Je recouds maille à maille
Le pardessus du temps
Usé jusqu'à la corde.
Je rempaille mot à mot
La vieille trame du cœur.
Je refais pas à pas
La course des amibes.
C'en est fini des dieux,
Ne restent que les mots
Pour nourrir l'espérance.
J'avance à croupetons
De l'absolu vers l'homme,
Les nuages dans une main,
Les racines dans l'autre.
Je dessine en marchant
Une ligne d'horizon
Asymptote au néant.
Elle a beau se nourrir de l'innocence des enfants,
de femmes traquées et d'hommes détraqués,
la guerre a toujours l'estomac vide.
L'appétit du profit est un ver solitaire.
Le capital s'est vendu à son propre néant.
Les hommes rentrent du bureau en se crevant les yeux.
Un bandeau d'apparences leur sert de lunettes,
un mensonge de foi, un mirage d'espérance.
L'oasis n'est pas dans le désert des chiffres.
Si je marche à l'envers,
c'est pour me rencontrer.
Il faudra bien un jour qu'on retourne les mots
pour voir à l'intérieur.
Ont-ils touché mes larmes ceux pour qui j'ai pleuré ?
Ont-ils vu la lumière qui traverse leur ombre ?
Pourquoi le poing tendu, le bras d'honneur,
la crosse des fusils et celle des évêques ?
Il a fallu des millénaires pour apprendre la caresse.
Il suffit d'une seconde pour tuer un oiseau.
Suant de la tête aux pieds,
mes mots attelés comme des chiens
tirent le traîneau de la phrase.
Leurs yeux s'abritent sous la laine frileuse des images.
J'arrache les portes pour faire du feu,
le bois des croix pour me chauffer.
La vérité des arbres me protège du factice.
Il faut redonner l'eau aux fleuves morts de soif,
rendre la parole aux sages qu'on musèle,
effacer de la terre sa date de péremption.
Il ne faut plus marcher vers l'est ou vers l'ouest
mais s'avancer vers l'autre avec les mains tendues,
accorder nos oreilles à la rumeur des étoiles,
que la sève renaisse dans le tombeau des feuilles.
J'ai regardé le ciel
La ville portait son bleu
En habit de lumière
Le doigt dressé d'une cathédrale
Montrait un rêve que personne ne voyait
Les rues saignaient du sang
Des
Feuilles d'automne
Si vous allez à Trois-Rivières
Dites à la poésie combien je l'ai fêtée
Dites aussi au fleuve
Que ses mots m'ont ému
Et si je n'ai pas répondu
A l'oiseau qu'il m'a tendu
C'est que je reviendrai
Pour baiser ses paupières
Tant de gens m'ont aimé
Au creux de leurs oreilles
Que je suis devenu
Un poème d'amour
Une goutte de soleil
Au refrain du Zénob
Tant de femmes m'ont bercé
Au creux de leur voyage
Que j'ai voulu renaître
Grain de pollen ou feuille d'érable
Mouette de passage
Je n'étais que l'amant solitaire
Brûlé par l'automne
Au boucan des mots libres
Ernest Pépin
Trois-Rivières (Québec)
Le 7 octobre 2006
A 2 heures 20
D'un mot l'autre