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In mémoriam

Publié le par la freniere

à Céline Desmarais

 

Quatre ans jour pour jour

à lutter contre la mort,

c'est dur en tabarnak.

Une plume pèse une tonne

à tremper dans le sang

et traquer les blessures.

Des becs d'oiseaux noirs

dilacèrent la peau,

déchirant les viscères.

Ma femme est morte la veille de Noël.

La cancer du sein

brûle la chair jusqu'à la cendre.

La mort dans l'âme laisse un trou

où je titube encore.

Personne n'a pleuré dans la crèche en plastique.

Le P'tit Jésus s'est tu entre l’âne et le bœuf.

L'étoile des rois mages

c'est l'âme de ma blonde

qui continue de briller.

Elle m'éclaire de loin

comme une étoile morte.

 

Jean-Marc La Frenière

 

Publié dans Prose

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Ce n'est pas un cadeau

Publié le par la freniere

En direct de l'usine 106U, aujourd'hui mercredi 7 décembre 2016, ce n'est pas un cadeau qui va nous arriver, c'est une bordée de troubles qui va nous tomber sur la tête, le stress des familles, les angoisses des itinérants, l'arrivée de l'hiver pour les sans-pneux, les droits d'auteur qui fondent comme la glace dans le verre vide, les contrats qui sont annulés, la réponse négative de la demande de subvention, la soif et la faim de l'espoir, les doutes sur l'humanité de l'humanité, les virages à droite et les arrosages d'insecticides, les paniers de survie des organismes de charité comme des peaux de chagrin qui s'effritent, le voile des pleureuses, les cris des enfants d'Aleph, les emprisonnés de la Turquie, les peuples opprimés par les dictatures, les peuples floués par leur démocratie, les peuples assimilés de force, les minorités bafouées, les sécheresses, les inondations, la pollution industrielle, les ceintures de bombes, les incertitudes globales et particulières, les énumérations déprimantes... 
C'est le temps de l'avant-garde, le retour de l'immaculée contraception, de la vierge noire des gitans, c'est la descente aux enfers de Dante, c'est la noire soeur des contractions, c'est le temps des porteurs de lumières (Lucifer), du choix de Satan, de "J'irai cracher sur vos tombes", c'est le temps de mourir au cinéma comme Boris Vian ou sur une scène en chantant la toune à Jean-Roger Caussimon, "Ne chantez pas la mort", c'est un sujet morbide... c'est la carte #13 du Tarot de Marseille, c'est la renaissance dans le compost des étoiles (Compostelle)... Les squelettes mexicains font des grimaces au président américain, les défenses d'éléphants hantent les génocidaires, les ancêtres sioux et les chamans-fossiles grugent les pipelines, les fantômes surveillent les cônes-oranges, les démons se préparent à envahir l'Autre-Montréal (Lautréamont)... J'en ai mon casque (Isidore Ducasse)... J'ai le mal d'aurore (Maldoror)...

 

Alain-Arthur Painchaud, un fou çà crée...

Publié dans Poésie du monde

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Ti-Jean Carignan

Publié le par la freniere

Ti-Jean Carignan

Jean Carignan aurait eu cent ans aujourd'hui.Aucun média n'en parle. Ce grand violoneux qui a tant impressionné Yehudi Menuhin a du gagner sa vie comme chauffeur de taxi.

Publié dans Les marcheurs de rêve

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Soir d'hiver

Publié le par la freniere

C'est un soir d'hiver qui compte ses tremblures. Les uns fredonnent Noël d'autres serrent les dents. Pendant qu'aguicheuses les vitrines outrancières clignotent, le ciel tombe par terre entre la main du pauvre et la gamelle du chien. Les doigts gèlent au cœur des SDF. Les caisses enregistreuses cliquètent des menus d'orpailleurs. Des cadeaux indécents rutilent au pied de l'arbre. Le champagne déborde, et se dore la dinde. C'est un soir d'hiver qui compte ses gerçures. Des gens rongent leurs désespoirs. Des corps explosent sous le crachat des bombes. La faim, la soif déchirent des enfants de poussière. Pendant que des nantis bâfrent l'exploitation de l'homme, s'habillent de la douleur des bêtes, concoctent la mort dans les assiettes, cultivent des laideurs sans scrupules, les laissés-pour-compte creusent les poubelles de la désolation. Dans le silence étourdissant des consciences, c'est un soir d'hiver où Noël meurt, déjà cloué sur une croix.

 

Ile Eniger

 

Publié dans Ile Eniger

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L'autofictif

Publié le par la freniere

L'autofictif
L'autofictif

Tous les livres d'Éric Chevillard sont de petits chefs-d’œuvre. Ils n'ont pas besoin de la béquille d'un héros, d'un lieu, d'une histoire. Leurs mots se tiennent debout tout seuls. Quand ils babillent comme Alice, ils frôlent l'infini.

Publié dans Les marcheurs de rêve

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Un oeuf à rebours

Publié le par la freniere

À Alep, les enfants n'ont plus d'yeux. Ce sont les poupées qui ferment leurs paupières. Les oursons meurent les bras en croix. Le pus des ballons crève. La mort des enfants règne dans le pays des cèdres. Les djihadistes se confondent avec les G.I. Joe. On ne compte plus les cadavres dans les ruelles en sang et les maisons en ruine. On compte les balles dans le chargeur. Chaque nouveau mort engraisse un marchand d'armes. Je n'aurais jamais cru les hommes si méchants. Le capital entoure le monde de cruauté. Un voisin que je croyais ami m'a brisé une épaule et menacé de mort. Si j'écris sur la mort, ce n'est pas par peur de mourir. Je serais mort si je n'y pensais pas. Je suis dans un grand vide que je remplis de mots. Lorsque je peux, je disparais entre les arbres, les tons sombres du bois, les brouillards de brume, les broussailles d'herbe folle et les cahiers brouillons. Je veux toucher du doigt ce que l'on ne voit pas, manger des yeux ce que le temps cuisine, retrouver l'âme dans la beauté des choses. Contrairement aux dieux, les eaux ne dorment pas. Elles miroitent parfois pour cacher le courant. La lumière se transforme imperceptiblement. La rosée du matin épouse le soleil. Des gestes frayent dans la laitance du jour. La pluie, cette langue du ciel, ce glissement de la main sur la douceur d'un sein, ce plissement de terrain, ce souffle des nuages, la pluie fait remonter l'enfoui dans les berceaux d'argile. Une autre langue bouge en moi en remuant des mots. Ils imprègnent la page d'une salive d'encre. En manque de papier, quelques phrases titubent sur la table. Je n'ose pas bouger pour ne pas perdre le fil. Il arrive qu'un crayon touche le plus vivant et soigne les blessures. C'est souvent dans les mots que l'âme touche le corps. Ayant perdu le s du mot oiseau, les frissons de la langue couvent un œuf à rebours.

 

Jean-Marc La Frenière

 

 

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Les moutons

Publié le par la freniere

Les moutons

Publié dans Glanures

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Pablo Néruda

Publié le par la freniere

Pablo Néruda

Publié dans Les marcheurs de rêve

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Parole indiennes

Publié le par la freniere

Parole indiennes

Victoire des Sioux

 Les Sioux de la réserve de Standing Rock, dans le Dakota du Nord, viennent de remporter une grande victoire le 4 décembre. Depuis le 1er avril, ils ont établi uncamp de résistance pour bloquer un projet d’oléoduc, le Dakota Access Pipelined’une longueur de 1800 kilomètres, qui menace des sites culturels ancestraux et leurs sources d’eau. Le 4 décembre, le Corps des ingénieurs de l’armée américaine a annoncé qu’il refusait à la société pétrolière un permis de forage sous la rivière Missouri. La secrétaire adjointe aux travaux civils de l’Armée de terre précise dans uncommuniqué que le gouvernement va « entreprendre une étude d’impact environnementale complète » et « étudier des tracés alternatifs » [1]. Cette déclaration stoppe officiellement la construction du pipeline, évalué à 3,8 milliards de dollars, et financé en partie par des banques françaises.

 

 Lire à ce sujet : Les grandes banques françaises derrière le projet d’oléoduc combattu par les Sioux

 

« Cette bataille est gagnée, mais la guerre n’est pas terminée »

« Nous appuyons sans réserve la décision de l’administration et saluons le courage dont ont fait preuve le président Obama, le Corps de l’armée, le ministère de la Justice et le ministère de l’Intérieur, de prendre des mesures pour corriger le cours de l’histoire et faire ce qui est bon », a réagi le président de la réserve de Standing Rock, Dave Archambault. D’autres opposants au projet d’oléoduc se montrent néanmoins plus prudents, mettant en avant la possibilité que la compagnie exploitante Energy Transfer Partners fasse appel de la décision [2]. « Tout le monde doit rester en place », commente Frank Archambault, un membre de la tribu de Standing Rock, qui s’est installé avec toute sa famille dans le camp de résistance depuis quatre mois. « On nous a menti et trompé tout ce temps. Pourquoi cette fois-ci serait-elle différente ? » [3]

 L’entrée en fonction du président Donald Trump en janvier 2017 pourrait également changer la donne. La semaine dernière, il a rappelé qu’il appuyait le projet d’oléoduc, mais il assure que son soutien n’a rien à voir avec son investissement... [4] Donald Trump a investi entre 500 000 et un million de dollars dans la compagnie Energy Transfer Partners, et une somme similaire dans la société Phillips 66 qui bénéficiera de 25 % de parts dans l’oléoduc, une fois sa construction achevée (voir ici). Pour l’heure, les représentants de l’équipe de transition de Donald Trump n’ont pas répondu aux demandes de commentaires. « Cette bataille est gagnée, mais la guerre n’est pas terminée », résume l’un des opposants.

 

Sophie Chapelle      Basta

 

 

Publié dans Paroles indiennes

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En un seul souffle

Publié le par la freniere

Se désenclaver partir
suivre signe après signe
briser la ligne de défense
savourer la torpeur
écrire ce qui suit :
tant de temps 
à trouver 
ce qu'on ne cherchait pas
la pente s'écoule
et les questions restent
en suspens
lumière onctueuse
où plonger les mains
mais le regard
reste à l'écart
prisonnier des ombres
d'où une aube maigre
émergera
reprendre l'ouvrage du songe
s'abimer se dissoudre
sous la lentille d'un microscope
dont l'oeil est un ciel de verre
une convexité
devant le trou de l'univers
se défaire
se jeter dans le vivre
des vides de l'existence
crever le tissu des intempéries

et soulever les battements du coeur
à bout de bras
puis expier de pureté ou de beauté
mourir d'aveuglement
parmi les pierres du chemin
parmi les rires des folles avoines
creuser sa tombe
mot après mot 
et revenir à la ligne
là où commence un autre vers
qu'on n'avait même plus espéré
c'est comme s'arrêter de respirer
pour mieux reprendre souffle
partir se désincarcérer 
ou rester.

 

André Chenet

Publié dans Poésie du monde

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