Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Déclaration d'amour

Publié le par la freniere

Déclaration d'amour

La poésie, putain! De la poésie non pas pour ou contre un état des choses indémontrable, trop complexe, seulement une folle ferveur de vivre sans idéologies, ni dieux ni maîtres. La morale issue de cette fausse liberté de pensée influencée par un discours commun d'experts, de serfs salariés, de profs formateurs, de profiteurs politiciens, de menteurs sincères parfois mais stratèges à leur insu, dans la plupart des cas, de businessminds de la pensée agglomérée. De la poésie sans poètes, de la poésie hors de prix, hors des canoniques déférences, une poésie comme une lampe-tempête dans cette obscurité d'avant l'orage.

Déclaration d'amour

à Cristina

A quinze ans je n'aurais pas osé
te dire je t'aime
je t'admirais telle une jeune reine
et toutes les nuits
me déchirais les veines
en pensant à toi
tu vivais au bord d'un ravin
où un soleil couleur de lavande
éblouissait le voyageur
qui en ces lieux était venu se perdre
je ne me souviens pas de ton prénom
Maria Thétis, Vénus ou Shéhérazade
Tu es devenu toutes les femmes fatales
que j'ai épousées au bord des sources
ou dans les herbes tremblantes de l'aube
Tu as dénudé ma parole
et n'as jamais cessé d'enlacer
l'adolescent évanescant que je fus
celui-là même
qui a grandi et s'est offert à toi
dans le corps d'un guerrier ensanglanté
et maintenant je te déclare mon amour
avec la voix profonde
de celui qui a traversé le royaume des morts
homme douloureux mais apaisé
qui te dédie sa belle et fougueuse jeunesse
qui a reconnu en toi
toutes les femmes qu'il a aimé
celui qui à présent ose
s'alléger du poids des mots et des années
et qui te dit je t'aime je t'ai toujours aimée.

André Chenet, contaminé. Buenos Aires, le 08 Avril 2020

Partager cet article
Repost0

Le dévoilement

Publié le par la freniere

Le dévoilement

Et ainsi nous allons, chacun de nous,
Séparés, méconnaissant ce poids
De lumière, notre seule charge.
Notre unique force.
Et quand elle nous inonde, brusquement,
Renvoyée par qui devient miroir, à son insu,
Nous ne sommes plus que des oiseaux de nuit,
Nous n'avons plus que le cri déchiré
De l'effraie qui s'arrache au rocher,
Nous n'entendons plus que le raclement de terreur
De nos corps embourbés.
Nous ne supportons pas la lumière,
Nous ne supportons pas l'écho
Qui nous révèle notre propre clarté.
Nous ne nous trompons pas, nous la connaissons bien,
Avec tous ses visages, même les plus furtifs.
Nous l'entendons brûler
Dans quelques mots d'une voix qui se met à trembler,
Dans le métal qu'une main percute
Et qui résonne soudain
Près du chiffre sacré.
Là où il n'y a plus ni corps ni esprit
Mais seulement la vie,
L'éternité souriante.
Et si nous ne faisons pas semblant d'être sourds,
Si nous ne faisons pas semblant d'être aveugles,
La grêle de plomb et de noirceur,
L'obscurité et la souillure
S'abattent sur la lumière.
Il nous faut la quitter sans un mot,
Nous en détourner pour qu'elle ne se brise pas.
L'oiseau de feu ne se laisse pas saisir.
Et nous qui avons déjà traversé la mort,
Nous qui savons que la lumière est simple,
Qu'elle est de cette terre,
Dans la pâleur des cendres
Nous l'attendons encore.

-Hélène Péras (1924-2018) Le Dévoilement, Arfuyen/Le Noroît, 1998

Partager cet article
Repost0

Viens-t-en printemps

Publié le par la freniere

J’attends les lilas que tètent les abeilles,

les chants d’oiseaux qui pendent

aux oreilles des arbres,

les petits brins de foin

qui se prennent pour la mer

et les fourmis quittant le port.

J’attends les mirabelles,

le crin-crin des cigales

sur le cou du matin,

la grande main du vent

giflant le désespoir

et la joue du malheur,

les nuages délaçant

la ceinture du froid

pour exhiber sans gêne

le sexe du soleil.

 

La terre troquera son gros pull de neige

pour la dentelle du pollen,

les tuques des poteaux

pour des boutons en fleurs,

le terreau des couleurs

où germe l’arc-en-terre

dans sa robe lyrique.

Une alouette chante

dans le fond de ma poche.

Un caillou s’impatiente

dans le ruisseau des pas.

 

Allez viens-t-en printemps !

Je prends déjà ma hache

pour une ligne à pêche,

mes raquettes pour un canot,

mes skis pour une plage,

le frimas des moustaches

pour la barbe à papa,

mes dix doigts pour une main.

Je ne fais plus de chasse-neige

mais de la chasse-galerie

au-dessus des forêts.

Je fais la vague

au milieu des flocons.

 

La sève monte à bord

comme de l’eau dans l’eau

faisant des bulles d’air.

Les érables sont saouls

et les chevreuils bandés.

 

Jean-Marc La Frenière

 

Partager cet article
Repost0

À défaut d'absolu

Publié le par la freniere

 

 

Les mots qui me servaient de poings

sont devenus des sources,

des paumes d’accoucheur,

de grandes mains ouvertes

aux semences possibles.

 

Chaque pierre est un siècle,

chaque framboise un dieu

dans la bouche affamée.

Chaque porte arrachée

retourne à ses racines.

 

À défaut d’absolu

je m’accroche à l’espoir

et je parle aux abeilles

le langage des fleurs.

 

Tous les épouvantails

font rire les mésanges.

 

Jean-Marc La Frenière

Partager cet article
Repost0

La poétique de l'espace

Publié le par la freniere

Partager cet article
Repost0

La poésie

Publié le par la freniere

La poésie s'exerce

tel un petit métier d'antan

qu'on apprenait surplace

au jour le jour la vie.

La poésie passe

comme le vitrier,

l'affûteur de couteaux

on l'écoute de loin,

on l'oubli aussitôt,

mais quand on souffre d'une absence,

quand perd toute raison d'aimer,

vers elle on s'incline,

devant elle on s'efface

comme au passage d'un enfant sans fortune

né de prince inconnu.

Gérard Le Gouic

Partager cet article
Repost0

Un livre un jour

Publié le par la freniere

Un livre un jour

Partager cet article
Repost0

Monique Laforce

Publié le par la freniere

Partager cet article
Repost0

Jacques Josse

Publié le par la freniere

Photo : © Gérard Pernon (Ouest-France)

Photo : © Gérard Pernon (Ouest-France)

Jacques Josse est né en 1953 à Lanvollon, en Bretagne, région où il vit, écrit, édite. Après avoir animé la revue Foldaan (1980-1987), il a créé en 1991 les éditions Wigwam. Il a également dirigé la collection « Piqué d’étoiles » aux éditions Apogée et a présidé de 2008 à 2012 la Maison de la Poésie de Rennes de 2008 à 2012.
Prix Loin du marketing en 2014 pour l’ensemble de son œuvre.

 

        même la mer d’Iroise,

au milieu des autres
soli salins bercés
par le kraft des baisers,
plus tard se met à lécher
la voie express & des feux
de barques en loques derrière
la grange un homme se frotte
à des sacs de toile,
il reprise le varech
ou sa douleur au verso des pages
il oublie tout de l’odeur
des belles digitales
en déshabillés roses
& du bruit d’une voiture
qui meurt au ralenti
dans les ajoncs

Extraits de Hameau mort, éditions Jacques Brémond, 2014

   L’envie d’aller servir un cognac à ses morts et de filer au cimetière en creusant l’obscurité à l’aide d’une lampe lui a traversé le crâne en une seconde.
   Autour de lui, le bois craquait, la nuit était froide, la solitude battait des ailes. Seule une ombre froissée sous terre semblait en mesure de retaper le regard de cet homme qui, boitant, descendait, fiole en poche, la route du bourg.
__

   Désemparé, évitant les flaques et jetant une frêle lumière en avant, il se déplace, se déhanche, titube dans nos mémoires.
   Il arpente le hameau. Son talon cogne le sol. Il tire sur son ombre. Passe entre deux rangées d’arbres. Suit un long couloir sous la lune.
   « Je vais, dit-il, porter d’interminables requiem à ceux qui dorment sous le marbre ».
__

   Allongé, tout en os, (veste noire, chemise blanche) Titus, l’ex-barman, est visité à l’heure où le dernier café de la falaise éteint ses feux.
   Il le revoit. Le recale dans ses œuvres. S’assoit sur la pierre. Ferme les yeux. Boit une goulée à sa santé.
   « Ce soir-là, les gyrophares bleutés d’une ambulance clignotaient sans relâche dans l’eau du port où l’on venait de repêcher ton corps. »

Extraits de Comptoir des ombres, Les Hauts-fonds, 2017

La mer n’est jamais loin. Novembre non plus. Qui pèse dans la mémoire. Honore des os et des planches. S’en prend à la lumière. Porte les séquelles d’un ciel sale qui vire au-dessus du cimetière en frôlant les feuilles de marbre où des restes de fleurs rouges saignent et maculent les noms dorés des morts de l’année.
__

Dans l’enclos, un homme (que d’autres regardent derrière les vitres d’un bar) foule les graviers, s’arrête, dépose un pot de chrysanthèmes sur une tombe et repart. Il passe le portail rouillé puis se fige au bord du lavoir. Il sait que s’il scrute l’eau, il y verra le visage de son frère. C’est pourquoi il s’abstient.
__

Il tremble,
reporte sa visite,
touche d’abord sa mémoire,
sur un lit d’aiguilles de pin pourries,
où, ivre, à la merci d’un vin de seigle,
il s’évite des gerçures aux lèvres
en s’allongeant face contre terre.
__

 

Au café.
   Pénombre et pâle odeur du muguet.
   La serveuse a deux obus dans le corsage. Elle aligne les verres. Du blanc sec pour tous.
   C’est elle qui filtre nos prières, nos pleurs.
   Tout à l’heure elle nous guidera au creux des digitales, entre l’absence et la mélancolie,
   mais pour l’instant les mots rebondissent mollement sur le zinc,
   où la météo côtoie le fait divers.

 

Sur la photo, leurs coudes se touchent. Elle a douze ans. Timide, elle pose, comme lui, en aube blanche devant le mur du cimetière. Dans sept ans, elle ira en prison. Pour avoir tué et enterré l’enfant qu’elle venait de mettre au monde. N’en sortira qu’après avoir déclaré que c’était à cause du père. Qui entrait dans son lit et en elle, la forçant toutes les nuits. Sans cela, il n’y aurait jamais eu d’enfant mort.

Jacques Josse
__

BIBLIOGRAPHIE

Poésie

  • Tachée de rue la blessure, Le Castor Astral, 1979
  • Deuxième tableau (peintures de Marc Giai-Miniet), Le Castor Astral et L’Atelier de l’agneau, 1983
  • Talc couleur océan, La Table rase et Les Écrits des forges, 1987, Publie.net, 2010
  • Vision claire d’un semblant d’absence au monde, Apogée, 2003 (épuisé), Le Réalgar, 2020
  • Sur les quais, TraumFabrik, 2007, Publie.net, 2009
  • Journal d’absence (encres de Georges Le Bayon), Apogée, 2010
  • Hameau mort (dessins de Tanguy Dohollau), Jacques Brémond, 2014, prix Louis Guillaume, 2015
  • Au célibataire, retour des champs, Le Phare du Cousseix, 2015
  • Comptoir des ombres (photographies de Michel Thamin), Les Hauts-Fonds, 2017

Romans, récits, proses brèves

  • Carnets de brume, (Linogravure de Lutz Sthel, images de Phan Kim Dien), Travers n° 45, 1992
  • Le Veilleur de brumes, (photographies de Anne Baume et de Nathalie Brillant), Le Castor Astral & La Rivière échappée, 1995
  • Un Habitué des courants d’air, (encres de Georges Le Bayon), Cadex, 1999
  • Café Rousseau, La Digitale, 2000
  • Ombres classées sans suite, (encres de Georges Le Bayon), Cadex, 2001
  • La Mort de Gregory Corso, La Digitale, 2001
  • Lettre à Hrabal, Jacques Brémond, 2002
  • Bavard au cheval mort et compagnie, (encres de Georges Le Bayon), Cadex, 2004
  • De passage à Brest, La Digitale, 2004
  • Les Buveurs de bière, La Digitale, 2005
  • Les Lisières, Apogée, 2008
  • Près du pilier, La Digitale, 2008
  • Almaty, vol retour, La Digitale, 2010
  • Cloués au port, Quidam éditeur, 2011
  • Terminus Rennes, Apogée, 2012
  • Retour à Nantes, Maison de la poésie de Nantes (collection Chantiers navals), 2012
  • Liscorno, Apogée, 2014
  • Au bout de la route, (gravures de Scanreigh), Le Réalgar, 2015
  • Marco Pantani a débranché la prise, La Contre-Allée, 2015
  • L’Ultime parade de Bohumil Hrabal, La Contre-Allée, 2016
  • Chapelle ardente, Le Réalgar, 2017
  • Débarqué, La Contre-Allée, 2018
  • Lettre ouverte au grand-père capitaine, Le Réalgar, 2018

Traduction

  • Lauter liebe leute, choix de poèmes traduits en allemand par Fritz Werf, Verlag Ralf Liebe, 2011

Publications en revue : A l’index, Après la plage, Aube Magazine, Bacchanales, Cahiers de l’archipel, Comme ça et autrement, Comme en poésie Contre-Allées, Dans la lune, Décharge, Delta station blanche de la nuit, Electre, Estuaires, Europe, Foldaan, Friches, Gare maritime, Gros textes, Interventions à haute voix, Jungle, L’Igloo dans la dune, L’Intranquille, La dérobée, La foire à bras, La Passe, La Rivière échappée, Le dépli amoureux, Le Guépard, Le Guide céleste, Le Nouvel Ecriterres, Le Pilon, N 4728, Noniouze, M 25, Place de La Sorbonne, Poésie 1/Vagabondages, Rectangle, Rehauts, RegArt, Sarrazine, Si brève l’ivre, Simulacres, Soleil des loups, Souffles, Spered Gouez, Tiens, Totem éléphant, Traces, Travers, Verso, Zédebis

LIENS :

 

 

 

Partager cet article
Repost0

La marche du printemps

Publié le par la freniere

le vent fait tournoyer les feuilles mortes
réapparues sous la neige fondue
l’automne danse en avril
avec la poussière des rues
et les chiffres des bulletins de nouvelles

lentement passe et repasse
une voiture de police aux vitres teintées
une chenille rampe sur le sol humide
se chauffe au soleil en bordure de l’asphalte
et tout continue d’avancer à son rythme

je regarde les arbres aux branches nues
des bourgeons se montrent discrètement
je me dis que si je n’avais jamais vu le printemps
jamais je ne pourrais imaginer
les feuillages les fleurs les fruits
les pelouses et les potagers verdoyants
jamais je n’imaginerais qu’après
cette saison trempée de boue et de larmes
puisse venir une vie nouvelle

d’un œil je vois le monde pour la première fois
l’autre est enraciné à la terre
sa mémoire
son énergie
son élan vital

  Jean Perron

Partager cet article
Repost0