Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

222 articles avec ile eniger

Le chemin encore

Publié le par la freniere

Le chemin encore

Publié dans Ile Eniger

Partager cet article

Repost 0

La flamme

Publié le par la freniere

Pose ton regard où il convient. Cesse de craindre, d'espérer, d'attendre. Ne pointe rien de l'âme ou du doigt. De ce que tu ne peux, ne fais pas une émeute. Que veux-tu entendre, comprendre, faire, qui ne soit déjà là ? Ne force pas l'écho, monte, descend la montagne. Et recommence. La terre suit son cours. Toi avec. Ta maison veille. Chaque craquement répond avant même ta question. Dans l'orage électrique, garde la flamme pauvre, sa présence vivante de bougie.

 

Ile Eniger 

 

Publié dans Ile Eniger

Partager cet article

Repost 0

Plus beaucoup

Publié le par la freniere

Je n'écris plus beaucoup. Depuis quelques temps, je n'écris plus beaucoup. Pour diverses raisons et peut-être sans raisons. Cela n'empêche pas les fleurs de fleurir, les herbes d'herboriser, la vie de vivre. Je n'écris plus beaucoup le vent, la pluie, le soleil, les arbres, ni toutes les choses d'être ; je les suis, je les deviens. Je n'écris plus beaucoup les colères, les indignations, les humiliations, les révoltes, tous les gros mots humains ; je les défais comme un mauvais tricot. Je n'écris plus la fatigue, les peurs, les doutes, je cultive des graines de confiances et quand je n'arrive plus à jardiner, je m'assois sur une grosse pierre et je l'écoute. Ainsi de suite et tout à l'avenant. On me dirait des ailes, pas grandes car c'est gênant pour marcher. De toutes petites ailes pratiques et rigolotes pour suivre les nuages, les quartiers de lune, les discours d'oiseaux, les balades de chats et tout ce qui rend heureux ou attentif. Avec elles, je survole les phrases, les accords, ne participe ni du passé ni du futur, pas plus que des conjugaisons plus que parfaites ou autres gargarismes inutiles. Je vais présente dans l'instant, je laisse les mots circuler à leur guise. Et s'ils conduisent au papier, au crayon, je ne résiste pas, c'est une joie de plus à partager.

 

Ile Eniger 

 

Publié dans Ile Eniger

Partager cet article

Repost 0

L'échine du vivre

Publié le par la freniere

Elle écrit dans les creux de vent, contre les canisses d'enfance. Elle dit "je cherche le lieu, l'état, ce qui ne trahit pas". Ses phrases maigres, mal attifées, ont un crédit de cahier d'écolière. Les ratures font le texte en chantier, la pensée exige, gratte. Le noir résiste par endroit. Jusque dans le doute, elle s'obstine. C'est une fille de rigueur, absolue renégate aux choses du facile elle évite les rails, l'agitation. Elle grimpe une échelle haute et bancale. Sur les pages et les pas, elle plante un regard perçant, le chemin à prendre. Les doigts sur l'échine du vivre, elle touche l'exact du mot le temps d'une étincelle puis aiguise, chauffe le texte au brasier de l'exigence. Elle va sur le papier comme dans la vie. Sur le chemin, encore.

 

Ile Eniger 

 

Publié dans Ile Eniger

Partager cet article

Repost 0

L'à venir

Publié le par la freniere

Toujours, j'apprends le chemin, un pas, puis l'autre. L'élan, le projet, le but, naviguent ensemble entre hésitation et confiance. Le vide glisse, s'élargit, ouvre sur l'infinie présence. Élément parmi les éléments, je traverse les lentes concrétions, les sèves réparatrices, tout un inachevé où foisonne la vie. Par les mailles filées du tricot, sourd l'étonnante lumière. La bonté nourricière. Elle énonce l'inaptitude, le relief, ce qu'on ne peut gommer. Et le possible à inventer. Elle révèle l'origine, la première racine, l'à venir. L'émerveillement. Mon chemin sait sa résolution, il la suit. Solitude éclairée. J'écris de cette souche.

 

Ile Eniger

 

Publié dans Ile Eniger

Partager cet article

Repost 0

Désormais

Publié le par la freniere

Paraphrase de l’enfer, le manteau du fou voulait recouvrir toute pensée comme un parapluie bleu sous la grêle des questions. Il faisait un temps de chemin à choisir, de carrefour où ne pas se tromper. Loin des parcours encombrés, des lumières favorables veillaient malgré des nuages trompeurs. Le tambour d’une vaine terreur jouait son ultime piètre tentative, emplissant la dernière goutte de ténèbres avant de disparaître avec elle. Désormais la confiance reprenait ses droits, ses rêves et ses rênes. Les fièvres, où nageaient les prières incantatoires égotiques et peureuses, finissaient leurs mises en scène illusoires et sombraient, défaites. Désormais, on pouvait se passer de lunettes et approcher sans crainte la joie qui tendait paisiblement ses arbres, ses oiseaux et ses fruits.

 

© Ile Eniger

 

Publié dans Ile Eniger

Partager cet article

Repost 0

L'unique

Publié le par la freniere

Lire, écrire, vivre. Passer. Les mots, les choses, les gens, s'envolent. Il ne restera rien des agitations, un silence d'objets, des  os blanchis, de vagues souvenirs effacés par les générations, les changements. La vie ricoche, s'élargit pour s'évanouir. L'unique présent crée l'éternité. L'état d'exister est seul récipiendaire de la jubilation. Les éléments vivent, n'assènent rien, ils sont au plus exact de leur absolue condition. Respire ma fille, c'est là que tu exultes, matière dans la matière, esprit dans l'esprit, mouvements et immobilité liés au grand chambardement plus abouti que le plus abouti des humains. Respire ma fille, si tout est illusion, préfère celle qui épouse la lumière. Je ne serais pas surprise qu'en chemin de simples cailloux et de fleurs de talus, loin des détritus inventés par les hommes, la joie finisse par s'approcher, lavée comme une rivière d'alpage.

Ile Eniger 

 

Publié dans Ile Eniger

Partager cet article

Repost 0

Tu vois

Publié le par la freniere

Je ne sais rien tu vois. Ils étaient dans les rues, partout. Ils dénoncaient, se ralliaient, s'embrassaient, se touchaient, chantaient l'hymne national. Ils se voulaient solidaires parce que des balles avaient tué des gens dans les locaux d'un journal que la plupart critiquaient avant. Des gens par millions s'unissaient pour défendre la liberté. Peut-être aussi s'unissaient-ils parce qu'ils avaient peur, parce que l'horreur était arrivée à leurs portes à eux. J'ai pensé ça et j'espérais qu'il y avait autre chose, la ferveur d'un vrai levain pour un pain de partage, mais j'avais ce mal à y croire. Pourtant, moi aussi j'étais bouleversée. Et puis il y avait eu cette soirée qui parlait des disparus, une soirée de variétés comme une remise de prix ou de médailles. Ailleurs, une fillette sautait, une bombe attachée à sa taille. Ailleurs, des monstres détruisaient, massacraient, mettaient en esclavage. Ailleurs, des gens fuyaient leurs pays menaçants et ne trouvaient de place nulle part. Ailleurs, des enfants mourraient de faim, des peuples étaient décimés. Partout la planète mourait sous les profits, les vices, les commerces, les pouvoirs. Et cela durait depuis longtemps. Je me disais que cela aussi aurait mérité que l'on se mobilise, que l'on descende dans les rue et en soi pour que la vie devienne ce pour quoi elle avait été créée : vivante pour tous. Je ne sais rien tu vois. Ils paraissaient si rassemblés tous ces gens dont je doutais du rassemblement, si déterminés quand je doutais de leur détermination. Et quand je disais que je craignais une possible récupération de cet enthousiasme, on trouvait que je ne comprenais pas le bel élan. Alors, je suis allée au fond du jardin. Toute seule devant l'immense ciel muet, je suis devenue ce jour d'hiver qui essayait d'être clair. Ce jour qui ne savait pas comment faire et qui le faisait. Et depuis cette incapacité qui me poussait au silence, j'invoquais l'amour pour qu'il aide. Mais tu vois, quand je regarde à cet endroit, je ne vois rien. Que l'incommensurable pauvreté, la mienne d'abord.

Ile Eniger 

 

Publié dans Ile Eniger

Partager cet article

Repost 0

Bien sûr

Publié le par la freniere

Tu les vois ces jours de chien seul. Tu vois leur éclair de faux luisante sur les épaules des blés. Tu sais la chamade dans les battements du sang. Parfois, un brouillé de froid attaque les hortensias qui abandonnent leurs parures. Le ciel noue des nuages fantasques. Des zones grises découpent la beauté. Au loin, un soliloque sonnailles et bêlements, descend vers la vallée. Tu ne bouges pas. Tu engranges ce qui vit largement, sûrement. Tu t'appuies sur les  oiseaux, voix fraîches les matins, boules immobiles les soirs. Aux heures inquiètes, tu les observes, confiants sur les après-midi d'octobre. Tu cultives la joie simple, les rappels du clocher sur la portée imaginaire du temps, les frissons du ru dans les herbes courtes, les tapis d'or aux pieds des cerisiers, les écharpes vaporeuses aux gorges des montagnes. Des choses inconnues s'avancent. Tu les accueilles, porte ouverte sur le jardin. Un courageux soleil d'automne luit sur quelques heures douces. Le bonheur se faufile dans des trous de souris. Les pas du facteur cliquettent. Le rire de l'âne braie. Le chat s'étire sur le haut du mur. Il y a de belles promesses. Et bien sûr, je t'aime.

 

Ile Eniger

 

 

Publié dans Ile Eniger

Partager cet article

Repost 0

La renarde

Publié le par la freniere

Depuis des jours elle est proche de la ville. Elle doit avoir faim, les hivers sont rudes. Certains l'ont caressée dans le sens du poil, ont donné de la nourriture, des mots, des sourires, une sorte d'attendrissement. Après tout, les hommes ne sont peut-être pas ce que lui dicte son instinct ! Elle renifle les bords de routes, dort dans les bosquets, tente la reconnaissance d'autres lieux, autres contacts. Parfois elle s'assoit près des jardins. Elle observe. Elle flaire des souffles, des messages brouillés. Des choses l'alertent. Une méfiance va de ses narines au vide domestiqué, aux bruits parasites, aux odeurs troubles. Elle perçoit la cruauté, la bêtise, l'indifférence. Elle renâcle un désordre loin du fondement légué par sa mère, et la mère de sa mère, et toutes ses mères depuis la première cellule. Alors revient l'alarme, la terrible et salutaire alarme. La peur. Ah ! La peur, imprévue, violente, redoutable, invasive. La peur les crocs bandés. Son désarroi secoue les complaisances. Fuir. Fuir l'engourdissement, l'asservissement, la crasse dorée. Retourner au silence rêche des montagnes, la faim au bout des pattes. Revenir à la tanière élémentaire et le sens du passage. Rallier l'étrange appel qui nomme sa chair et son aptitude. Un temps de réserve s'avance. Le suivre. Un éclair maigre de renard roux traverse les asphaltes, retrouve l'ingrat chemin, les anciennes traces. Il neige sur l'austère campagne. Chaque flocon percute le souffle chaud, profond. Souple, tous sens en éveil, énergie tendue, elle court la renarde. Chacun de ses muscles pulse une reconnaissance.

 

Ile Eniger

 

 

Publié dans Ile Eniger

Partager cet article

Repost 0

<< < 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 > >>