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Ils ont dit

Publié le par la freniere

“...le contraire du chômage n’est pas le travail. Le travail n’est le contraire de rien. C’est une richesse en soi, même quand il n’est pas rétribué. C’est un bonheur. Quelque chose que l’homme fait pour lui... Le travail est partout où l’homme s’accomplit, réalise, bâtit, laisse une trace.... Il faut réhabiliter le travail, le sortir de ses horaires, de sa tyrannique équation : production, rétribution, consommation. Il faut le sortir du salariat. Et on gagnera sa vie comment ? Je n’en sais rien. On ne l’a gagnera pas. On la vivra. Je rêve ? Rêvez aussi, ça presse. “ (La Presse, le samedi 10 juin 1995)

Pierre Foglia

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Edgar Morin

Publié le par la freniere

Edgar Morin est décédé du coronavirus à Orléans

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Recours au poème: Ile Eniger

Publié le par la freniere

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Jean-Pierre Otte

Publié le par la freniere

Jean-Pierre Otte

Nous qui sommes deux à être seuls
tels les hémisphères d'un même fruit
dont chaque moitié recompose
à part soi l'unité entière.

C'est ensemble et distincts que
nous voyageons de concert,
nous accompagnant en tout, complices,
ayant chacun un abîme bleu dans l'âme.

L'aubaine n'est rien si on n'en prend conscience.
Au déclin de chaque jour, sous le ciel fourmillant
d'étoiles, il nous faut célébrer
le plaisir qu'il y a dans la vie même

confondu au plaisir d'être ensemble,
la jouissance de soi, de l'autre (de cet autre
que nous sommes en même temps pour l'autre),
et de ce nous qui est comme un kaléidoscope

réfléchissant à l'infini la lumière du dehors,
en des fragments mobiles de verres colorés,
des variations incessantes qui sont chaque fois
un achèvement alors que déjà s'amorce autre chose :

c'est de l'image première jamais vue
que découlent toutes les autres.
Ainsi que les nervures d'une de ses feuilles
résument l'arbre tout entier

et que cette pierre avec ses stries et ses angles brisés
schématise la carrière dont on vient de l'extraire,
nous-mêmes, sommes fragments du nombre,
parties du tout et portant le tout en nous-mêmes.

Nous résumons à deux le monde entier et
nous pouvons vivre mille ans ou nous éteindre
telle flammèche au vent d'Est.
Mais, qu'importe, désormais !

C'est le bleu d'octobre sous un ciel en bogue :
nous avons le cœur accordé à la crosse des fougères,
le corps confondu à la chair des fruits mûrs,
et l'esprit allié aux oiseaux de mer

qui s'envolent en emportant leurs ombres.
 

Jean-Pierre Otte

Jean-Pierre Otte
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Éric La Frenière

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Les voix ferrées

Publié le par la freniere

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Bernard Scotti

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Rester chez soi

Publié le par la freniere

Ce matin, en me réveillant, je pleure. En déjeunant, je pleure. En me préparant, je pleure. En conduisant jusqu'à mon travail, je pleure.
Là, dans les vestiaires de l'hôpital, je sèche mes larmes.

J'inspire. J'expire.
Les gens dans les lits pleurent aussi, et c'est à moi qu'il incombe de sécher leurs larmes. De leur faire une petite blague, de leur dire un petit mot, histoire de les faire sourire un peu. Oublier une seconde qu'ils sont là, coupés du monde, une épée de Damoclès au dessus de la tête. Tout ceux qu'ils voient sont habillés intégralement, masqués, protégés, c'est anxiogène. Ils se sentent seuls, abandonnés.

Alors j'inspire, j'expire.
Je reviens dans la chambre pour la troisième fois, et tant pis si on me dispute pour le gâchis de blouse, parce que leur code wifi ne marche pas et que c'est leur seul moyen d'être en contact avec leurs proches : les visites sont interdites, le réseau téléphonique ne passe que très mal dans la chambre. Ils pleurent, parce que tout le monde s'inquiète et que du coup, ils s'inquiètent aussi, mais veulent avant tout rassurer.

Alors j'inspire, j'expire.
Et je rassure aussi, même si juste avant le médecin m'a dit que ça puait et qu'il allait probablement finir la soirée en réa, un tuyau au fond de la gorge. Je parle du temps qu'il fait, comme un pied de nez de l'univers en période de confinement, mais je ne parle pas de tous ces gens dehors qui ne respectent pas ces nouvelles règles.
A quoi bon dire à ce patient, médecin généraliste, qu'on croise des gens dans la rue, masque FFP2 inutile et incorrectement mis sur le nez, alors qu'un tel dispositif lui aurait évité à lui de se retrouver dans un lit d'hôpital.
A quoi bon dire à ce patient que, pendant qu'il est là à attendre de savoir ce que le destin lui réserve, tout le monde dehors lui crache à la gueule.
Pendant qu'il est là à progressivement mais rapidemment passer des lunettes à oxygène au masque à haute concentration à la machine de VNI jusqu'à devoir aller en réa se faire intuber, à condition qu'il y reste de la place, les gens débattent de la distance autorisée pour faire leur jogging et de si ils peuvent promener leur chien à deux.

Alors j'inspire, j'expire.
Je gère les sorties, de bonnes ou de mauvaises augures, les entrées. Le flux interminable de patients, en plus ou moins bon état. Je marche, je cours, je vole, ma charlotte me fait mal au front, mon masque me fait mal au nez et me donne la tête qui tourne, l'élastique de mon masque, couplé à mes deux paires de lunettes, me fait mal aux oreilles, mes mains me font mal à force de les laver.
Mais je prends des tensions, je scope, je prends des températures, des saturations, je perfuse, je fais des prises de sang, des dépistages, je réfléchis, surtout.
Je réfléchis à comment regrouper mes soins pour éviter le gâchis de matériel d'habillage, je réfléchis à comment donner des nouvelles aux familles qui appellent sans trop inquiéter mais sans non plus minimiser, on ne sait jamais, je réfléchis à combien de temps je vais pouvoir tenir à ce rythme.
Je réfléchis au fait qu'on n'est pas encore arrivés au pic de l'épidémie, par ici.
Je réfléchis à ce moment inévitable où il n'y aura plus rien pour s'habiller et se protéger correctement, je réfléchis à ce moment inévitable où il n'y aura plus de place en réa et où il faudra dire à ce patient, à sa famille, qu'on ne peut plus rien faire pour lui si ce n'est espérer, et le soulager.

Alors j'inspire, j'expire.
Ma journée de travail se termine et je passe le relais à un collègue. Je me change. Je prends ma voiture. Je rentre chez moi.
Je n'allume pas la télé, qui ressasse en boucle le nombre de nouveaux décès. J'essaie de rester loin des réseaux sociaux, qui ressassent en boucle les débats futiles des gens face à leur confinement. Je lis les messages de mes proches, qui me donnent du courage, et je rassure, encore.
Je lis les initiatives telles que les applaudissements collectifs à 20h et je pense "au lieu de m'applaudir, j'espère que vous êtes plutôt resté chez vous aujourd'hui, comme il vous l'a été demandé". Au lieu de nous applaudir, j'espère que vous n'oublierez pas et que vous arrêterez de nous cracher à la gueule.

Alors j'inspire, j'expire, et j'espère.

Je ne suis pas une super-héroïne, je ne fais que mon travail, et j'ai besoin de tout le monde pour qu'il soit facilité : restez chez vous au maximum, arrêtez de chercher (et donc trouver) des excuses à la con pour sortir de chez vous 12 fois par jour, même si "oui mais je fais attention".
Profitez de votre canapé, de vos jeux vidéos, de votre foyer, faites du ménage et de la cuisine avec toutes vos pâtes, pensez à tous ces lundis où il a été si difficile de sortir de chez vous.
Inspirez, expirez, et ce sera plus facile pour tout le monde.
Inspirez, expirez, puisque vous avez la chance de pouvoir le faire.

 

Témoignage du 20 mars 2020, de Elise Cordier, infirmière à Besançon, (relayé depuis son Facebook).

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Un jour un livre

Publié le par la freniere

Un jour un livre

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Le cervelle des oiseaux

Publié le par la freniere

De la cervelle des oiseaux aux puces électroniques, je peine à comprendre le monde. Les fruits décomposent leurs sucs. Les tripes font de même. Les intestins gargouillent. Chaque seconde travaille à fabriquer la mort. Le temps perd son sang, sa sueur, son sens. Les jambes s’étirent jusqu’à former des routes. J’ai laissé en moi mes cadavres d’antan, mais j’ai gardé vivant un squelette d’enfant. J’agite mes deux mains parmi les ossements. Les oiseaux sont des fleurs en vol. Les dents du mais sourient à travers les épis. Ma vie n’est plus que quelques mètres de plancher, les yeux d’une fenêtre, les pattes de chaise, les bras d’un fauteuil, les bâillements d’un verre vide, une cour baignée d’ombre, deux ou trois personnages qui cognent à la porte, le monde entier cordé entre deux appuis-livres. Mon pays est au fond d’une armoire. Les  cent pas de ma chambre au salon sont mon seul voyage. Le temps est un oiseau qui parle avec le vent. Au théâtre des vies, on franchit sans payer la porte de la mort.

Des fourmis passent le balai entre les voiturettes de fraises et les casseaux de ronces. C’est comme une miniature sur la tête d’une épingle, un trou de suce entre les parenthèses, une goutte de pluie sur la tombe des feuilles, une perle de miel dans une ruche d’abeilles, une pincée de pollen dans un essaim de fleurs, la frontière d’une virgule dans le pays des mots. Je tourne en rond vers le néant ou l’infini. Je grimpe ou descend de la falaise ou l’abîme. Je me cherche en chacun, mais je ne trouve rien. Il y a entre les mots des fantômes de phrases. Les jours sont ponctuels comme des ouvriers. Les minutes en bleu de travail remontent les horloges, graissent les gonds d’une porte, repeignent l’arc-en-ciel. Je lave les idées noires dans ma tête de cruche, colore les nuits blanches, sème la graine parmi les cendres. Je fais monter le fruit dans sa bogue d’écorce.

Tant qu’à perdre ma vie pour la gagner, je préfère flâner au lit, arroser le jardin, me bercer sur une chaise, nourrir les pigeons. On ne court pas avec des pattes de table. Ce ne sont pas des jambes d’athlète. Citoyen des feuilles, j’habite la forêt. Je tends les arbres quand ils tètent la sève. Je suis le frère de la nuit, le cousin de la pluie, le pêcheur d’illusions, le laboureur de l’eau, le pousseur de charrue dans la terre des pages. Je prêche l’évangile des pierres, le missel des fleurs, le livre des oiseaux, le florilège du cœur. Je perçois l’infini par les antennes des insectes, le bruit des galaxies par les yeux des étoiles, la rumeur des choses par la paume des mains.

Jean-Marc La Frenière

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