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226 articles avec ile eniger

Un parti-pris

Publié le par la freniere

Elle écrit du cœur du poème, du jardin d'enfance, du lieu où tout serait possible. Elle s'inquiète du temps qui se déploie sans indiquer sa route. Elle ne s'appuie plus, pas même sur l'écriture. Elle a rompu un à un tous les épaulements, elle en a fait du petit bois pour les heures froides. Un jour peut-être, ici ou ailleurs, dans les pages d'un livre, par la grâce d'une fleur de fruitier, elle dira, elle même étonnée : "La maison vieille est toujours debout", et elle sourira des anciennes peurs. Elle aura choisi de croire que les oiseaux sont heureux. Ce sera comme ça, un parti pris.

 

Ile Eniger

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De l'or

Publié le par la freniere

Les lilas penchent leurs clochettes étourdies de parfum. Le vent, de l'or dans les doigts, secoue ses poussières. Une abeille gorgée de pollen se fiche de l'ordre du monde. Contre un mur, l'herbe troue l'asphalte. Le miracle d'une fleur d'amandier traverse le regard. On en oublierait que le reste du temps on mesure l’hiver.

Ile Eniger

 

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Ile Eniger

Publié le par la freniere

Ile Eniger

Au mois d'avril paraît, aux Editions Chemins de Plume, un livre regroupant des extraits de ses 5 livres publiés entre 2000 et 2004 aux Editions Cosmophonies Internationales : La parole gelée - Les terres rouges - Une pile de livres sous un réverbère - Du feu dans les herbes - Celle qui passe -, sous le titre : "Textes poétiques 2000-2004". Vous pourrez le commander aux Editions Chemins de Plume à partir du 10 avril 2017.

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Une lunule

Publié le par la freniere

Derrière la menace du temps et les semelles de plombs, des semailles d'étincelles éclairent le travail des graines. La bouche du vent sifflote. Les épaules de la pluie portent des promesses de soleil. Sur la route où rien n'a de sens que celui qu'on lui donne, une lunule de lumière désigne l'horizon et le lever du jour. Les jardins reprennent leurs conversations odorantes. On n'en ferait pas un poème mais les choses du commun réconfortent.

 

Ile Eniger 

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Mes attentes

Publié le par la freniere

Mes attentes ne sont pas des attentes mais des flambées rebelles au seul bois d’exister. Des yeux clairs aux éclipses guerrières, des fruits de neige, une musique bohémienne, l’eau d’un secret. Et je ne suis pas sage. Je choisis l’or du ciel, son froissé audacieux, le propos rougissant de l’argile impudique, le jour qui n’a pas sens de jour mais de pain chaud, de feuillage mûr, de verdeur. Je choisis le voyage, l’enfiévré, l’inconnu, la soif qui roule sur les hanches, la mémoire rétive qui échappe à la loi et la maison lavande qui craque sous les doigts son parfum ivre et bleu. Et tes mains aériennes. Et je choisis septembre plus riche que l’été. Mes attentes ne sont pas des attentes, mais l’amour debout, à boire frais dans rien, dans tout, d’un trait, comme on écrit.

 

Ile Eniger

 

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Des jours et des nuits

Publié le par la freniere

J'ai déchiré des pans entiers du ciel trop bleu, trop confiant, trop indécis. J'ai gardé quelques livres, un vieux rêve, deux poignées de sable, une ou deux pommes vertes, de l'eau entre les doigts, de la musique sur un fil d'horizon ou de violon. On n'entend plus mes pleurs d'animal ni mes pas qui raclent le sol. De loin, on me fait quelques signes. Dessous, la rivière grande, la rivière gronde. Des veines d'eau gonflées charrient les passés. Dessus, le plafond trimballe ses nuées bâtardes. Des jours et des nuits se disputent l'espace. Il y a sans doute un accord possible. Autour, des choses à prendre ou à laisser. Et le souffle porté, supporté, emporté. Loin de la mesure des hommes. J'ai vacillé et tenu bon. Je me suis bricolé des ailes pour faire danser mes espadrilles. J'ai tenté d'aimer et la lumière qui va avec.

 

Ile Eniger

 

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Mon père

Publié le par la freniere

Celui que je vois dans le paysage noir et blanc, c'est mon père. Il marche depuis tôt le matin dans les rangées longues. Seul. Dans le froid et le silence, il taille les vignes. Basses. Quelques merles l'accompagnent entre les mottes grises et dures d'hiver. Comme eux il siffle quelquefois. Quand le mistral glacial secoue sa canadienne, il remonte son col. C'est un taiseux mon père, du mal au dos ou des gerçures, il ne dit jamais rien. Il travaille sans gants. Parfois il crache dans ses mains, les frotte l'une contre l'autre, puis il reprend le mouvement d'aller. Son geste est précis, il claque sec le sécateur, au bon endroit. Des centaines de fois. Il avance courbé, plié en deux sur les ceps noirs. Toute la journée. Seul. Au soleil il connaît l'heure, le clocher la confirme. Quand il rentre, au soir, il accroche sa lassitude à la patère du couloir.

 

Ile Eniger

 

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Ma main

Publié le par la freniere

Ma main aux dents d'écriture

Ma main attachée aux jours laborieux

Ma main tirant sur sa laisse

Ma main boudeuse et désertée

Ma main debout face au silence

Ma main tremblée en ses traces de souris

Ma main creusant, cherchant, criant, priant

Ma main ridée appuyée sur la page

Ma main fontaine aux écorces altérées

Ma main desserrant ses mâchoires

Ma main gardienne de mémoire

Ma main sur le pain et la joue des pivoines

Ma main d'aimance

Ma main, t'ai-je déjà remerciée ?

 

Ile Eniger

 

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Il se peut

Publié le par la freniere

L'écriture est la fleur au-dessus des épines. Il faut monter pour approcher sa vérité. En quête de rectitude, j’écoute le silence, le chat bien plus confiant que moi, le sentier guidé par la montagne, toutes ces choses de la présence pure. Il se peut que les mots, les gestes, les espoirs, se trompent de planète et de locataire. Il se peut que le cuir tanné des terres d'hiver, les maraudes d'oiseaux sur des graines de faim, les gifles des vents dans les arbres dépouillés, soient plus résolus que mes pas sur la route. Il se peut que la funambule craigne le vide, le grand vide affamé où s'éteint la lumière. Mais il se peut aussi que la vie dans la vie ranime la pierre.

Ile Eniger

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Sur l'hiver

Publié le par la freniere

Sur l'hiver, la terre écrit des lignes rouge sang, des labours de veines brunes, des chairs retournées nourrissant les oiseaux. La nuit gèle, raide dans ses bottines. Des étoiles veillent un marbre noir. Parfois, quelque souffle furtif fait cliqueter des branches. Le cri blanc d'une hulotte tranche le silence. Des crissements d'herbes escortent un chemin vers les vignes. Un renard roux troue le paysage. Une bête crie. Un chien jappe. À l'arête des cyprès, les haies tremblent. Le choc léger des châtaignes heurte le sol aux heures les plus froides. L'œil de la lune donne aux poires un mordoré troublant. En bout d'allée, une bâtisse grise porte son poids de pierre. Derrière ses murs austères, dorment les paysans. On dirait la vie pendue comme l'eau au nez des fontaines, quelque chose y frissonne sans bouger. Bientôt, un trait brillant cisaille le mica du ciel et monte, rouge. Le coq éveille ses poules. L'étable frémit d'odeurs et de sabots raclés. Un klaxon annonce le laitier. La cheminée crache et chauffe ses os. Dans la cuisine, un goût de chocolat accroche les narines. Mal réveillés, les enfants ronchonnent. La main des mères rajustent quelque habit. Les pères filent derrière la charrue. Les yeux piquent sous le lumière crue. Gonflant ses poumons comme un qui vient de naître, le jour s'installe. La vie rurale, rude, recommence.

Ile Eniger

 

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