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Elle a une main dans la main du désir

Publié le par la freniere

Elle a une main dans la main du désir

Elle a une main dans la main du désir
Nous ramons en haute mer
Les eaux suffoquées cassées
Masses pendues aux os tendres
Où je meurs au dialogue des corps
Le voyage est infini sur les routes de lumière
Le vin des amants est un baiser mortel

Au chant de la bien-aimée
Un soupir rend l’éternité
Mêlant l’anatomie des sens
Notre histoire refuse la chronique des héros
Le sexe humide du poème
Nourrit l’espérance du monde
Nous arriverons ensemble
Nous cheminerons ensemble
Nous partirons ensemble
Au contrepoint de la terre

Ce qui n’est à personne est à moi
J’embrasse le crépuscule d’eau
Je suis debout au flanc des nuages
Je respire l’air frais du soir
Tant qu’il y aura une étoile
Je brillerai avec ma chanson
Et je chanterai à voix de tête

Rodney Saint-Éloi

Je suis la fille du baobab brûlé, Mémoire d’encrier,

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Le gardeur de troupeau

Publié le par la freniere

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Un homme assis

Publié le par la freniere

Un homme assis

A Benjamin Péret

Au cœur du territoire indien d'Oklahoma
Un homme assis

Dont l'œil est comme un chat qui tourne autour d'un pot de chiendent

Un homme cerné

Et par sa fenêtre

Le concile des divinités trompeuses inflexibles

Qui se lèvent chaque matin en plus grand nombre du

brouillard
Fées fâchées
Vierges à' l'espagnole inscrites dans un étroit triangle

isocèle
Comètes fixes dont le vent décolore les cheveux

Le pétrole comme les cheveux d'Éléonore

Bouillonne au-dessus des continents

Et dans sa voix transparente

A perte de vue il y a des armées qui s'observent

Il y a des chants qui voyagent sous l'aile d'une lampe

Il y a aussi l'espoir d'aller si vite

Que dans tes yeux

Se mêlent au fil de la vitre les feuillages et les lumières

Au carrefour des routes nomades
Un homme

Autour de qui on a tracé un cercle
Comme autour d'une poule

Enseveli vivant dans le reflet des nappes bleues
Empilées à l'infini dans son armoire

Un homme à la tête cousue

Dans les bas du soleil couchant

Et dont les mains sont des poissons-coffres

Ce pays ressemble à une immense boîte de nuit
Avec ses femmes venues du bout du monde
Dont les épaules roulent les galets de toutes les mers
Les agences américaines n'ont pas oublié de pourvoir

à ces chefs indiens
Sur les terres desquels on a foré les puits
Et qui ne restent libres de se déplacer
Que dans les limites imposées par le traité de guerre

La richesse inutile

Les mille paupières de l'eau qui dort

Le curateur passe chaque mois

Il pose son gibus sur le lit recouvert d'un voile de flèches
Et de sa valise de phoque

Se répandent les derniers catalogues des manufactures
Ailés de la main qui les ouvrait et les fermait quand nous étions enfants

Une fois surtout une fois
C'était un catalogue d'automobiles
Présentant la voiture de mariée
Au speeder qui s'étend sur une dizaine de mètres
Pour la traîne
La voiture de grand peintre
Taillée dans un prisme
La voiture de gouverneur

Pareille à un oursin dont chaque épine est un lance-flammes

II y avait surtout

Une voiture noire rapide

Couronnée d'aigles de nacre

Et creusée sur toutes ses facettes de rinceaux de

cheminées de salon
Comme par les vagues

Un carrosse ne pouvant être mu que par l'éclair
Comme celui dans lequel erre les yeux fermés la

princesse
Acanthe
Une brouette géante toute en limaces grises
Et en langues de feu comme celle qui apparaît aux

heures fatales dans le jardin de la tour
Saint-Jacques
Un poisson rapide pris dans une algue et multipliant

les coups de queue

Une grande voiture d'apparat et de deuil

Pour la dernière promenade d'un saint empereur à

venir
De fantaisie
Qui démoderait la vie entière

Le doigt a désigné sans hésitation l'image glacée

Et depuis lors

L'homme à la crête de triton

A son volant de perles

Chaque soir vient border le lit de la déesse du mais

Je garde pour l'histoire poétique

Le nom de ce chef dépossédé qui est un peu le nôtre

De cet homme seul engagé dans le grand circuit

De cet homme superbement rouillé dans une machine

neuve
Qui met le vent en berne

Il s'appelle

Il porte le nom flamboyant de
Cours-les toutes

A la vie à la mort cours à la fois les deux lièvres

Cours ta chance qui est une volée de cloches de fête et

d'alarme
Cours les créatures de tes rêves qui défaillent rouées à

leurs jupons blancs
Cours la bague sans doigt
Cours la tête de l'avalanche

André Breton, le 29 octobre 1938.

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Dans les mains de Monique

Publié le par la freniere

photo: Claude Antar

photo: Claude Antar

Monique est sur la galerie de la rue St-Luc
le ciel la regarde et cherche
d’où viennent les mots

elle étend ses draps
sur la corde à linge qui placote

je la rejoins sous le soleil de la Basse-Ville
là où la lumière
comme tout le monde le sait
goûte l’enfance

nous touchons au temps qui se défait
les branches nous écoutent

et puis tout à coup le rire de Monique

un oiseau que je connais
le prend dans son bec
et l’emporte un peu plus loin
pour le grand nid des heures

je vous le jure
à ce moment précis
dans les mains de Monique
un poème amorce son travail invisible

Michel Pleau, inédit, 2 juin 2020

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Compagnons de la neige

Publié le par la freniere

Compagnons de la neige

Hommes de ce pays, compagnons de la neige

vous dont le seul souci en marge de ce monde

est fermer vos corps aux méfaits de l'hiver

dont le seule récompense est de survivre un peu

et que le temps protège au levant de l'histoire

vous qui savez par coeur l'origine des vents

qui concluez partout un marché avec l'aube

vous ignorez pourtant le calcul des saisons

vous que je sommes ici autant que j'ai de sang

longtemps j'ai isolé votre cri dans mes veines

je marchais dans vos pas avec le mauvais oeil

et quand pour y voir clair vous plongiez dans vos plaies

je gardai le sourire et le regard sous clef

et je claquais la porte aux climats de ma tête

maintenant je comprend que la rage a raison

j'affirme que le froid laissera des racines

et même si ma voix faiblit le long du temps

tous les mots perdent pied à être sur des pages

je veux parler en nous pour que l'on s'en souvienne

Juan Garcia

 

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Parce que

Publié le par la freniere

Parce que

Parce que chaque atome de chaque objet
le fait exprès pour le contredire
manche de manteau manche de veston
chaque atome de chaque bouton de chemise
chaque atome de chaque noeud de cravate
chaque atome de chaque lacet de bottine
parce que chaque logiciel
de chaque geste de la vie quotidienne
a explosé dans son planétarium
parce qu'il frappe
tous les cadres de porte
avec son épaule gauche
parce que les neurones qui règlent le trafic des mots
lui font des embouteillages
et que souvent ses sortent
bumper à bumper comme les chars à cinq heures du soir
quand il veut parler
parce que la commissure gauche de sa bouche
ne retient pas son manger
parce qu'il passe sa journée
à chercher des choses
qu'il n'a même pas perdues

Gérald Godin

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Le goût d'écrire

Publié le par la freniere

J'ai souvent le goût d'écrire, du plus creux de l'intime jusqu'à la page blanche, du plus profond à l'ascension du monde. Il y a tant de trucmuches inutiles, de chaises vides, de choses avides, de babioles, de babioles, de babioles, de petits riens que l'on vend à la tonne. Parmi ce bric-à-brac restera-t-il des moments pour rêver, pour créer, pour aimer? Il doit sûrement y avoir un au-delà des choses et des objets. Je me méfie des certitudes, des rectitudes, des attitudes. Je n'ai jamais pris les études au sérieux. Je vois des ombres comme la mienne se méfier de la foule avec ses règles dérisoires et ses articles de loi. Elles creusent dans la vie pour trouver la lumière. Elles s'échinent et s'acharnent à faire du sens et du sensible. Elles ne s'adaptent pas aux chaînes commerciales, aux chaînes de montre, aux chaînes de télévision. Elles préfèrent les chaînes de montagne aux chaînes de montage, les champs de trèfle, les chants du monde. Elles préfèrent le feu central aux néons éphémères. Que reste-t-il quand les choses partent? Aucune avenue ne se donne la main. Aucune route ne se fait l'accolade. J'avance sur des moignons de routes qui ne vont plus nulle part. Je racle du crayon le tréfonds de mon âme. C'était un temps où je marchais beaucoup. Je marchais. Je marchais. Je marchais sans savoir où aller. C'est dur pour le bonhomme comme on dit. C'est vlimeux pour le corps. C'est vargeux pour le reste. Durant ce temps d’itinérance je vendais mes mots aux passants de passage. À l'époque chaque dépanneur avait une photocopieuse. J'en faisais des plaquettes d'une dizaine de pages que je vendais 5 dollars. Il m'en coûtait 2 à produire. Cet argent suffisait pour me saouler. Manger était un luxe. J'ai essayé l'écriture blanche ou blanchote sans succès. Je ne saurai jamais écrire comme un vieux, un prof de français, encore moins comme un critique. Je bafouille. Je baragouine au lieu de baratiner comme une baratte à beurre. Mes fleurs de rhétorique montent en graines et mes images descendent comme des ballons crevés.

 

Que s'est-il passé de la première phrase à la dernière mémoire, de l'amibe à l'abîme? Les militaires ayant détruit jusqu'aux forêts plantent des armes à la place des arbres. Serons-nous éternellement promis à d'autres Hiroshima, d'autres fontes des glaciers, d'autres hécatombes? Il faut changer le monde. Les conditions sont là. Il faut les respecter, faire de l'homme un homme comme un arbre est un arbre, comme une bête est une bête. S'il est normal que les abeilles aient parfois besoin d'être guerrières, il est anormal que les hommes aient besoin de soldats, même de juges, de policiers ou de notaires. Pendant que tous les métro-boulot-dodo se mettent en file d'attente, que les sirènes hurlent à pleins poumons, que le bruit des pistons étouffe les battements du cœur, que les cheminées d'usine laissent flotter dans l'air leur chevelure de carbone, que la moindre opinion éclate comme une bulle de savon, la vraie vie continue. Un petit vent frais raccommode les nuages. Les ongles poussent. Les feuilles repoussent. Mon crâne perd ses poils. Ma plume perd son encre. Les poules picorent. Les maringouins piquent et picossent. Les vieux toussotent. Les averses pianotent sur le clavier des toits. Les insectes pullulent. Les nénuphars jaunissent. Les têtards bougent dans la mare. Les grenouilles croassent. Les corneilles nous cassent les oreilles. La pulpe fait le fruit. Des bacilles flottent dans l'eau du cœur. Des lucioles clignotent. Des fourmis papillonnent. Il fait un vent à écorner les bœufs ou un soleil à sécher les cheveux, un vent du yable ou du tonnerre de Brest. Des libellules se prennent pour un hélicoptère. Les samares des érables ont la tête à l'envers. Un soleil jaune borde les toits. Un chat s'étire dans la pénombre. Les canards cancanent et les cancans font couac. Les coucous font la fête. Les fleurs font la tête sur la tige du cou. Les oiseaux font des œufs et les arbres des nœuds. Des enfants quelque part font des batailles de bouette, de polochons ou d'oreillers. Les éboueurs font du bruit dans l'odeur des poubelles. Il y a longtemps déjà que je mêle mes mots à la sève des hautbois, à la tire des érables, aux muscles des racines, à la terre des pioches, à la morve des mioches.

 

J'en suis à l'âge prophylactique, à l'âge des cirrhoses et du colon pourri, à l'âge des pilules et des ressorts cassés. C'est par la taille qu'on vieillit. Peu à peu, l'alcool a fait de moi un bibendum. Une enflure diffuse est devenue prégnante. On meurt toujours plus vite qu'on a le temps de penser. J'aurai toujours vécu dans des maisons trop grandes, et me voici coincé entre deux lignes, à peine de quoi faire une phrase. Les parenthèses m'étranglent et l'alphabet s'étiole. Quand j'étouffe entre les quatre murs de mon appartement, je n'ai plus à bouger. Je n'ai qu'à écrire, dessiner, faire de la musique, écouter les arbres, caresser l'eau, faire de l'air sans polluer. C'est mon corps que je porte sur mes épaules. Le monde est trop pesant pour qu'un  mot le soulève. Il faudrait être ensemble pour apprendre à l'aimer. Les briques sont légères sous les doigts des poètes. Les maisons voguent sur l'eau du ciel. Les arbres ont des becs d'oiseaux. Le chant des feuilles se mêle à la pensée du vent. J'écoute le vol des papillons, le silence des cafards, le mouvement des blattes, l'antenne parabolique des insectes. Les mots courent sur la page comme des joggers après eux-mêmes. Les écureuils se coursent dans les coursives forestières, les corridors du bois, les parterres aux cheveux courts, les poteaux de clôture et les fils électriques. Les grands pins jouent du couteau contre la joue du ciel, laissant de longues estafilades, des cicatrices vertes au milieu de l'azur. Chaque voyageur retombe sur sa route. Mes bras descendent et puis remontant, poussant la draisine des mots sur des rails inconnus. Les phrases ahanent à chaque escousse. Ma table en bois quête le pain. Les pattes de chaise imitent l'homme et ses chaussures. Mon lit cherche le rêve et les étreintes, des battements d'étoiles, des marées d'amour fou. Mon cul cherche son âme. Mon cœur cherche l'amour. Mes pieds cherchent la route. Mes mots cherchent la vie. Ma révolte cherche des frères. Je laisse pousser mes bras pour en faire des rames, des ailes, des caresses.

 

Jean-Marc La Frenière

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Angeline

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Duane Allman

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Lettre d'un fils à son père

Publié le par la freniere

Lettre d'un fils à son père

Un fils à son père

De l'amour, rien que de l'amour

Une boule dans la gorge...

Paris, le 31 mai 2020,

Papa,

Une dernière nuit près de toi. Des bougies, un peu de whisky, ta main si fine et féminine qui sert la mienne jusqu’au p’tit jour du dernier jour. Ton regard enfantin qui désarme un peu plus le gamin que j’redeviens. Au-dessus de ton lit, un bordel de photos, de Jean-Loup Dabadie à Gisèle Halimi, de Desproges à Camus en passant par Guitry. Ça ne votait pas pareil, ça ne priait pas les mêmes fantômes, mais vous marchiez groupés dans le sens de l’humour et de l’amour.

Au bout de tes jambes qui ne marchent plus, tes chats – sereins, comme des gardiens. Sur la table de nuit, un fond de verre de Coca, ultime lien entre ce monde et toi, quelques gorgées de force qui te permettent, du fin fond de ta faiblesse, de nous lancer des gestes d’une élégance et d’une tendresse insolentes. Fâché de ne plus pouvoir parler, tu envoies des baisers muets à ta femme adorée, à ta fille bien aimée, à la fenêtre sur l’Île Saint Louis, au soleil que tu fuis. Des gestes silencieux qui font un boucan merveilleux dans nos yeux malheureux. Tu auras mélangé les vacheries et l’amour jusqu’au baisser de rideau. Les « foutez l’camp » et les « je t’aime ». Caresses et gifles, jusqu’au bout. Incorrigible Cabotin, tu avais bien prévu ton coup : dans ton dernier morceau d’ mémoire, tu avais mis des « vous êtes beaux, je suis heureux, j’ai de la chance. C’est ta mère, là, devant moi ? C’est ma femme ? Oh Tant mieux ! ».

On va t’emmener, maintenant, dans ton costume de scène. Celui des sketches et des revues de presse, des télés et des radios, celui qui arpenta la France, en long en large et en travers de la gorge de certains maires. J’ai dénoué ta cravate noire. On va t’emmener où tu voulais, c’est toi qui dicte le programme, c’est toi qui conduit sans permis. D’abord à l’église Saint Germain, tu n’étais pas très pote avec les religions, mais les églises, ça t’emballait. Tu disais « Faudrait qu’on puisse les louer pour des spectacles de music-hall, des projections de films, des concerts de poésies ». Il y aura des athées, plein d’arabes et plein de juifs. Ça aurait consterné ta mère, tu aurais bien aimé que ta mère soit fâchée. Puis on t’envole en Corse, dans ce village qui te rendait un peu ta Méditerranée d’Alger. On va chanter avec Izia et les Tao, du Higelin, du Trenet, du Dabadie et Nougaro. On va t’faire des violons, du mélodrame a capella : faut pas mégoter son chagrin, à la sortie d’un comédien. Faut se lâcher sur les bravos et occuper chaque strapontin. C’est leur magot, c’est ton butin. D’autant que je sens que tu n’es pas loin... Tu n’es pas mort : tu dors enfin.

Nicolas Bedos

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