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Hommage à Josée Yvon

Publié le par la freniere

Hommage à Josée Yvon

Publié dans Glanures

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Je grimpe sur la page

Publié le par la freniere

Voyelles pliées, phrases au dos, je grimpe sur la page. Je m’accroche aux virgules, au sens, aux métaphores. La route est longue du silence à la voix, de la mer aux tisons, des racines à l’oiseau. Les bruits sont épars et le ruisseau de l’encre amplifie leur écho. Un grand galop de brume envahit les images. L’hiver est à portée de la main. D’une page à l’autre, il y aussi la neige, la pluie, le vent, le gel, des sacs ouverts sur le sol, des cailloux, des syllabes. Un vent serré comprime les paroles. Je m’accroche au lichen. Mes yeux parcourent l’horizon. Mes oreilles bourdonnent dans le silence botanique. J’aperçois un sourire dans une faille du sol, une pierre se dressant en menhir, un arbre s’échinant à faire craquer ses branches. Lorsque la glace endort l’eau, le rêve met ses patins. Je tourne en rond, autour, à tâtons, en démêlant à peine les formes de l’informe. Quand la gomme apparaît, il n’y a plus d’horizon, de montagne, de vallée. Les lieux se dérobent. Je n’efface jamais rien. Je m’accroche aux trous noirs. J’essaie d’enregistrer la croissance des arbres, l’éclatement des bourgeons, le cri glacé des saxifrages. J’entends le loup mordre le vent, la neige cracher le feu. Je pourrais être ailleurs, n’importe où. Le dedans est dehors et le dedans se perd au mitan de la page. Je cherche une éclaircie à travers les images, les mirages, les nuages.

 

Je ramasse les mots perdus sur les trottoirs parmi les papiers gras, les crottes de chien, les épluchures du progrès. Le temps ne fait rien à l’affaire quand on compte les heures comme on compte ses sous. Quand les âmes de synthèse envahissent les ondes, on n’entend plus le cœur mais le froissement du cash. On a bâti des banques sur les débris de Dieu, des enfants suicidés, des oiseaux de malheur. Où trouver la beauté entre l’utile et le futile, entre l’usure et le mépris ? Que faire d’une fête sans violon, d’une danse sans bras ni jambes, sans un oiseau à cordes ?

 

À défaut d’une clef, j’ouvre toutes les portes avec des mains sonores. J’écris à la mitaine, à la main, à la jambe, à pieds joints, à la force des poignets, à la belle épouvante comme un feu de fardoches, une araignée tissant sa toile gothique dans la poussière du monde. Avec mes désirs à bout de bras, je m’accroche au papier, à la neige, à la nuit, même aux os des sittelles. Quand la graine est sous terre, il faut l’encourager. Enfargé dans les mots comme une gélinotte, je grimpe sur la page. Je parle aux plantes, à la musique, aux pollens, aux pierres par solidarité, pour trouver l’harmonie entre deux sons de cloche. Même si les mots n’arrivent pas à la cheville du silence, je sème des voyelles dans la terre du cœur. La mer ne meurt pas quand les vagues se brisent. Une image parfois, une seule phrase, une simple pensée m’empêche de tomber.

 

Jean-Marc La Frenière

 

 

Publié dans Prose

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Aphorisme du jour

Publié le par la freniere

J'habite sur le bord d'une langue qu'on voudrait bien couper.

 

Publié dans Aphorisme du jour

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Un crayon à la main

Publié le par la freniere

On vide les tiroirs

dans la chambre du cœur.

On laisse la porte ouverte

au vent des souvenirs.

 

Ni dedans ni dehors

ni ici ni ailleurs

ni pire ni meilleur

ni vraiment le malheur

ni vraiment le bonheur

même les oiseaux

finissent par tomber.

 

Parmi les mots les morts

les âmes flânent ou s'évaporent.

 

J'écris de la main gauche

maladroite et rebelle.

Il y a trop de faux pas

dans les jambages des phrases.

Trop de mots se perdent

dans l'écriture du monde.

 

Debout comme un crayon

sur la neige des pages

je grave des sillons

sur la chair du froid.

 

Je finirai assis

sur une chaise de paille

un crayon à la main,

un rayon de soleil

me transperçant le cœur.

 

Jean-Marc La Frenière

Publié dans Poésie

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La rencontre

Publié le par la freniere

La rencontre

Publié dans Poésie à écouter

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Exercices de stèle

Publié le par la freniere

Hier Guillaume Apollinaire est mort de la grippe espagnole
Max Jacob périt d'épuisement dans le camp de Drancy
Robert Desnos du typhus sur sa paillasse de Terezin
Mallarmé posa sa chique dans les bras de son médecin
Henri Calet dans ceux d'une créature là-bas à Vence cité des arts et des fleurs
Tennessee Williams s'étouffa avec la capsule d'un tube d'aspirine
Odön von Horvath rendit son dernier soupir assommé par une branche d'arbre sur les Champs-Elysées
Jean Follain écrabouillé par un chauffard place de la Concorde
Jean-Pierre Duprey se pendit à la poutre maîtresse de son atelier
Marina Tsvetaïeva en fit de même en pays tatar
Virginia Woolf s'est noyée dans une rivière du Sussex avec de gros cailloux au fond des poches
Roger Nimier se fit la malle au volant de son Aston Martin sur l'autoroute de l'ouest
Emile Verhaeren tomba sous les roues d'un train en partance
Federico Garcia Lorca sous la mitraille franquiste
Emmanuel Bove s'est éteint de cachexie
Joe Bousquet transformé en statue de pierre
Nicolas de Staël aimanté par une fenêtre
Gogol affamé par un moine
Rilke piqué par une rose
Chénier la tête décollée
Saint-John Perse a calanché de ne rien faire
Boris Vian a lâché la rampe d'un arrêt du palpitant
Boileau a eu les testicules boullotées par un dindon
Paul-Louis Courier abattu par la carabine de son garde-chasse
Stig Dagerman asphyxié dans un garage par le tuyau d'échappement de son automobile
Emile Zola intoxiqué par le feu d'une cheminée
Stefan Zweig lui opta pour le véronal
Raymond Roussel pour le somnothiril et le néosédan
Catherine Pozzi préférait la morphine et le laudanum
Pour Olivier Larronde ce fut l'opium
André Frédérique choisit un subtil cocktail gaz gardenal
Armand Robin cracha son âme de manière suspecte à l'infirmerie spéciale du dépôt de la préfecture de police
Jean Senac a été assassiné en pleine rue
Robert Walser est tombé le nez dans la neige un soir de Noël
Petrus Borel le front dans le sable sous un soleil de plomb
Rimbaud a claqué d'un carcinome du genou
Artaud pourrit sur pied d'une tumeur à l'anus
Verlaine avala sa chique d'une congestion pulmonaire
Jules Laforgue la glissa de phtisie
Alfred Jarry de méningite tuberculeuse
Tristan Corbière carbonisé par les rhumatismes articulaires
Charles Cros sombra dans la gnole et le tafia
Alphonse Allais prit congé dans l'absinthe

Paul Celan dans la Seine
Ghérasim Luca aussi
Jacques Prévert succomba d'un cancer du poumon
Georges Perros le même mais au larynx
Nerval gigote encore au bout d'un réverbère
François Villon gît dans la fosse commune

C'est décidé
à partir de demain
je ne sors plus de chez moi

 

Patrice Delbourg

Publié dans Poésie du monde

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La Fanfare Pourpour

Publié le par la freniere

Publié dans Poésie à écouter

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Requête en pardon à l'homme noir

Publié le par la freniere

J’ai vu le gueux manger la terre
quand la graine tombait du ciel
jetée là
par de monstrueux avions
venus d’occident

la graine jetée aux chiens noirs
était blanche et blême l’enfant
piétiné

j’ai entendu sous un soleil atroce
le corps des pauvres claquer
au vent et claquer des dents
au gré des blancs claquer
comme un étendard famélique
percé de trous

j’ai vu trop souvent
ce geste terrible des doigts joints
portés aux lèvres
pour signifier la faim

mais jamais je n’ai vu non
au grand jamais ni entendu
ventre repu claquer au vent
ni rentière brûler ses coupons

sur le front d’occident je n’ai connu
que chansons à boire rires graveleux

et cliquetis de fourchettes s’étrillant

j’ai rencontré l’homme blanc
au pied des caféiers et bananiers
des gisements filons et mines
il pissait son vin à grands flots
en remerciant son dieu
dans des nuages de poussière dorée

j’ en témoigne
et ma chanson aussi
on se la répétait
à la chicotte ou à la crosse
au gourdin et aux poings

je me la répétait
et mon corps hurlait
lorsque les coups pleuvaient
l’homme blanc frappait

murmurée sans fin
ma chanson a voyagé
elle m'accompagne dans ma quête
quand pas à pas
je vais vers les franges lumineuses
de mes espaces lointains


ma petite chanson vous dit que pourtant
il y a sur terre autant de joie que de larmes
des chants des rires de la danse et de l'amour
une certitude d’amour
comme jamais homme n’en pourra imaginer
et qu'il ne faut pas désespérer

c'est vers les confins que la vie déborde

 

Christian Erwin Andersen

Publié dans Poésie du monde

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Comme une plante humaine

Publié le par la freniere

Quand il pleut, je me laisse arroser comme une plante humaine. De l’herbe pousse dans mes yeux. J’ouvre les mains vers tout. Rien ne se perd qui ne le soit déjà. Aurais-je faim, aurais-je soif, je ne fermerai pas mes ailes de papier, je ne lâcherai pas les ballons d’enfant qui ne tiennent qu’à un fil. J’ai deux grandes jambes prêtes à partir, deux yeux pour éclairer dans l’ombre, des pansements de mots sur la blessure du temps, un brasier de sarments qui flambe dans la nuit. Je cherche l’ineffable et le bonhomme sept heures, les gnomes qui se cachent. Je fouille. Je fouaille. Je prends le train en marche quand il quitte les rails. Je veux tout prendre : la mer, le soleil, le vent, le vaste monde dehors. Les oubliés dans les prisons ont des rêves d’enfant. Un mot, un pas devant l’autre, et la musique en toile de fond. Un arbre est fait de ses racines. Un homme est fait de ses désirs, ses questions, ses espoirs. Je ne réclame rien du réel. Les preuves de la vie n’appartiennent qu’au rêve. J’étire les voyelles pour en faire un hamac.

 

Chaque nuage porte en lui la graine qui fermente, l’éclair qui foudroie, le mot nommant la pluie. Quand les vagues s’endorment, le lac veille encore. Quand une fleur se ferme, mille autres vont s’ouvrir. Ma mère est dans le vent, la pluie, la terre et l’eau. Elle me raconte la naissance du monde. Elle ouvre encore les mains. Il y avait une fois, deux fois, mille fois des étoiles filantes… Je ne comprends rien. Je vis. La réponse est dans l’homme, juste à côté du coeur, juste au milieu des reins. J’ai fait tout le voyage de la vague à l’oiseau.

 

Du fond de l’inquiétude, je montre mes entrailles. On a fait de nos doigts les barreaux d’une main, des voyelles des pièges, des prières des bombes. Il faut désobéir si les lois sont indignes. La tête d’un caillou se moque des évangiles, des baptêmes, des chiffres. Il ne faut pas trouver la voie. Il faut savoir se perdre. J’oppose la révolte au salaire, la récolte à la vente, le grand mufle du rêve à l’asthme du réel. Je ne planifie rien. Je panifie le rêve dans la farine des mots. Les voix qui crient dans le désert me servent de fontaine. Le temps compté n’est pas le mien. La chair aussi a sa mémoire, sa langue, son pays. Je ne fais pas de livres. J’écris sans queue ni tête, sans plan ni sujet. Je jette quelques graines qui germent sur la dure et griffonnent leur sens au hasard des pas. S’il faut croire vraiment, que ce soit à la magie des mots, ceux qui font la résine ou la corne des doigts. Chaque arbre signe à sa façon le livre des forêts.

 

Quand on avance vers la lumière, il y a toujours une ombre, et c’est la nôtre. Un livre ne s’apprivoise pas d’un coup d’oeil. Il faut quitter l’autoroute et habiter le paysage. Je ne sais pas pourquoi j’écris mais je devine un peu pour qui. Ne nous lirons jamais que ceux qui nous ressemblent. C’est une sorte d’accolade. Je ne fais pas métier de la «littérature». Je ne vis pas de ma plume. Je me déplume pour écrire. Je ne cherche pas la vérité. Il y a longtemps qu’elle est décapitée. Chacun y met sa tête avec un prix sur l’étiquette. Quand j’ai fermé boutique pour cause de bonté, j’ai laissé des mots nus s’habiller de chacun. J’ai gardé pour les miens ma peau d’écorché vif. On me demande souvent de quoi je vis. J’essaie de vivre les mains nues, libres de tenir un crayon sans déranger les bêtes. Désertant la galère, à défaut d’un bateau, je traverse la mer sur une planche de salut. Je n’ai pas peur de l’eau mais des pilleurs d’épaves.

 

Jean-Marc La Frenière

Publié dans Prose

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Aphorisme du jour

Publié le par la freniere

Si la poésie ne sert à rien, à quoi donc sert la vie?

Publié dans Aphorisme du jour

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