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La fleur parmi les ruines

Publié le par la freniere

Le petit homme gris
a tout envahi
Il prolifère
vermine inexpugnable
Le petit homme
dicte la loi
Poisson froid
singe hurleur
je le croise partout
sous divers masques
Il a tué ma joie
mon rire d'enfant
Il a brisé mes élans
purs vers les hauteurs
là où l'on peut toucher
la transparence
Il a noirci mes matins
Ses crimes sont innommables
mais nul trouble en lui
Depuis la nuit des temps
je fais la guerre totale
au petit homme gris
C'est sans doute lui
qui l'emportera
Mais cette guerre-là
vaut mieux, bien mieux
que toute paix séparée
Le petit homme gris
n'a pas encore gagné !


André Laude

 

Publié dans André Laude

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La vie augmente

Publié le par la freniere

Quand on nous dit :

La vie augmente, ce n'est pas

Que le corps des femmes

Devient plus vaste, que les arbres

Se sont mis à monter

Par-dessus les nuages,

Que l'on peut voyager

Dans la moindre des fleurs,

Que les amants

Peuvent des jours entiers rester à s'épouser.

Mais, c'est, tout simplement,

Qu'il devient difficile

De vivre simplement.

 

Guillevic

 

Publié dans Poésie du monde

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J'avance vers chacun

Publié le par la freniere

J'avance vers chacun

avec des mots qui frappent,

des mains qui apprennent,

des gestes fous

dans le vent des caresses

les ongles des morts

qui continuent de pousser,

des gants d'épines

sur une peau trop tendre

et le blues des Noirs

dans le coton des Blancs.

 

Je couche avec la mer

et sa pensée sauvage,

les ronces dans les fossés,

les rats dans les caves,

les araignées du soir

dans les greniers en feu,

les bâtons dans les roues.

 

Je descends dans l'ornière

comme un poing qu'on écrase,

comme une femme qui dort

avec les cuisses ouvertes

pour accueillir le rêve.

 

Je cours avec les fous

pour boire à genoux

la rosée des étoiles.

Je couche avec la mort.

Je dors dans ses linceuls

au milieu de l'humus,

l'âme vêtue de chair

dans la boue des limons,

dans la fange et l'affront.

 

Je porte sous ma peau

le squelette du premier homme.

Je porte dans les yeux

le regard des insectes

surplombant les abîmes.

Il n'y a plus de miracle

dans les vestiges du réel

seulement des mirages

dans les vertiges du rêve.

 

Au milieu du désert

j'apprends à boire mes larmes.

 

Jean-Marc La Frenière

 

 

 

 

Publié dans Poésie

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Cora Vaucaire

Publié le par la freniere

Publié dans Poésie à écouter

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Comme la petite seiche

Publié le par la freniere

Sylvie Brès  1954-2016

Sylvie Brès 1954-2016

Comme la petite seiche jette son encre, fragile parade, écrire l’extrême de l’expérience
pour tromper la mort — cache-cache indécent peut-être et pourtant pudeur du partage avec
ceux qui sont touchés par la maladie, et ceux qui l’ignorent
— sauvegarde partielle et
dérisoire.
Revendiquer, pied à pied, terme à terme, cette humanité qui vacille et pourtant
qui résiste, me semble par-delà l’effeuillage absolu, une douceur octroyée, une irruption de conscience.
L’encre jetée, la limpidité revient…
Nous nous baignons dans la même mer.
Nous respirons le même air et le tissu de nos songes n’est pas si différent !
Les larmes n’ont-elles pas toujours ce goût salé à travers l’univers ?


Sylvie Brès

Publié dans Poésie du monde

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Patti Smith

Publié le par la freniere

Publié dans Les marcheurs de rêve

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Erri de Luca : S'engager

Publié le par la freniere

Publié dans Les marcheurs de rêve

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Anamorphose

Publié le par la freniere

Tu revenais de tes marches lentes, étouffé de pensées, étourdi d'oiseaux. Tu avais, sur la lèvre un bout de poème, mille frelons dans l'esprit. Tu étais oiseau et aile et branche. Tu étais la vague en plein midi, le chant d'une ruche, tu étais l'âme, le mot, tous les mots, tous les ciels, l'infini sous la langue.

Tu n'as jamais su quel idiome t'habitait. Tes mots migrant d'un pôle à l'autre de ton enfance t'ont toujours égaré. Ta parole métissée, mal tissée, mal venue, mal reçue, s'indure en toi. Cancer profond, sournois qui pousse ses métastases avec un acharnement aveugle.

Ce jour-là, tu avais perdu la complicité de ton verbe. Tu étais soudain au-dehors, à la marge du non clos où bruissaient les rumeurs des autres. Écœuré de trop de failles, de béances offertes sans pudeur. Saturé du rose furtif, de plissures, d’ombres rapiécées qui couvrent mal. Saturé de ton ébranlement, de tes désirs.

Peu importait ta couleur secrète. Peu importait ce moi grandi par à coups. Peu importaient les sutures, le bourgeonnement sauvage de tes pensées, tu revenais nu, défait de ta marche solitaire et sensible. En toi un étranger palpitait que tu ne reconnaissais pas.

Agnès Schnell

Publié dans Poésie du monde

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Le corps obscur de la lumière

Publié le par la freniere

La terre serait meilleure sans la présence de l'homme. À leur corps défendant, les poissons lèchent un ruisseau de pétrole. Les vieux cherchent leurs clefs, mais les nouvelles portes s'ouvrent avec une carte magnétique. C'est l'âme qu'il faut changer, non la couleur des murs. Il y a sûrement un rapport entre la mort d'un homme et celle d'une pierre. La parole s'inscrit entre la soif et l'eau. Je fouille de la langue le corps obscur de la lumière. Les fantômes du réel se confondent avec les hommes de l'imaginaire. Embrouillée dans les chiffres, la planète vomit. Le corps de la vérité dérape entre les crottes de chien et les somnifères. Le temps a beau être une source, la mémoire est une poubelle, un seau troué recueillant l'eau du souvenir. Si l'homme rêve d'avoir des ailes, les oiseaux chient sur les statues et les automobiles.

 

Il faut plus d'élan pour ne plus bouger que pour avancer. Le ciel ne protège de rien et la terre tremble quelque fois. Le lierre s'accroche où il peut, l'arbre à sa terre. L'homme croit sauver le monde, mais il court à sa perte en jouant aux apprentis-sorciers. Au guichet de la vie, l'amour est le dernier de la file. Le pain vient à manquer quand arrive son tour. La banque a tout raflé, des éteules sur le sol aux miettes sur la table. Embrassés par le vent, les arbres se touchent pour ne pas tomber. Il faut vivre parmi nos gestes et habiter nos mains. Mes épaules s'appuient sur les épaules du paysage. Des baisers brillent dans la poussière. Les plantes se bouturent et s'aboutent.

 

Tous ceux qui pensent avoir raison ne savent jamais de quoi. L'air est chargé d'une poussière d'images. Du face à face à l'interface, on finit par ne plus rien voir que les slogans publicitaires. Le temps piétine où personne ne marche. L'air bouge tout autour. On peut mourir, mais on respire. Chaque instant est un clin d’œil de l'éternité. Le vide entre les corps se remplit de présence.

 

Les mains ont changé leurs rapports à la chose. Elles massacrent maintenant ce qu'elles aimaient toucher. Les composants du monde macère dans l'humus, sauf les ordures de l'homme. Imperméables au sel, des cannettes en plastique rongent le fond des mers. Le pétrole se mêle aux sang des massacrés. Sans l'appel du coucou, les villes ne s'éveillent qu'au bruit des tiroirs-caisses et des écrans de la Bourse. Le Dow Jones grossit entre deux morts tout frais. Les yeux sans regard font mal jusqu'à la cécité.

 

La pierre qu'on dit muette se taille dans le bruit. La chute d'un homme peut le mettre debout. Nos regards collent sur tout, cherchant la faille, la fêlure, le revers des choses. Je me sens comme en cage. Les fenêtres sont hautes et les pensées sont basses. Je m'évade en écrivant, en lisant, en rêvant. Je m'évade par la trouée des pages. Je goûte les lettres une à une. Mes mains s'éveillent bien avant moi. Elles préparent le café et taillent mes crayons.

 

Tant qu'à perdre son temps, il vaudrait mieux inventer des armes qui conviennent à ceux qui les refusent. Dans le véhicule de vivre, l'amour a des ratés. Le moteur rote et puis repart malgré les bielles qui s'encrassent. Le visible et l'invisible se côtoient. Les ailes des oiseaux ne font pas que voler, elles parlementent avec le vent. Les grains de sable se reconnaissent entre eux. Accordé au réseau de la sève, il est rare qu'un érable s'ennuie.

 

Chaque saison en cache une autre. La sève coule de l'une à l'autre. L'été s'écrase en plein fracas. Il suffit d'une caresse pour éloigner le malheur, faire éclater la haine en parcelles de rosée. L'amour inemployé me sert de boussole. Tant de caresses attendent au bout de chaque main. Je voudrais vivre au ras de l'herbe, à la hauteur des nuages, dans l'odeur du pain frais et les bruits de papier, mêler l'horizontale avec la verticale. C'est en souriant que je voudrais mourir et le reste du temps grimacer de bonheur.

Jean-Marc La Frenière

Publié dans Prose

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Ils ont dit

Publié le par la freniere

À Gianmaria qui prophétise que l’évolution finira bien par entériner l’obsession duselfie et que les hommes en conséquence naîtront avec un bras plus long que l’autre, je fais remarquer que, plus vraisemblablement, c’est le volume de leur cerveau et de leur crâne qui va se réduire et qu’ainsi le recul sera suffisant pour la photo.

Éric Chevillard

Publié dans Ils ont dit

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