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Les derniers mots d'amour

Publié le par la freniere

J’ai les yeux pleins d’abeilles
à regarder les fleurs

mais la ruche est minée

comme les déserts du monde.

Comment nommer les arbres
ou boire l’eau du ciel
quand les grains de l’espoir
pourrissent dansd la terre ?
Derrière le décor
des ombres nous font signe
et s’apprêtent à sauter.

On n’arrose plus d’amour
le cœur en pot
et les baisers s’étiolent
sous la poussière des choses.
Les yeux des poupées pleurent
sans savoir pourquoi.

Une maison de rires

laisse battre sa porte
comme une pluie glacée.
Il y a des crocs sous la caresse,
des gestes dont les poings
se terminent en fusil,
des enfants morts de peur,
de la poussière d’amiante
sur les cils des faons.


Dans l’abondance des choses
c’est la rareté qui manque.
Le trop plein n’est qu’un vide
où s’évapore l’âme.

À la lueur des balles
dans l’horizon qui meurt
j’écris en lettres verticales
les derniers mots d’amour.


Jean-Marc La Frenière

28 septembre, 2004

 

Publié dans Poésie

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Gare au poète

Publié le par la freniere

Poème du 19 octobre 2006
 

Le titre évoque le poème et son poète à l’origine de cette page
« Sans passeport ni monnaie » de Jean Marc La Frenière
10 ans après
Nous sommes toujours reliés dans nos constellations
Conjurant chacun à notre manière
« le vent déchirant de la nuit noire » (André Breton)
30 mai 2016


Gare au poète qui a raté le train et qui erre parmi les passants pressés sans armes ni bagages
Ils ne le voient pas Ils ne l’entendent pas Ils veulent le gommer

 

Gare au poète qui a raté l’avion et qui vole parmi les oiseaux de fer et de guerre
Ils ne l’écoutent pas Ils n’ont cure de son aile pacifique Ils bombardent et font éclater les vies et les larmes amères

 

Gare au poète qui s’est enfui de la ville CO2
Il est l’érable et le bouleau Il est le loup et le caribou Il est le rêne et le mythe du rêne Il est l’œil du premier et du dernier indien Il est la paisible violence de Nature que vous ignorez dans vos cœurs bétonnés

 

Gare au poète qui crie dans le désert des nuits
Qui cherche ses mots de rêves et de réalités Qui cherche ses mots pour chaque atome de seconde Qui cherche ses mots d’ébène et de sapin Qui cherche ses images dégagées et rapaillées de tous ces lambeaux de vie dont vous vous contentez

 

Gare au poète que la charrette des critiques a raté
Ils ignorent l’autodidacte rebelle Ils ignorent le murmure du cosmos le cri du loup l’encre teintée de vent de sang de terre Ils sont ces doctorants qui entretiennent leurs petits dieux en des colloques et séminaires où ils échangent leurs coliques et leurs feuilles mortes

 

Et gare à la société qui abandonnerait ses poètes
Celui qui cherche « tout, sans but, sans trêve, sans repos »*
Celui qui ne veut pas « d’un homme qui n’aurait pas de peine, pas d’épaule, pas de cœur » **
Celui qui obstinément « Parce qu’il est nu Et le ciel vide Que la langue est sa patrie…Guerroie avec des mots Sans souci de victoire » ***
Celle qui Entre lune et loup écrit « Les mots aussi ont leur nuit Ils se taisent alors Opaques denses On se couche dans leur silence Comme un chien fait le mort Et on attend Longtemps Qu’ils se mettent à bruire Doucement Comme une source »****
Oui N’oubliez pas la source N’oubliez pas la joie Sous peine de vous oublier vous-même

* Victor HUGO ** Jean Marc LA FRENIÈRE *** Gaston PUEL
**** Jacqueline SAINT JEAN

Jean Jacques Dorio
19 octobre 2006

Publié dans Poésie du monde

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Soleil algonquin

Publié le par la freniere

La terre, quand nous la quitterons, ne sera plus qu'une poubelle pourrie, survolée d'engins, de poutrelles
On aura goudronné les mers, délité les plateaux
Brûlé le vent
Je la vois devant moi, présent ! Passer au passé des planètes
Nos os y resteront collés, sans commémorations, ni thrènes
Nous en avions pourtant respect, comme de tout moment vivant —
Elle, dont nous faisions partie, cependant qu'Elle était en nous —
Aussi gérions-nous nos forêts en hommes nés de leurs clairières (et jamais nous n'exigions plus que correspondant aux besoins)
Mais qui se souviendra jamais de nos célébrations lointaines ? Et que nous assistions nos morts aussi longtemps qu'un peu de chair restait accroché à leurs os...

Luc Bérimont


glané sur l'excellent site Emmila Gitana

Publié dans Poésie du monde

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J'ai mal à mon pays

Publié le par la freniere

À Gérald Godin

Par la grégousse et la picouille, par la souque et la noune, par la cantouque et la babiche, par la baboche et la batèche, par la poutine et la pitoune, par la snoutte et l’eau d’érable, par la garouine et le totem, par les guernouilles et les corneilles, par les babioles et les barniques, par la couenne dure et la garnotte, par la plorine et le marcou, par les pawn-shops et les barguignes, avec la langue des charretiers et des limeurs de sciottes, la parlure en patchwork, nos cicatrices à l’âme, la détresse, l’angoisse, la souffrance, nos larmes résignées, nos doigts sous le marteau du boss, nos cris de durs de la feuille, nos mots de chienne à jacques, nos têtes de pioche, nos cœurs à gage, nos garages à rabais, nos sparages de feluette, nos pieds et poings liés, nos mini-putt et nos ceintures fléchées, nos bowlings et nos bières, nos yeux en graisse de binnes et nos œufs dans le vinaigre, nos lèvres dans la blessure du verbe, le frisson des traqués, nos huards en chute libre, nos ombres en laisse et la lumière en porte-voix, avec nos réponses qu’on apporte à la vie, j’ai mal à mon pays. J’habille ma colère en étoffe d’hiver et en mitaines pas de pouce. J’ajoute un hochet d’espérance au berceau des taudis. J’agite un drapeau noir sur le vocabulaire. Je mets un bonnet d’âne sur la télévision, la hache dans la gammick des affaires. J’envoie la sainte flanelle au banc des punitions et leurs gérants d’estrade au diable vauvert. Je suis en simmonaque, en tabarnaque, en saint-chrême, en enfant de chienne, en beau calvaire. Il y a tant de portes à ouvrir, tant de voleurs, tant de verrous, tant de crosseurs à slaquer, si peu de mine dans le crayon, tant de distance entre la chair et l’âme, entre l’homme et la femme, entre Facebook et l’amitié, entre les mots et le papier, entre le sang des morts et l’encre des journaux, la course des enfants, le pas lent des vieillards, les vraies couleurs du monde, les reflets au néon. Le manque au fond des choses agrandit ce qui manque et le surplus de choses engraisse le néant. Ma langue maternelle saigne sous la fourchette des prix. Floué par le murmure marchand, la langue de bois et la voix des sirènes, mon peuple est le premier pays à dire non à sa propre existence. La feuille dans le silence des érables n’est déjà plus un mot mais le drapeau d’un autre. Les pas se sont fait lourds dans la marche à l’amour. Dans le déséquilibre des échanges, j’habite un pays qui ne veut pas de lui et se refuse à naître. Les gens se sont dits non. Ils ont dit non à tout pour être sûr de rien.

 

Jean-Marc La Frenière

Publié dans Prose

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La langue est mon pays natal

Publié le par la freniere

La langue est mon pays natal. Je meurs et je revis à chaque bout de phrase. Du bois mort dans l’âtre fait revivre la flamme. Il suffit d’un seul mot pour ouvrir une porte. Il suffit d’un poème pour redonner courage. Il suffit d’un motif dans les limailles de l’aimant et les cristaux de neige pour retrouver sa route. Il suffit d’un baiser pour effacer la haine. Il suffit d’un insecte au milieu du désert pour trouver l’oasis. Il suffit d’un regard au milieu de la nuit pour trouver la lumière. Le ciel se dessine sur une plume d’oiseau, l’océan sur une vague. Il suffit d’un galet de la grosseur d’un ongle pour porter la rivière.

 

La langue est mon pays natal. Il suffit d’une flûte parmi les bruits de chaînes pour retrouver l’espoir. Des couleurs se glissent sous le crêpe du deuil. Il suffit de sourire au paria de la rue. Son cœur bat plus fort sous son lot de guenilles. Il suffit d’un simple battement d’ailes pour rejoindre le ciel, d’un regard, d’un mot, d’un simple bout de pain, d’un verre d’eau sur la table. Il suffit d’un coin de chaise pour inventer le bonheur. Tour à tour, vous êtes le sourcier, le berger, le verger. Il suffit d’une abeille pour trouver le pommier. Il suffit d’une lézarde pour traverser le mur, de se vêtir de pluie pour affronter l’orage.

 

La langue est mon pays natal. Je n’ai que faire d’un nom, d’un rôle, d’un statut. Je suis mêlé au sang des bêtes, à la rosée des jours, au sable du désert, aux ailes des oiseaux, à l’écorce des arbres, à l’éclat du soleil. Il suffit d’un seul poing pour contenir sa rage, d’une fleur pour en rire. Il suffit d’un regard pour voir la lumière sur les tableaux des peintres. Je cherche la bonté, la beauté, la pudeur. Je suis mêlé aux feuilles, assailli d’herbes folles et de rires d’enfant. Je suis mêlé au temps comme le flot des mers, le reflux des marées, le ressac des mots. Il suffit d’une caresse pour compléter la main.

 

La langue est mon pays natal. Je n’ai que faire des frontières, d’un calendrier, d’un costume, d’un nom. L’étoffe bleue du cœur habille ma parole. Je n’ai que faire d’un code, d’un salaire, d’un but. Je signe le chemin du prénom de mes pas. Perdu dans le monde, j’ai retrouvé ma route au milieu des voyelles. J’ai retrouvé l’amande sous l’écale des mots, la source sur la page. Quand la lumière vacille, je rallume une phrase. J’ouvre la porte à la tâche d’aimer, aux battements du cœur, au jardin des images. Il suffit d’une fleur pour trouver le pollen.

 

La langue est mon pays natal. Les mots savent rire et pleurer. Ils ne retiennent pas les leçons de l’école mais les blessures du temps, les joies petites et grandes, la caresse des doigts, la morsure des fleurs. Ils ne savent pas compter mais chantent quelques fois. Ils cueillent le soleil sur la pointe des arbres. Ils jettent sur le monde un soupçon de justice, une étincelle, un feu, les bouts de vie qui manquent. Ils font pencher les arbres pour qu’on cueille leurs fruits. L’envie d’écrire me vient sans savoir pourquoi.

 

La langue est mon pays natal. Je ramasse du crayon quelque chose qui scintille, une perle, un éclat de cristal, un petit bout de pluie. Ce qui distingue les phrases, ce sont le linge des voyelles, le tintement des syllabes. Quand je dis infini, je n’ai que six lettres pour définir l’espace. Dans la cuisine des mots, il y a toujours une chaise où personne ne s’assoit. C’est de là que j’écris. Quand la bouche n’est plus qu’un mégot mal éteint, il suffit d’un poème pour en faire un volcan. Quand le monde se limite à l’horizon des yeux, la bouche l’agrandit de chemins infinis. La langue recolle de salive la parole brisée.

 

Jean-Marc La Frenière

Publié dans Prose

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Frères de Terre

Publié le par la freniere

Je n’ai pas de frères de race,
j’ai des frères de condition,
des frères de fortune et d’infortune,
de même fragilité, de même trouble
et pareillement promis à la poussière
et pareillement entêtés à servir
si possible à quelque chose,
à quelqu’un, même d’inconnu,
à quelque frère de même portée,
de même siècle, ou d’avenir….

 

Je n’ai pas de frères de race,
ni de religion, ni de communauté,
pas de frères de couleur,
pas de frères de guerre ou de combat,
je n’ai que des frères de Terre
secoués dans la galère
des espoirs et désespoirs
des mortels embarqués,
des frères de rêves partagés
et de peurs trop communes.

 

Je n’ai pas de frères de race,
j’ai des frères de condition,
bien différents et très semblables,
d’ailleurs terriblement interchangeables
dans l’égoïsme
ou dans la compassion…
Des frères tout pétris de l’envie
de partager leur solitude avec le pain
et parfois le bonheur insigne
d’apprendre ensemble à dire non…

 

Je n’ai pas de frères de race,
mais des frères dans le refus
de n’être qu’un passant,
des frères par l’art et par le chant,
et l’énergie déployée chaque jour
à tenir tête au néant.
Des frères à travers les âges,
la géographie et les frontières,
- et qui sait même, au-delà de l’espèce,
peut-être un frère en tout vivant…

 

 

Michel Baglin

 

Publié dans Poésie du monde

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L'inachevé

Publié le par la freniere


Vivent l'inachevé,
la maison vide,
la graine non germée,
l'incertitude,
le doute.

 

L'espoir s'y répand
entre les trous du vide
pour préparer la vie

ou réparer la mort.

 

Jean-Marc La Frenière

Publié dans Poésie

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Ce n'est pas moi

Publié le par la freniere

Tristan ce n'est pas moi
ce n'est plus moi
ce n'est pas encore moi
c'est un nom à venir
un nom à rassembler en pain
à rassembler en pierre
un nom à convertir en peuple
c'est la fin des poètes qui se sodomisent
avec leurs droigts d'auteur
dans les bourreau-cratie du sexe
c'est un jeune homme qui se pend aux marées
et qui marche vers moi le long d'une autre vie
c'est ce jeune homme qu'on brûle sur le Gange
dans un drap de soie rouge
c'est Alain Liévin, 23 ans, qui s'est pendu
parce qu'il ne trouvait plus de travail
c'est Alexandre Panagoulis
le sexe traversé d'une aiguille de feu
c'est Tautin, Jarra, Enriquez, Puig Antich,
Otaégui, Meinhof
c'est moi demain toi aujourd'hui un autre après-midi
c'est tous ceux qui refusent qui se lèvent et qui crient
pour ceux qui sont sans voix
pour ceux qui sont sans mains
pour les enfants de Kafr'Kassem
pour ces poètes qu'on retrouve
un matin
pendus
au coeur de leur corps difficile
ou une balle dans la bouche ou les veines vidées
comme Arthur Cravan, Jacques Rigaut, Jacques Vaché,
comme Sophie Podolski, Marc Ichall, Philippe Abou ...
c'est l'écriture en marche que le sang rend visible
qui ouvre par le feu des routes insoumises
qui ouvre par le feu d'immenses coïncidences ...


 

Tristan Cabral

 

Publié dans Tristan Cabral

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Je ne suis qu'un frisson

Publié le par la freniere

à Céline Desmarais

 

S'il reste moins de route que de pas déjà faits,

s'il reste moins de phrases que de mots déjà dits,

si plus d'amis sont morts que d'ennemis sont là,

je n'ai qu'une seule certitude c'est que je t'aime.

L'amour que j'ai pour toi porte en lui tout le reste.

 

Jean-Marc La Frenière

Publié dans Poésie

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Evry Blues

Publié le par la freniere

Evry Blues

"EVRY BLUES"

Un sang d’émeraude

publié par GZ Editions et Co diffusé par Chemins de Plume - 12 Euros

Le mot de l'éditeur
Jean-Michel Sananès nous entraîne, entre aventure et polar, dans un voyage où deux mondes se percutent. Son héros, Simon Beaucarne, journaliste humaniste de retour du Pérou, se trouve confronté aux résurgences inattendues de son dernier reportage. L'action est palpitante, sans un temps mort, l'écriture y est alerte, souvent poétique, et teintée d’humour.

Publié dans Jean-Michel Sananès

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