Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

222 articles avec ile eniger

Mes attentes

Publié le par la freniere

Mes attentes ne sont pas des attentes mais des flambées rebelles au seul bois d’exister. Des yeux clairs aux éclipses guerrières, des fruits de neige, une musique bohémienne, l’eau d’un secret. Et je ne suis pas sage. Je choisis l’or du ciel, son froissé audacieux, le propos rougissant de l’argile impudique, le jour qui n’a pas sens de jour mais de pain chaud, de feuillage mûr, de verdeur. Je choisis le voyage, l’enfiévré, l’inconnu, la soif qui roule sur les hanches, la mémoire rétive qui échappe à la loi et la maison lavande qui craque sous les doigts son parfum ivre et bleu. Et tes mains aériennes. Et je choisis septembre plus riche que l’été. Mes attentes ne sont pas des attentes, mais l’amour debout, à boire frais dans rien, dans tout, d’un trait, comme on écrit.

 

Ile Eniger

 

Publié dans Ile Eniger

Partager cet article

Repost 0

Des jours et des nuits

Publié le par la freniere

J'ai déchiré des pans entiers du ciel trop bleu, trop confiant, trop indécis. J'ai gardé quelques livres, un vieux rêve, deux poignées de sable, une ou deux pommes vertes, de l'eau entre les doigts, de la musique sur un fil d'horizon ou de violon. On n'entend plus mes pleurs d'animal ni mes pas qui raclent le sol. De loin, on me fait quelques signes. Dessous, la rivière grande, la rivière gronde. Des veines d'eau gonflées charrient les passés. Dessus, le plafond trimballe ses nuées bâtardes. Des jours et des nuits se disputent l'espace. Il y a sans doute un accord possible. Autour, des choses à prendre ou à laisser. Et le souffle porté, supporté, emporté. Loin de la mesure des hommes. J'ai vacillé et tenu bon. Je me suis bricolé des ailes pour faire danser mes espadrilles. J'ai tenté d'aimer et la lumière qui va avec.

 

Ile Eniger

 

Publié dans Ile Eniger

Partager cet article

Repost 0

Mon père

Publié le par la freniere

Celui que je vois dans le paysage noir et blanc, c'est mon père. Il marche depuis tôt le matin dans les rangées longues. Seul. Dans le froid et le silence, il taille les vignes. Basses. Quelques merles l'accompagnent entre les mottes grises et dures d'hiver. Comme eux il siffle quelquefois. Quand le mistral glacial secoue sa canadienne, il remonte son col. C'est un taiseux mon père, du mal au dos ou des gerçures, il ne dit jamais rien. Il travaille sans gants. Parfois il crache dans ses mains, les frotte l'une contre l'autre, puis il reprend le mouvement d'aller. Son geste est précis, il claque sec le sécateur, au bon endroit. Des centaines de fois. Il avance courbé, plié en deux sur les ceps noirs. Toute la journée. Seul. Au soleil il connaît l'heure, le clocher la confirme. Quand il rentre, au soir, il accroche sa lassitude à la patère du couloir.

 

Ile Eniger

 

Publié dans Ile Eniger

Partager cet article

Repost 0

Ma main

Publié le par la freniere

Ma main aux dents d'écriture

Ma main attachée aux jours laborieux

Ma main tirant sur sa laisse

Ma main boudeuse et désertée

Ma main debout face au silence

Ma main tremblée en ses traces de souris

Ma main creusant, cherchant, criant, priant

Ma main ridée appuyée sur la page

Ma main fontaine aux écorces altérées

Ma main desserrant ses mâchoires

Ma main gardienne de mémoire

Ma main sur le pain et la joue des pivoines

Ma main d'aimance

Ma main, t'ai-je déjà remerciée ?

 

Ile Eniger

 

Publié dans Ile Eniger

Partager cet article

Repost 0

Il se peut

Publié le par la freniere

L'écriture est la fleur au-dessus des épines. Il faut monter pour approcher sa vérité. En quête de rectitude, j’écoute le silence, le chat bien plus confiant que moi, le sentier guidé par la montagne, toutes ces choses de la présence pure. Il se peut que les mots, les gestes, les espoirs, se trompent de planète et de locataire. Il se peut que le cuir tanné des terres d'hiver, les maraudes d'oiseaux sur des graines de faim, les gifles des vents dans les arbres dépouillés, soient plus résolus que mes pas sur la route. Il se peut que la funambule craigne le vide, le grand vide affamé où s'éteint la lumière. Mais il se peut aussi que la vie dans la vie ranime la pierre.

Ile Eniger

Publié dans Ile Eniger

Partager cet article

Repost 0

Sur l'hiver

Publié le par la freniere

Sur l'hiver, la terre écrit des lignes rouge sang, des labours de veines brunes, des chairs retournées nourrissant les oiseaux. La nuit gèle, raide dans ses bottines. Des étoiles veillent un marbre noir. Parfois, quelque souffle furtif fait cliqueter des branches. Le cri blanc d'une hulotte tranche le silence. Des crissements d'herbes escortent un chemin vers les vignes. Un renard roux troue le paysage. Une bête crie. Un chien jappe. À l'arête des cyprès, les haies tremblent. Le choc léger des châtaignes heurte le sol aux heures les plus froides. L'œil de la lune donne aux poires un mordoré troublant. En bout d'allée, une bâtisse grise porte son poids de pierre. Derrière ses murs austères, dorment les paysans. On dirait la vie pendue comme l'eau au nez des fontaines, quelque chose y frissonne sans bouger. Bientôt, un trait brillant cisaille le mica du ciel et monte, rouge. Le coq éveille ses poules. L'étable frémit d'odeurs et de sabots raclés. Un klaxon annonce le laitier. La cheminée crache et chauffe ses os. Dans la cuisine, un goût de chocolat accroche les narines. Mal réveillés, les enfants ronchonnent. La main des mères rajustent quelque habit. Les pères filent derrière la charrue. Les yeux piquent sous le lumière crue. Gonflant ses poumons comme un qui vient de naître, le jour s'installe. La vie rurale, rude, recommence.

Ile Eniger

 

Publié dans Ile Eniger

Partager cet article

Repost 0

Une force

Publié le par la freniere

L'hiver serre ses jointures blanches. Des oiseaux de froid traquent les miettes. Le silence crisse. Ne parle pas ma peur. Il n'y a rien à dire qui ne soit déjà dit. C'est le Bout de l'An, l'épingle à cheveux d'une année vieille quittant ses vieux éclats, ses brisures, ses fièvres. En retrait, la terre noircie, brûlée, fissurée, reprend souffle et lumière. L'aile repliée rassemble ses envols. Des mains font et défont l'écriture et la vie. Parfois un mot dépasse, une en-vie enjambe la barrière et s'échappe. Des graines traversent la vitre d'hier élançant leurs mémoires. L'espoir mijote sa première fleur d'amandier. C'est une mise au poing, une force qui surprend toujours.

Ile Eniger

Publié dans Ile Eniger

Partager cet article

Repost 0

Robert Cuffi chante Ile Eniger

Publié le par la freniere

C'est d'un cahier ouvert sur le coin de la table que je ne dirai rien. Les jeux, les séductions, les germes d'artifices, j'y pense quelquefois mais le rien quotidien porte tant et encore que mes pensées se taisent, que mes mains se dénouent. Se pousse l'illusion. Le simple me rattrape. L'éternuement d'un chat, le sang d'un géranium, une jacinthe pâle accouchée de la nuit, la mer à ma fenêtre. Toute chose accoudée à la table du jour. La grâce de ce peu décape l'inutile, épingle des fous rires sur la pince des lèvres. Et nettoie les outils. La soupe dans le bol, le repos de la terre, écrivent mieux que moi une lettre d'amour. L'hiver est un cadeau quand les gestes s'épuisent. La pointe du crayon a troué mon papier, la lumière s'engouffre dans le moindre interstice. Dans cette odeur dressée, je renifle la matière et son bruit de sonnailles. C'est un temps de très près. Paysanne penchée sur la vigne des mots, j'écoute la patience dans les lignes du bois, je touche le présent et ce qui dit je t'aime.

Publié dans Ile Eniger

Partager cet article

Repost 0

Je m'interroge

Publié le par la freniere

Je lis dans les médias qu'une responsable politique se sort d'une position délicate de malversation (des centaines de millions d'Euros) grâce à la complaisance d'un tribunal. Je lis aussi qu'un homme (sans casier) ayant volé des fromages car il n'avait pas mangé depuis trois jours, est condamné à trois mois de prison ferme. Un peu plus loin, je lis qu'une personne a été condamnée à de la prison ferme pour avoir volé du riz et des pâtes car elle était affamée.

Je m'interroge..., vous avez dit : Liberté, Égalité, Fraternité ???

"Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir" - La Fontaine

Ile Eniger

 

Publié dans Ile Eniger

Partager cet article

Repost 0

Le gel

Publié le par la freniere

Coupé du ciel, des racines, de l'espoir, le passage aura-t-il été inférieur ? L'osmose, les traverses, la souffrance, la paix, la direction, pourquoi, comment, où ? Et que devient l'amour quand la matière meurt ? Un quant à soi opaque resserre les murs. Temps mal ajusté qui plombe l'instant et finit en eau. Quelque part, un jardin, sa patience, l'attention d'un chien jaune, les jours où l'on chuchote pour ne rien déranger, une virevolte de neige sur les crevasses d'hiver, des baies rouges pour le lièvre blanc, la rivière suspendue en brisures, la voix du clocher à l'oreille du paysage, un rêve d'ange dans une aile d'oiseau, les brimborions festifs des vieilles vignes. Quand le gel embrasse le ruisseau sur la bouche et que se tait le cri, revient en mémoire une géodésie des sèves plus sûre que les chemins d'homme.

 

Ile Eniger

Publié dans Ile Eniger

Partager cet article

Repost 0

<< < 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 > >>