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Histoire épistolaire

Publié le par la freniere

Histoire espistolaire Le droit d’être rebelle. Correspondance de Marcelle Ferron avec Jacques, Madeleine, Paul et Thérèse Ferron Textes choisis et présentés par Babalou Hamelin, Boréal, Montréal, 2016, 640 pages

Histoire espistolaire Le droit d’être rebelle. Correspondance de Marcelle Ferron avec Jacques, Madeleine, Paul et Thérèse Ferron Textes choisis et présentés par Babalou Hamelin, Boréal, Montréal, 2016, 640 pages

Publié dans Les marcheurs de rêve

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Un coeur d'enfant

Publié le par la freniere

Je suis un cœur d'enfant qu'on revire à l'envers, un drapeau noir dans un sac à franges, une âme à fleur de peau, un sdf traînant sa faim de loup de restaurant du cœur en maison des pauvres, un crachat sur la vitre des banques, les dents cariées d'un piano dans un trafic d'ivoire, la caresse du vent parmi les verges d'or, la souvenir du tilleul dans une tasse ébréchée, le bruit du temps sur les lèvres du monde, une mémoire de bois franc aux yeux qui fessent sur les clous du regard, une caboche dure de nœuds où bave la résine, un Bozo-les-culottes reprenant la parole. Les textes de Félix Leclerc, c'est plus que la chanson, plus que la poésie, plus que le théâtre et le roman, c'est l'âme de mon peuple. Son cœur écartelé entre deux langues, entre le hockey et le soccer, entre le sperme et le saint-chrême, le Québécois trempe ses lèvres dans le rhum and coke de New-York, le Beaujolais de France et la Molson de Montréal. Quittant le froid des villes, je suis rentré dans le bois comme on rentre chez soi. J'y suis comme un fœtus dans le ventre d'une mère. Quand l'objet remplace le rêve, on rêve à des objets. Je rêve d'un feu dans la surabondance pour réchauffer ceux qui n'ont rien. Je ne croyais pas vieillir, mais chaque heure qui s'écoule me dérobe du temps. Les jours sont trop courts pour l'espérance de l'homme. Il ne suffit pas de tenir la mort en laisse pour maîtriser la vie. Une fleur oscille sur sa tige. Je n'ai jamais aimé les bonzaïs, ces géants qu'on mutile, les volcans éteints, les oiseaux qui ne chantent qu'en cage. Du temps où j'étais croyant, j'aimais le cœur des pécheurs, le vertige des athées. Il faut les écouter lorsque les arbres parlent. Lorsque j'écris, je disparais derrière ma main, dans le crayon qui s'agite, sur la page noircie. Penché sur un cahier, le corps se soulève encore. Appuyés sur les mots, les yeux font résonner les phrases. Les images raisonnent. Les pieds s'allongent sur la terre des routes. La peau noircit dans la boue des vasières, les flaques d'ombre où exsude la lumière. J'écris avec le mal au ventre et la colère du monde, la rage des femmes qui attendent, celle des hommes qui se perdent.

Jean-Marc La Frenière

Publié dans Prose

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Je m'interroge

Publié le par la freniere

Je lis dans les médias qu'une responsable politique se sort d'une position délicate de malversation (des centaines de millions d'Euros) grâce à la complaisance d'un tribunal. Je lis aussi qu'un homme (sans casier) ayant volé des fromages car il n'avait pas mangé depuis trois jours, est condamné à trois mois de prison ferme. Un peu plus loin, je lis qu'une personne a été condamnée à de la prison ferme pour avoir volé du riz et des pâtes car elle était affamée.

Je m'interroge..., vous avez dit : Liberté, Égalité, Fraternité ???

"Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir" - La Fontaine

Ile Eniger

 

Publié dans Ile Eniger

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La jetée de Chris Marker

Publié le par la freniere

Publié dans Glanures

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Les ailes du désir

Publié le par la freniere

Les ailes du désir

Lorsque l'enfant était enfant, il ne savait pas qu'il était enfant. Pour lui, tout avait une âme, et toutes les âmes n'en faisaient qu'une.

Peter Handke

Publié dans Poésie du monde

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Ils ont dit

Publié le par la freniere

Celui qui n'est pas occupé à naître est occupé à mourir.

Bob Dylan

Publié dans Ils ont dit

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Les jardins minés

Publié le par la freniere

Je concède aux étoiles au peu de ma naissance. Je dois au capital le règne de l’angoisse, du néant et du manque, toutes les sortes de bombes et le rictus des marchands, la bêtise et la faim, l’adoration du fric, la haine qu’elle implique, l’agonie de la mer et les jardins minés, les bras qui se prolongent en seringues, les épaules en fusil, les camps de réfugiés, les enfants de la rue, les fillettes qu’on vend, les anges en beau calvaire, les poètes en hostie. L’ambition d’être tout a dévasté le monde. Ne sachant où mène ce néant, j’arpente le chemin qui s’éloigne des lois. Je donne à l’espérance un visage verbal. J’ai choisi l’air pour bâtir ma demeure. J’y creuse des fenêtres assoiffées de lumière. J’alimente la laine quand le tricot a faim. Une seule image, un seul oiseau, une seule phrase peuvent adoucir le monde. Il arrive qu’un seul coup de pinceau résume l’immensité. Une lettre est le début du monde. La moindre des moissons revient à sa naissance.

Je veux le fruit du fruit, la fleur de la fleur, l’âme de l’homme retrouvée par amour, faire de chaque miette la naissance d’un pain, d’un brin d’herbe une flûte, d’un regard de pierre une source d’eau fraîche. Je cherche dans la nuit ce que nul ne voit, un bol de bonheur, un bout de vérité, l’amande solitaire cachée dans son écale, la graine naissant dans l’ombre pour voir le soleil. L’écart entre les hommes est la table où j’écris pour rapprocher nos vies. Les mots viennent de trop loin pour se permettre de mentir. Le cri du premier homme quand il a vu la mer traîne encore dans les phrases, ses oh devant le feu, ses premiers pas dans l’eau. De trop avoir cherché, je me suis égaré. La nuit gagne sur moi. Quand le passé se tait, l’avenir est muet. Ce qu’un instant dessine est effacé par le suivant. Il faut s’aimer plus fort quand le vivant rapetisse. Je m’éveille ce matin avec de vieux mots échappés de l’hospice.

Les souvenirs fleurissent les à-côtés du cœur. La vie nourrit la mort. Il faut piller la terre, écraser quelques hommes, pour amasser de l’argent, avoir des griffes au bout des mains, un cœur à marée basse, une tête mal lunée, une tache de pétrole en guise de conscience. Le temps devient bizarre à cause des cultures, des pesticides, des essais nucléaires. La mort vient du sol comme elle descend du ciel. Qu’il fasse nuit, qu’il fasse noir, qu’il fasse froid ou faim, toute la question est de ne pas se vendre.

La mort d’un homme n’est pas un drame, mais une vie ratée, une enfance avortée, un vieux sans souvenirs, un rêve mutilé, une bouche sans pain. La guerre d’Espagne se perd à chaque jour. L’argent a gangrené chaque cellule du corps et la vie s’empoisonne. De la gueule du volcan à la tanière du loup, du grenier de la nuit au sous-sol du jour, je tire la langue au néant et convoque à l’amour. Je fabrique des clefs pour les portes qu’on ferme, des fenêtres d’oiseaux, des comptoirs à épices dans la fadeur du temps. Il y a longtemps que Dieu est mort en sautant sur une mine. Je regarde le Christ refaire ses bagages. Il jette à la poubelle ses épines en plastique, ses paroles trahies par les bouches dévotes, ses tables de la loi usurpées par la banque, son amour en faillite, sa tunique de pauvre redessinée chez Dior. Une guerre a beau finir, ce n’est jamais la paix. D’autres commencent quelque part. Les vautours cachent leurs œufs dans un nid de colombes. Autour de moi, des gens rient, gesticulent, parlent fort. À l’usine ou ailleurs, ils nourrissent la bête. Rivé à mon crayon comme un fou sur sa chaise, je suis d’un autre monde, celui des schizophrènes, des parias, des enfants alités. De nœud de viscères en nid de vipères, je desserre l’étreinte. Je traverse le rêve en bicyclette rouillée.

 

Jean-Marc La Frenière

 

Publié dans Prose

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Pas trop saignant

Publié le par la freniere

Pas trop saignant

Un petit filet de vent vient d’entrer par la fenêtre entrouverte, des souvenirs plein les bras : un château de sable, un baiser, des mains ridées qui épluchent des patates, un hélicoptère qui prend son envol au dessus de l’hôpital, un cauchemar, une nuit d’orage, la chemise de nuit de sa mère, la mauvaise blague d’un mauvais collègue, la poignée de main poisseuse d’un patron, la langue qui pend de la bouche d’une vache étourdie, un verre de sang, le plus beau feu d’artifice du siècle, un petit mot dans sa trousse d’école, l’aiguille dans son bras, un camping-car qui quitte un parking, une corde qu’il détache de la poutre de sa chambre, des lèvres dans du vin, un pique-nique de famille gâché par la pluie, une fille en larme au téléphone, le sourire de l’infirmière Joséphine, un train qui quitte la gare, une chute à vélo, la piqûre d’une abeille sur le bout du nez, l’odeur de l’éther dans le couloir de l’hôpital, deux grillons tous secs dans un bocal, une journée sous les draps à prendre sa température, l’heure la plus ennuyeuse que le monde est connu, un orgasme, une bière sous la canicule, la douce voix de sa mère susurrant à son oreille «c’est pas grave, on t’en rachètera un autre».

 

Guillaume Siaudeau


 

Publié dans Poésie du monde

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La beauté de l'Irlande

Publié le par la freniere

La beauté de l'Irlande

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Kanuk

Publié le par la freniere

J’aime ces grands froids de fou, c’est comme s’ils sortaient de mon ADN par bourrasques. C’est tonique, viril, cassant et coupant, mais aussi hygiénique: ça stérilise tout, et au printemps, dans les forêts et les montagnes, tout est propre, neuf, assaini, lorsque le pays parvient enfin à fondre en eaux fraîches. Bien calfeutré jusqu’aux yeux, il y a moyen d’être heureux dans cette atmosphère, mais il faut bien cacher le nez et les oreilles, chausser des bottes polaires, enfiler des mitaines dignes de ce nom, ne jamais chicaner sur la tuque ni sur les écharpes en boas. J’ai, je l’avoue, investi dans un manteau Kanuk; oui, il m’a coûté 500$, mais c’était il y a quinze ans (soit 33$ par année, une aubaine, en fin de compte) et il est toujours soyeux et brillant comme au premier matin, son rouge est toujours d’un beau rouge impossible, et je l’aurai encore dans dix ans, nous vieillirons ensemble (inch Allah). Vieillir avec un manteau qu’on aime, c’est mieux que rien. Après souper, il devait bien faire 25 degrés sous zéro, je suis allé faire une longue promenade pour m’éclaircir les esprits, il n’y avait rien ni personne dans les rues obscures, j’ai songé aux ours du cap Tourmente, aux femelles qui doivent mettre bas en ce moment même, ou très bientôt, dans la chaleur animale des tanières, sous toutes ces épaisseurs de glace. J’ai pensé à ma mère lointaine et à son chien nerveux. Et, comme tout le monde, j’ai aussi pensé à des choses secrètes que personne ne dira jamais. Et puis j’ai fait escale au supermarché, il n’y avait à peu près personne dans le vaste magasin. Nous étions trois ou quatre silhouettes à errer entre les gondoles, on aurait dit des philosophes au seuil de la fin du monde. On ne sait pas quoi manger quand on est seul. On en est réduit à se parler tout seul, mais dans ce froid il n’y a personne pour vous juger, c’est reposant. Ainsi, j’ai pu dire à haute voix, impunément, dans le supermarché vide: «Bon! la mangeaille des chats, maintenant, il ne faut pas que j’oublie la mangeaille des chats!» Mes paroles ont résonné étrangement dans mon corps isolé. Était-ce vraiment le supermarché qui était vide? Et si c’était moi? Un peu plus loin, les caissières se tenaient les bras croisés sur la poitrine et se contaient des plaisanteries; celle qui m’a accueilli d’un certain visage portait un bonnet de Père Noël en velours rouge, à fourrure et à pompon blancs; c’est d’ailleurs pour cette raison que j’ai choisi de m’avancer vers elle. L’espoir d’un sourire et d’un bonsoir monsieur. Parfois, je fais mine de trébucher dans la rue pour bousculer un peu des inconnus, simplement pour pouvoir dire quelque chose à quelqu’un, pour dire pardon madame, pardon monsieur, je suis maladroit. Ça fait du bien de parler aux gens, même si c’est pour s’excuser. La caissière m’a demandé si j’avais ma carte à points et j’ai secoué la tête. Cette carte, je l’ai perdue, d’ailleurs je perds tout, je n’ai plus de cervelle. J’ai même réussi à perdre une femme, une nuit, je l’appelais ma femme, elle a disparu dans un trou au fond de moi, loin sous la terre. J’ai tout de même ramassé le ticket de caisse: ces tickets, je les fixe sur le frigo avec de petits aimants un peu stupides et je les regarde pendant des jours. Puis, quand j’ai enfin l’impression de bien les connaître, je les jette. Sur le chemin du retour, dans les rues étroites et gelées, j’ai croisé quelque chose d’assez gros et grand, solitaire, voûté, véloce, laineux et fumant, je crois que c’était un homme comme moi. Il a dû se dire la même chose. Par comparaison, dans le frigo j’ai trouvé qu’il faisait chaud quand j’ai rangé la pinte de lait. Je ne savais pas quoi manger alors j’ai mangé des spaghettis.

 

Sylvain Trudel

Publié dans Poésie du monde

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