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Tombeaux

Publié le par la freniere

1.

Ma tombe n'aura ni dalle
ni croix, ni mon nom !
Sur ma tombe, laissez
courir des talons d'enfants.
Laissez les la couvrir
de leurs doigtiers de lis
et de leurs paumes de pommes
ma tombe n'aura ni voiles
ni linceuls, ni les dates.


2.
Enterrez-moi sous les marguerites
ongles du pré, sous le trèfle à
quatre feuilles, amour du pré.
Enterrez-moi dans la meule de
foin, croupe du pré. Dans la
gerbe d'orties, cuisse du pré.
Auprès d'un lièvre ou d'une perdrix
oubliés des fusils de la chasse.
Auprès de la mare, visage du pré.



3.
Ne m'enterrez pas sous une pierre,
enterrez-moi sous un arbre
entre ses racines, qu'elles m'
enfoncent encore la charogne
et qu'il m'élève les bras, la
tête, dans ses branches : je
volerai avec ses feuilles, je
tomberai avec ses fleurs,
avec ses fleurs j'expirerai.


4.
Si je meurs, jetez ma dépouille
aux ciseaux de la brume à l'aube.
Emportez-la sur les brancards
d'un tombereau, taillez-la en
lambeaux sur la coudraie,
que midi les fasse flotter
sur les vents contrariés,
que le soir vienne les brûler,
et minuit sur sa misère constellée.



5.
Je lègue à ce monde ma peau
quand elle aura bien pourri.
A ce monde je lègue toute
une marmite de ma chair
quand les gaz l'auront enflée
et colonisé les plus gros de mes
vers. A ma femme je lègue mon os
quand il sera bien sec et jaune
pour lui faire à son tour la peau.



Louis-François Delisse

Publié dans Poésie du monde

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Frères migrants

Publié le par la freniere

Publié dans Glanures

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Comme de l'eau dans l'huile

Publié le par la freniere

J'écris à la lueur de l'aube, les lettres s'échappant de ma main comme des nerfs arrachés. J'écris sans me relire, pour survivre peut-être. On rejoint tous, tôt ou tard, le minéral et le géologique. La chair disparaît. Les os se tassent ou se dispersent dans la terre. Tous les sous-sols sécrètent des cadavres. Les atomes sont partout. Il faut rester humain pour regarder leur danse, pour écouter les choses, pour respirer l'odeur des neurones et répondre aux fougères. Ça sent la sève dans la sciure de bois. Le rêve bouge un peu partout, de l'épice à l'épinette, de l'épilobe à l'épigastre, du monologue à l'épilogue. Ce qui sort de la terre est toujours étonnant tout comme ce qui naît dans les mains d'un potier. Pas un bonhomme de neige n'est pareil. Leur bonhommie s'oppose à l'austérité des rares épouvantails encore debout. Il y en a de moins en moins. On les a remplacé par des assiettes d'aluminium et des bouteilles d'eau de Javel plantées sur des piquets. Il faut dire qu'ils ne faisaient plus peur aux oiseaux. Sans fusil ni gibecière, ils étaient moins dangereux que les chasseurs. J'aimais bien leur présence agrémentant le paysage. Les boites téléphoniques aussi disparaissent, sans parler des seaman's handbook que je cherche partout. Ceux qu'on met dans sa poche ont la souplesse du cuir. Les hommes ne se voient plus que par selfies interposés. On ne roule plus des mots épais comme des crachats. On susurre des chiffres. On ne philosophe plus. On opine ou invective. Les souris d'ordinateur se noient dans la vague des portables. Je suis le seul du village à ne pas avoir de téléphone intelligent. Le seul aussi a écrire à la mine. J'aime les résidus que laissent les crayons de bois, le graphite et la sève se mêlant aux syllabes. J'apprécie moins la longue traînée grise sur le côté gauche de ma main, les ratures trop grasses, les trous dans le papier. Il n'y a plus de grenier. On ne monte plus au septième ciel. On descend dans l'échelle sociale. Les chats rasent les murs, ne sachant plus où se percher entre les fils électriques et les antennes paraboliques. La présence des araignées me rassure, celle des mouches aussi. Tout n'est pas disparu sous le béton.

Des touffes de vent s'accrochent aux orties. Des plaquebières résistent à la température. J'adore être seul au milieu d'un grand bois. Je hurle avec les loups. Seul au milieu d'une foule, j'en perds mon bas latin d'église, mon baratin de foire. À part les pigeons, il n'y a pas d'oiseaux sous la lumière des néons. La nuit s'éteint dans un néant blafard. L'éternité se perd dans une poignée d'heures. Les anges n'ont pas d'ailes. Tous les hommes ne sont pas des salauds ni les femmes des salopes. Tous les enfants vieillissent et finissent par se vendre. Sous le joug des banquiers, la vie n'est qu'un prix à payer. Chacun s'habille en homme-sandwich. Les restaurants ne sont plus que des dentiers de luxe. Le skaï collant a remplacé la chaleur du bois. Tout se perd aujourd'hui. Même les pauvres jettent le pain trop sec et ne font plus de jus avec les fruits trop blets et les épluchures de légumes. Chacun balaie chez le voisin son petit tas de malheur. On m'a voulu publicitaire ou vendeur d'assurances. Je ne suis pas de ceux qu'un Dieu ou un Diable amadouent. À la fortune mal acquise, j'ai préféré la chute dans le néant. Parmi les détritus et les restes humains, l'âme affleure sans se mélanger comme de l'eau dans l'huile.

Jean-Marc La Frenière

 

Publié dans Prose

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Quand on fait de la peine

Publié le par la freniere

Publié dans Poésie à écouter

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Un ancêtre du Buvard

Publié le par la freniere

Un ancêtre du Buvard

Publié dans Glanures

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Une ville vraie

Publié le par la freniere

Tout à l'heure sous le chapiteau je vais voir René Frégni et je suis heureuse à l'avance de lui dire tout le bien que je pense de son beau roman. Il se situe à Marseille, un Marseille qui n'a rien de folklorique, celui des souffrances des pauvre et de leur entêtement à vivre, des dents qu'ils doivent serrer chaque jour pour joindre les deux bouts, qui aiment, qui espèrent, rient et émergent de leur enfance lourds des efforts et des douleurs de leurs pères et mères, de leurs frères de misère. Une Marseille qui n'a rien à voir avec l'image lisse et habitable que l'on sait, ni d'ailleurs avec son inverse, la Marseille des truands. Mais entre deux mythes, le noir et le blanc, respire dans Le Voleur d'innocence une ville vraie.

 

Marie Rouanet

Publié dans Poésie du monde

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Mon père

Publié le par la freniere

Celui que je vois dans le paysage noir et blanc, c'est mon père. Il marche depuis tôt le matin dans les rangées longues. Seul. Dans le froid et le silence, il taille les vignes. Basses. Quelques merles l'accompagnent entre les mottes grises et dures d'hiver. Comme eux il siffle quelquefois. Quand le mistral glacial secoue sa canadienne, il remonte son col. C'est un taiseux mon père, du mal au dos ou des gerçures, il ne dit jamais rien. Il travaille sans gants. Parfois il crache dans ses mains, les frotte l'une contre l'autre, puis il reprend le mouvement d'aller. Son geste est précis, il claque sec le sécateur, au bon endroit. Des centaines de fois. Il avance courbé, plié en deux sur les ceps noirs. Toute la journée. Seul. Au soleil il connaît l'heure, le clocher la confirme. Quand il rentre, au soir, il accroche sa lassitude à la patère du couloir.

 

Ile Eniger

 

Publié dans Ile Eniger

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Mots dit mots lus

Publié le par la freniere

Pendant 22 semaines, j'écrirai chaque dimanche un poème pour Mots dits Mots lus. Voici celui de dimanche dernier. Bruno Doucey

Pendant 22 semaines, j'écrirai chaque dimanche un poème pour Mots dits Mots lus. Voici celui de dimanche dernier. Bruno Doucey

Publié dans Poésie du monde

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Amélie Montplaisir

Publié le par la freniere

Amélie Montplaisir

On s'entend, la plupart du temps, je suis de bonne humeur. Mais, ça m'arrive d'avoir des petites pulsions de colère... oui-oui...!
Exploration:
"De mon cœur germent parfois des doigts d'honneur"

Publié dans Glanures

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Le rire des cailloux

Publié le par la freniere

Entre la brume du lac et les nuages roses, le soleil sort de son hamac. Il marche sur le toit de la grange et glisse vers le sol. J’ouvre la porte au loup, la fenêtre aux oiseaux, ma poitrine aux années. La chatte dort dans mes souliers. À défaut de me suivre, elle voyage par l’odeur. Lorsque je vais au bois cueillir des pensées, je ne croise pas Descartes mais Thoreau ou Whitman. Je ne lis pas Sollers mais Norge ou Guillevic, l’érable ou la fougère. Je ne sais pas écrire mais je dessine en mots ce que l’on ne voit pas. Je n’habille pas mes phrases en prose de notaire mais en argot du cœur. Je ne vêts pas mes rimes en garamond, mes pieds chez Gallimard, mes phrases en papier bible. Un vieux Larousse échevelé me sert quelque fois de restaurant du coin, de bar ou de brouette. Mes voyelles boitent sur la page. Mes virgules traînent un peu partout et s’endorment à l’ouvrage. Je ne baisse pas la tête. Lorsque je m’agenouille, c’est pour planter des arbres. Je me relève en sève, en érable ou en pin.

Je bâtis des nids avec du rêve et de la paille, la lumière qui grimpe les échelles, les baisers contournant le silence. Je fais cœur avec le blé gonflant le pain, l’amour donnant le sein, la vie mordant les mains, les pas sur le dos de la route, le rire des cailloux culbutant les ruisseaux. Je fais corps avec la nuit quand elle aime le jour. Je ramasse les vies tombées du nid, les mots tombés de la bouche, les promesses oubliées. J’ajoute des roues au chariot du bonheur, de l’huile sur le feu, des braises sur la neige. Je mets des ailes aux manchons pour qu’ils apprennent à voler, des feuilles aux arbres à came, du poivre aux statues de sel. Un oiseau porte jusqu’au nid mille fois le brin d’herbe. Mille brins d’herbe s’ébrouent sous la caresse de la pluie. Mille pluies donnent au temps le visage des pierres.

Il suffit de si peu pour éloigner la mort, un corps en vie au cœur ouvert, un rêve à deux joignant ses rives, un bol de café chaud, un peu d’eau froide, un casseau de baisers qui rougissent les lèvres comme des fraises sauvages. La vie rigole dans un ruisseau où je marche pieds nus, l’espérance à la main en guise de panier. Pour aller plus haut, je m’agrippe à la page comme un arbre à la terre. Je sais ce que dit la pluie, mais comment l’exprimer. Je cherche le chemin conduisant au chemin, les mots disant les mots, le cœur touchant le cœur. Je cherche dans l’oiseau le secret de la fleur. Je cherche dans la pierre la force des étoiles, le vol dans l’oiseau, la sagesse dans l’homme, la tendresse dans les gestes. Une graine à la main, je cherche le jardin où semer l’espérance.

 

Jean-Marc La Frenière

 

Publié dans Prose

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