textes et ils nous submergent comme des bouffées de larmes à consommer sur place. Parfois il nous faut avaler chaque mot et rester muet comme un enfant perdu dans la nuit.

 

Ce texte d'Ile Eniger m'a ému, tout autant que la lettre de Julos Beaucarne écrite quand un dément déroba la vie de sa "Loulou" : On doit manger chacun, dit-on, un sac de charbon pour aller en paradis. Ah ! Comme j'aimerais qu'il y ait un paradis…

 

"Comme j'aimerais", moi aussi, "qu'il y ait un paradis" !

Espérance ou questionnement devant ce néant peut-être habité où se scellent les destins. Cette question est depuis toujours arrimée à mon écriture : la douleur est-elle le prix du voyage ?

 

 Ce texte d'Ile Eniger renferme la question, le cri, le rire. Le bonheur et les années espoirs n’existaient-ils donc que pour s'effacer ?

 

Voir partir,  c’est être un enfant aux doigts de plume, impuissant devant la montagne à soulever. "Ah ! Comme j'aimerais qu'il y ait un paradis".

 

Jean-Michel Sananès

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La petite vierge bleue en bois peint

Publié le par la freniere

La porte de l'église grince et se referme mal. J'entre dans une odeur d'encens, de silence, et de bois ciré. Un bouquet de feuillage roux à la main, je vais vers la niche de plâtre et sa petite vierge bleue en bois peint. Sur sa voûte, je dépose les rousseurs d'automne. Le mur s'illumine. J'allume deux bougies, une pour la famille, une pour le monde, je ne pense à rien, un geste presque païen. Je m'assois sur le banc, devant l'autel. Du vitrail, descend une lumière irisée. Rien ni personne ne prie mais tout est présent. Des choses immobiles respirent paisiblement. Sur le tissu blanc de la pierre d'autel, une lampe rouge brûle comme une fleur. L'instant est total, ce qu'il dure, sans importance. Je me lève. En partant, je touche le bénitier, il est sec, et doux. Je dis au-revoir et merci comme ça, dans une caresse de marbre blanc. La porte grince et se referme mal. Dehors, le soleil ruisselle.

 

Ile Eniger

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